The Roman catholics and the state


Le sous titre de ce livre d'[**Emiel Lamberts*] sur les catholiques et l’état est : un tableau européen (1815-1965). De fait, il se reporte avant tout à la période de la seconde moitié du XIX siècle, c’est à dire au moment de la naissance des états-nations en Europe et de la perte du pouvoir temporel de la papauté avec la prise de Rome en 1871 par les troupes du roi d’Italie qui profitèrent du désastre de Sedan pour achever la réunification de l’Italie. Période qui voit l’Europe connaître de profonds bouleversements : les révolutions qui ont commencé avec celle, en France de 1789, puis en 1830 qui aboutit, entre autres effets à l’indépendance de la Belgique, et celle « des nations » de 1848. C’est la fin de l’ordre européen issu du congrès de Vienne de 1815 qui a vu le triomphe de la politique internationale de [**Metternich*], politique conservatrice, voire réactionnaire, mais basée sur le respect des traités internationaux. C’est l’époque du déclin de l’empire austro-hongrois et la montée en puissance de la Prusse. Concomitamment, l’église catholique est elle aussi en mutation. Les théories ultramontaines font place au gallicanisme (ou au joséphisme en Autriche) replaçant le pape au centre de l’église. Son aboutissement sera le dogme de l’infaillibilité papale décrétée en 1870 lors du concile de [**Vatican I*], même si pour les plus « ultra-catholiques » son périmètre était bien trop étroit pour imposer efficacement le pouvoir du pape . De plus à côté des catholiques « conservateurs » se développe un courant de catholiques « libéraux ». Paradoxalement, ce ne sont pas ces derniers qui vont représenter, du moins à ses débuts, la politique sociale du catholicisme.

[ Emiel Lamberts batit toute son étude à travers une biographie de [**Gustav von Bome*]. Ce dernier issu d’une famille aristocratique danoise par son père, n’est autre que le petit fils bâtard de[** Metternich*] qui avait eu une fille adultérine avec sa maîtresse, la [**princesse Bagration*] d’origine russe. Bome fut un diplomate qui très vite occupa des postes importants et où il fit preuve de tous ses talents de travailleur et de diplomate. C’est lui, alors qu’il est ambassadeur à Munich et non à Berlin qui rencontre et négocie avec [**Bismarck*] lors de la crise relative aux duchés du Schleswig-Holstein. Deux conceptions philosophiques s’affrontèrent : celle en droite ligne de l’héritage de Metternich, et l’autre, plus « brutale » du prussien pour qui les intérêts de la nation priment par rapport au droit. Malgré les efforts de Bome, la guerre fut inévitable et aboutit, à l’étonnement de toute l’Europe à la défaite de l’Autriche. |left>

**Bome*] se retira de la diplomatie mais fut nommé conseiller secret de l’empereur. Entre temps, Bome le luthérien s’est converti au catholicisme, et même au courant traditionaliste et conservateur du catholicisme. Blome est un aristocrate et en a la culture. C’est un opposant farouche au libéralisme tant politique car il met les intérêts personnels de chaque homme avant l’intérêt général) qu’économique. Il combat le capitalisme sous toutes ses formes et s’inquiète du sort des ouvriers. Il dénonce le capitalisme comme étant en quelque sorte le symbole de l’égoïsme de certains qui « vénèrent le veau d’or » de l’argent au détriment du bien être des commettants. Il est, à l’instar du renouveau théologique du Vatican, un adepte du néothomisme. Il est aussi un grand défendeur du corporatisme, perçu comme une protection non seulement contre le capitalisme mais aussi (et surtout) contre la toute puissance de l’état. Un corporatisme social sans aucun rapport à celui mis en place par les régimes totalitaires en Allemagne, Italie, Portugal, Espagne ou France où le corporatisme était un instrument d’état et non contre les abus de l’état.

Il fait parti dés le départ de « l’internationale noire », ce groupe de catholiques ( dont l’autrichien [**Johann Pergen*], le belge [**Joseph de Hemptinne*] ou l’italien [**Scipione Salvati*]) qui veulent défendre le pape après la réunification italienne. Ils espèrent, en vain, que les puissances européennes feront pression sur l’Italie pour que le pape retrouve son pouvoir temporel. Il participe très activement non seulement au comité de Genève autour de l’évêque de cette ville [**Monseigneur Mermillod*]) mais aussi en 1874 au comité de Fribourg avec par exemple le français [**Alexandre de la Tour du Pin*] ou le [**prince Aloys de Liechtenstein*]. Entre temps, [**Pie IX*] est décédé et son successeur[** Léon XIII*] développe à travers l’encyclique Rerum Novarum qui reprend en grande partie les travaux du comité de Fribourg. De plus ce dernier n’a pas la position « jusqu’au boutiste » de son prédécesseur et accepte de négocier avec l’Italie et finit par demander aux catholiques de reconnaître les régimes démocratiques. De là est né la démocratie chrétienne qui marquera toute la politique en Europe durant le XX siècle. La construction européenne doit beaucoup aux chrétiens-démocrates avec des personnalité comme [**Schumann, Monet, De Gasperi*] ou [**Adenauer*].|right>

On pourra regrette des digressions parfois inutiles comme la vie et l’œuvre de la [**princesse Bagration*] ou celles de l’homme d’affaire [**André Langrand-Dumonceau*], qui alourdissent la lecture. Mais les passages sur l’état-nation, le rôle que peut, (que doit) avoir la religion catholique dans la société sont dignes des meilleurs livres de siences politiques. De plus, [**Emiel Lamberts*] apporte un point de vue que nous, français, connaissons peu. Soit, [**Montalembert, Joseph de Maistre, Albert de Mun*] ou [**La Tour du Pin*] sont des noms qui résonnent en nos esprits. Mais on ne trouve pas trace des débats qui ont déchiré la France lors de la loi de séparation de l’église et de l’état, ni de [**Marc Sangnier*] et son mouvement le Sillon. Mais on apprend à connaître des personnages oubliés de l’histoire et qui ont essayé, parfois avec un certain succès d’essayer de l’infléchir ou du moins de prendre un chemin légèrement différent de celui qui allait être pris. Dire que les idées de[** Blome*] ont triomphé serait une absurdité. Ses positions élitistes anti démocratiques sont vraiment à ranger dans le passé, mais ses écrits contre les ravages du capitalisme, le côté de déshumanisation du libéralisme qui pousse à l’égoïsme, à l’individualisme au détriment du bien être de la société, sont toujours encore plus d’actualité.

[**Félix Delmas*]|right>


[**Les catholiques et l’état
Emiel Lamberts*]
éditions Desclée de Brouwer. 24€


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus