Animation movie, this is art for sure, and this film is a proof


Nous poursuivons semaine après semaine, chaque samedi, notre exploration du monde du film d’animation, et c’est une rubrique qui nous tient à coeur. La semaine dernière, nous vous avons présenté un film d’un jeune auteur canadien, Théodore Ushev, «Les Journaux de Lipsett». Nous prolongeons avec un autre de ses films, «Nightingales in december   », (Rossignols en décembre).

Le film débute d’abord par un signal sonore, un pépiement, puis très rapidement arrive l’image qui s’engage dans des contraste de couleurs, entre des couleurs chaudes (le rouge d’un visage,celui d’un jeune-homme, la vie, la jeunesse) et le blanc, couleur froide du désespoir, de la peur et du néant. Un paysage couvert de neige vu à travers des fils barbelés, puis on découvre des hommes et des femmes oiseaux occupés dans ce qui ressemble à un camp de prisonniers soumis à des gardes chiourmes, un camp de concentration, un camp de la mort.

Des hommes ou des femmes aux têtes d’oiseaux, des scènes reproduites de photographies témoins de ce qui fut la barbarie sans nom, celle des nazis, celle de l’Holocauste. Femme protégeant son enfant du fusil d’un soldat. Le film court avec frénésie, images, oui images de cris, de douleurs, émotions de l’abominable de l’indicible. Un jeune homme comme témoin venu de l’ailleurs. Chacun d’entre nous, nous sommes ce jeune-homme, embarqués dans ce train de l’enfer dont on imagine la destination. Tamisage du wagon qui roule vers la géhenne, vers le mal, rythme de la musique, images en saccades, dynamiques, qui nous frappent et nous violentent, brusquement on reconnait une scène, une fusillade, une exécution, une mise à mort entrevue déjà dans un film d’histoire ou un livre, un article de presse.

Le film a une force d’expressivité immense et intense. Théodore Ushev a beaucoup de talent et ce film comme nombre de ceux que l’on a sélectionnés pour cette rubrique démontre si besoin était la filiation entre films d’animation, peinture et art tout simplement. On retrouve dans ces images une énergie, une puissance, une force évocatrice, émotionnelle et violente que l’on avait déjà perçue chez de nombreux peintres du XXème siècle ( certaines images font penser à Bacon, ou à Velicovic et Dado).

Théodore Ushev est né et a étudié en Bulgarie, dans cette Europe centrale qui fut un des foyers de la fabrication du film d’animation et du dessin animé d’après guerre, et je ne puis m’empêcher en voyant certaines images de ce film, tout particulièrement ce jeune garçon, de penser aux sublimes films d’Alexander Petrov (Александр Константинович Петров), réalisateur russe, qui je l’imagine ont pu exercer sur lui une influence.(Aller dans le cadre Recherche de la page d’accueil de Wukali et noter: « Petrov », de nombreux films de cet auteur sont documentés)

Les hommes à têtes d’oiseau, petits rossignols, petites créatures de duvets et de plumes, tués, massacrés, morts dans le froid et la neige, par millions. Rossignols en décembre.

Pierre-Alain Lévy



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