Craig Davidson a remarkable storyteller


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Il est une image d’Epinal qui nous fait rêver depuis notre enfance, souvenons nous du plaisir quasi-sensuel que nous eûmes lors de la lecture des pages des Mémoires d’Outre-tombe s’y reportant : les chutes du Niagara. Mais il y a des hommes qui y vivent à proximité, et pas que pour le plaisir d’un cadre prestigieux attirant les touristes. Certains habitent à « Cataract city », surnom de Niagara Falls, au Canada, à la frontière des Etats-Unis. On y travaille dans l’usine de pâtisserie industrielle Brinck, aux chantiers navals, ou on vit de trafics, essentiellement de la contrebande de cigarettes. Il y a les habitants et les indiens dans leur réserve dont un des leurs Drinkwater, dépourvu de tout scrupule surtout vis-à-vis des non indiens, est une sorte de caïd local n’ayant aucune limite morale pour faire de l’argent.

Depuis l’enfance, Duncan Diggs et Owen Stuckey sont amis. Tout le roman de Craig Davidson porte sur cette amitié. Amitié contrariée par leurs vies, amitié qui se relâche au fil du temps mais qui renaît toujours envers et contre tout, contre tous. A 12 ans, ils sont enlevés par un déséquilibré, se perdent dans une forêt et des marécages et ne sont sauvés que par hasard. Leurs parents les séparent, mais de fait ils se retrouvent chaque fois que l’un des deux à besoin de l’amitié de l’autre. C’est le cas quand Owen, basketteur prometteur voit ses espoirs envolés quand il est renversé, volontairement par un chauffard. Après une grave dépression, il part dans la police mais revient travailler à Cataract City où il traine son mal être. Duncan, lui a arrêté ses études et est parti travailler chez la Brinck. Mais il est licencié et pour gagner de l’argent, il accepte de travailler pour Drinkwater, malgré les avertissements à mi-mots d’Owen, pris entre son amitié et son devoir professionnel. En légitime défense, il tue un homme et fait huit ans de prison. En sortant, il ne pense qu’à se venger de Drinkwater et sera aidé par son ami.

Au-delà des deux héros, il y a Cataract City où règne une atmosphère étouffante, une ville qu’il faut pouvoir quitter si on ne veut pas qu’elle vous détruise. C’est un lieu rempli de non-dits, de ressentiments, d’envies, de chausse trappes auxquels il est très difficile de s’échapper. Et puis l’ennui qui ronge les habitants finit par en faire des caricatures d’êtres humains. Cataract City symbolise la Ville, celle de nos racines, celle qui reste toujours en nous même si nous en sommes partis et vers qui on revient toujours. En quelque mots Craig Davidson décrit cela bien mieux que moi : « la ville vous tient. Et pas seulement celle-ci. Elles en sont toutes capables. Une ville vous garde à l’intérieur d’elle-même. La sensation est aussi agréable qu’une main chaude qui se referme sur vos doigts. Et quand cette main se transforme en poing, la plupart du temps, on s’en rend en peine compte. Une ville connaît la forme des choses et elle épouse les vôtres, ou peut-être est-ce l’inverse. Elle ne change pas vraiment, mais elle vous change. »

A la lecture de Cataract City, le lecteur approfondi son savoir dans des domaines aussi variés que le catch, le basket, les courses de lévriers, la boxe à mains nues ou la thanatopraxie.

Craig Davidson n’hésite pas à décrire une société violente, violence physique aussi bien que mentale. Violence que symbolise cette ville et qui en quelque sorte tétanise ses habitants, qui les empêche d’exprimer leurs sentiments, d’avoir des relations humaines franches, claires. Tous sont de véritables handicapés de la communication. Cela est aussi vrai pour les relations pères fils que pour les relations homme femme ou entre les amis.

Pour autant Cataract City est loin d’être un livre « stressant », loin de là, il se lit facilement tant Craig Davidson a un style limpide et a su rendre cette histoire palpitante grâce à la sympathie que le lecteur ne peut manquer d’avoir pour ces deux hommes et surtout par la force de cette amitié que tout un chacun aspire à connaître.

Emile Cougut


Cataract City

Craig Davidson

Éditions Albin Michel . 22€90


WUKALI 18/08/2014


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