A familial testimony about 1914 the First World War


La commémoration du centenaire du déclenchement de la Guerre de 1914 donne l’occasion d’une intense production éditoriale, d’ouvertures d’archives jusque-là inédites, et d’un travail de mémoire dans bien des familles. Cette abominable boucherie qui a déchiré l’Europe et dont les conséquences sont toujours aujourd’hui visibles a également suscité la résurgence de bien de documents d’ordre privé qui permettent d’éclairer structurellement la recherche historique. Nous publions le travail d’investigation qu’a bien voulu nous adresser l’un de nos lecteurs, le docteur Marc Lazar, sur une personne qui lui était chère et dont il a su tracer avec émotion un moment de vie d’une période aujourd’hui centenaire.

P-A L


– ll y a cent ans, jour pour jour, Jules Lévy, Alsacien Mosellan, enrôlé dans l’armée allemande en 1911, franchit le Rubicon ! Ou plutôt le Petit Morin, modeste affluent de la Marne, qui traverse la petite ville de Montmirail, déjà célèbre, cent ans auparavant pour avoir été le théâtre de la dernière victoire de Napoléon ! Et cela, au cours de la plus gigantesque et meurtrière des batailles de cette année 1914.

Né le 12 mai 1891 à Richemont, petit village de la Moselle annexée, dans une famille restée profondément attachée à la France, il est affecté au 78 e régiment d’ infanterie d’ Osnabrück au Nord de l ‘ Allemagne. Il fait ses classes et son parcours du combattant dans la boue de la célèbre Lüneburger Heide (lande de Lunebourg)!

A la déclaration de guerre , il est affecté avec son régiment à la 37 e brigade de la 19 e division ( général Hofmann), faisant partie du 10ème corps d’ armée ( général Emmerich). Ce corps d’armée appartient à la deuxième armée allemande commandée par le général Von Bülow.

Depuis 6 semaines les armées allemandes mènent une offensive foudroyante à travers la Belgique, puis à travers les Ardennes et la Champagne, mais des forces allemandes importantes sont néanmoins bloquées héroïquement par les Belges et leur roi Albert Ier, sur l’ Yser.

Les soldats allemands parcourent des distances énormes, à pied. Rapidement, trop rapidement ! Car à leur fatigue et aux souffrances de leurs pieds va s’ajouter la faim, parce que l’ «intendance suit» mal ( Il en est de même chez les Français qui battent en retraite).

C’est alors que le Général Von Kluck, chef de la 1ère armée allemande, qui opère à la droite( Ouest) du dispositif allemand, commet l’ erreur historique de descendre trop vite, et surtout trop au Sud, offrant son flanc droit à la sixième armée française de Maunoury . Celle-ci, renforcée bar des unités venues de l’ Est mais aussi par les soldats transportés par les taxis de la Marne, saisit l’ occasion, et oblige Von Kluck à un repli de ses troupes vers le Nord et l’ Ouest pour protéger son flanc droit

Entre temps s ‘est constituée une brèche entre son armée et celle de Von Bülow. Ce dernier en raison des mauvaises communications, point faible des armées allemandes, opère le même mouvement, mais avec trop de retard, ce qui aggrave la brèche dans laquelle s’ engouffrent l’ armée du général français Franchet d’ Esperrey et le corps expéditionnaire britannique du Maréchal French. Pendant ce temps, Foch résiste brillamment au centre.

Pour la deuxième armée allemande, comme pour la première, ce n’est pas encore une véritable retraite, mais un repli stratégique, ponctué de combats frontaux intermittents.

C’est au cours d’un de ces combats du 8 septembre que Jules Lévy, n’écoutant que son courage, prend la décision de franchir les lignes et de s’ offrir au drapeau français. Il s‘ élance à travers la prairie, ignorant les balles qui sifflent autour de lui.

Tout à coup, une douleur vive l’arrête dans sa course. Il vient d’être atteint à la cuisse et s’effondre.

Immédiatement, 3 à 4 « pantalons rouges » l’entourent et le font prisonnier.

Mais qu’importe ! Il a atteint son but : être arrivé vivant dans les bras de la France !

Cela se passait, il y a tout juste 100 ans aujourd’hui, au cours de la bataille de la Marne qui sauva la France de l’anéantissement.

Qu’advint-il de Jules Lévy ?

Après avoir été soigné à l’Hôpital militaire du château de Monistrol sur Loire où il servit comme infirmier et comme interprète, il s’engagea dans l’armée française et fut affecté à un régiment de Zouaves, où il servit, jusqu’ à l’ armistice du 11 novembre 1918, en Afrique du Nord .

Jules Lévy m’est très proche : c’était mon grand père !

Metz, le 8 septembre 2014

Marc LAZAR


J’ai tenu à écrire ce petit texte dans un style romancé, n’ayant jamais su les circonstances exactes de la désertion de mon grand-père, mais je pense que le lecteur ne m’en voudra pas de cette liberté que j’ ai prise. Pour l’écrire, outre mes souvenirs des récits que je lui ai entendu me dire, j’ai consulté :

– La Marne (Georges Blond) Les presses de la Cité (1962)

Bataille des 2 Morins 6-9 septembre 1914

Un très grand merci à C.K. dont le talent artistique a permis qu’elle reproduise fidèlement les traits de mon grand-père, dans sa tenue de Zouave de l’armée d’Afrique du Nord (uniforme kaki après la modification de 1915).


WUKALI 11/09/2014


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