Charnel-house found deep into a well, an archeological discovery in the center of France


À l’occasion d’un aménagement privé, sur prescription de l’État (Drac Bourgogne) les chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), viennent de mettre à jour un charnier de 20 à 30 corps exhumés au fond d’un puits antique sur la commune de Entrains sur Nohain, une ancienne ville gallo-romaine, dans le département de la Nièvre.

Il aura fallu un chantier de fouilles archéologiques qui s’est étendu sur une durée de cinq mois et les 1 000 m2 explorés ont livré sur une partie de l’agglomération antique d’Intaranum et de façon inattendue, les vestiges d’un charnier – témoin du massacre d’une population civile . Les ossements ont été trouvés à une profondeur comprise entre 3 et 7 mètres, ce qui correspond à « une sépulture de catastrophe« . « On ne s’attendait pas à tomber sur un charnier. Il arrive qu’on retrouve des individus dans des puits, mais ce qui est étonnant ici, c’est le nombre de corps. C’est un cas unique« , déclare Stéphane Venault, le responsable de la fouille. « C’est tellement atypique qu’on n’a pas d’élément de référence ». « On est dans le flou ».

Comment sont mortes ces victimes ?

« Une datation Carbone 14 livre un premier indice chronologique : si le puits est antique, les dépouilles sont attribuées au IXe siècle de notre ère », précise l’institut. « La présence d’hommes, de femmes et d’enfants, parfois très jeunes, caractérise une population civile. »
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses. Il pourrait s’agir notamment d’une épidémie ou d’un massacre de population, car la période comprise entre le VIIIe et le Xe siècle a été marquée par de nombreux troubles.

Au nord-ouest du territoire des Éduens, au carrefour d’un important réseau viaire romain, l’agglomération antique d’Intaranum s’est développée durant les quatre premiers siècles de notre ère. À son apogée, elle couvrait 120 hectares. Aujourd’hui, la fouille met en évidence des ateliers de forge, un tronçon de voie romaine et une série d’habitations en pierre. À l’arrière de celles-ci les habitants possédaient des installations balnéaires, véritables petits thermes privés équipés de pièces chaudes et de piscines froides. Des puits les alimentaient en eau. À la fin de la fouille, les archéologues ont exploré deux de ces puits. Cette fouille très particulière a nécessité la mis en place d’une plateforme technique spécifique et l’intervention d’une équipe d’Archéopuits, afin de dégager leur comblement dans des conditions optimales de sécurité.

Une macabre découverte…

Dans l’espace restreint (à peine 1,30 m de diamètre) de l’un des puits, les archéologues exhument des squelettes humains et deux grosses clefs, à plus de 4 m de profondeur. Ils dégageront ensuite, sur trois mètres d’épaisseur, ossement après ossement. Brisés par le poids des sédiments, certains sont encore en connexion anatomique. Les 20 à 30 corps jetés simultanément dans le puits sont dans diverses positions : adossés contre la paroi, sur le ventre, le dos, les membres repliés ou déboîtés. La présence d’hommes, de femmes et d’enfants, parfois très jeunes, caractérise une population civile. Une datation Carbone 14 livre un premier indice chronologique : si le puits est antique, les dépouilles sont attribuées aux VIIIe-Xe siècles de notre ère. D’autres datations permettront très prochainement de préciser la chronologie du drame d’Entrains-sur-Nohain.

Une période très troublée, de nombreuses pistes

À l’époque carolingienne, la Bourgogne cesse d’être un royaume indépendant. Elle est démantelée et annexée à l’Austrasie par Charles Martel. Mais l’Empire carolingien est à son tour confronté à la guerre de succession des trois fils de Louis le Pieux : Lothaire, le successeur légitime, Charles le Chauve et Louis le Germanique. En 841, la bataille de Fontenoy (à 25 km au nord d’Entrains, soit environ à une journée de cheval) voit, selon les narrateurs de l’époque, plusieurs dizaines de milliers de combattants tomber sur le champ de bataille. Charles le Chauve, par exemple, établit son camp à Thury, à 16 km d’Entrains. Le stationnement d’armées importantes s’accompagne d’énormes besoins d’intendance : à cette occasion, le village aurait pu être victime d’exactions.

Le deuxième tiers du IXe siècle est également marqué par les invasions vikings. Ils sont à Paris en 845, à Chartres et Beauvais en 858-859, descendent le Rhône et font le siège de Valence entre 859 et 862. Pour la Loire moyenne, les raids vikings sont connus vers 856 (pillage d’Orléans et de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire). S’ils utilisent principalement leurs drakkars, les Vikings n’hésitent pas non plus à entrer dans les terres, à l’instar de l’expédition de 856 qui, de la Saintonge, a traversé le Massif Central et assiégé Clermont-Ferrand. Entrains-sur-Nohain est situé à moins de 30 km des bords de la Loire.

Une période aussi troublée peut aussi générer des événements comme le brigandage qui n’auraient rien à voir avec cette grande histoire : une petite bande bien armée et déterminée peut facilement venir à bout d’un village.

… ou une épidémie ?

Les archéologues envisagent actuellement l’hypothèse du massacre ou celle de l’épidémie. Une étude paléo-pathologique révélera peut-être quelque maladie ancienne ou tout au contraire des traumatismes perimortem liés à des armes.

La complexité de ce charnier et de la fouille rendent difficile l’observation in situ. Le puits et les squelettes ont donc fait l’objet d’une modélisation en 3D par la société Captair, une entreprise innovante, adossée au CNRS : ce relevé photogrammétrique d’une grande précision permettra de poursuivre l’observation de cet ensemble à l’issue de la fouille. Peut-on faire parler les os ?

Ces restes humains vont être étudiés pendant plusieurs mois pour déterminer le nombre d’individus et leur éventuel lien de parenté. Les scientifiques vont vérifier s’ils ont la même datation et tenter de comprendre la cause de leur mort. La raison la plus probable de ce charnier selon le point de vue de plusieurs archéologues, ne serait point un massacre comme l’histoire corrompue des temps en a l’habitude, mais la «peur de la mort», c’est à dire ce qu’il convient de nommer en terme moderne, une contamination, la mort née d’une épidémie. Les analyses à venir permettront peut-être de trouver les réponses

A l’époque gallo-romaine, l’agglomération d’Intanarum se situait au nord-ouest du territoire de la population des Éduens, au carrefour d’un important réseau viaire romain. La fouille a également mis en évidence des ateliers de forge, un tronçon de voie romaine et une série d’habitations en pierre, qui ont été en activité jusqu’au IVe siècle.

Sources: Inrap, Le Courrier de la Nièvre


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