A decent lesson of philosophy


[**Le Dernier porc*], déjà le titre ! Un homme. Seul. Un monologue mis en scène, tous ses déplacements sont scénarisés, précis. Nous le voyons se déplacer sur scène, sur sa scène qui est son univers et dans lequel nous nous projetons sans mal. Cet homme dont nous connaissons ni le nom ni le prénom (mais cela permet au lecteur de bien mieux s’identifier à lui) est dans un de ces « tournants » que la vie nous oblige parfois à avoir.

Indéniablement son couple vient de voler en éclats, aussi se questionne-t-il sur lui, sur sa vie, sur la vie en général, sur les rapports qu’il a pu entretenir avec les autres, sur le fait de vieillir (pas de vieillir, mais sur le fait de vieillir ce qui est loin d’être pareil).

C’est un homme désabusé, quelque peu désabusé voire nostalgique, mélancolique si on veut faire « savant » on dirait qu’il est atteint d’acédie, ce mal qui touchait les moines au Moyen-Âge et qui était considéré comme un des péchés capitaux. Il se définit comme faisant partie de l’immense majorité des êtres composants l’Humanité, il ne se croit strictement pas supérieur en quoique ce soit aux autres. Il se définit comme faisant partie de l’ensemble des « inemployables ». Et a partir de là, il développe une philosophie de la vie qui est celle de tous les membres de cette catégorie, et de fait, de tous les membres de l’espèce humaine «  Dans sa jeunesse, on est furieusement préoccupé par la question « Qui suis-je ? » Lorsque, peu à peu, la vie apporte la réponse, on préfère ne pas l’entendre. On trouve alors plus intéressant de contempler une belle façade que de réfléchir à ce qui se trouve derrière. » Je crois que tout est dit, vous prenez cette réflexion comme un grand coup dans votre univers mental, plus jamais vous ne pourrez continuer dans votre routine quotidienne sans penser que vous avez en quelque sorte les idéaux de votre jeunesse.

Des réflexions sur la Vie, [**Horace Engdahl*] l’auteur, en pose des dizaines et ce dans des domaines différents. Elles arrivent brusquement, passent comme des météorites dans le cœur du texte et à la fin, bien qu’il soit court (à peine une centaine de pages « courtes »), vous êtes littéralement K.O. : « Aucune femme n’exige de vous aucun changement. C’est la vérité et elle est terrible. Elles exigent que nous nous intéressions à elle. L’indifférence, c’est ce qu’elles détestent par-dessus tout. Elles préfèrent qu’on dise du mal d’elles plutôt que rien du tout. » Ou encore dans le domaine des rapports homme/femme :« C’est la décision de faire l’amour qui compte, rien d’autres. Tout ce qui se passe ensuite n’est qu’une confirmation réciproque de cette décision. On devient vraiment excité parce qu’on a du mal à appréhender le fait qu’on ait pu prendre une telle décision. Après tout, on ne réfléchit pas comment dire bonjour quand on se lève le matin, l’important est de le faire gentiment et avec bon humeur. Cela aurait dû être pareil avec le sexe. Si l’on aime une femme, on aura toujours du mal à accepter le traitement qu’on adopte à son égard. Cependant, si ce dernier n’avait pas été aussi choquant, on aurait aucun plaisir à s’y livrer.  » On perçoit bien à la lecture de ces quelques mots, que [**Le dernier porc*] est loin d’être un pamphlet antiféministe, mais au contraire un hymne aux femmes, aux angoisses, aux interrogations que se posent les hommes face à elles qui symbolisent à leurs yeux le mystère de la vie.

Et puis il a aussi (et ce sans vouloir être exhaustif) :« On n’en appelle à la dignité humaine que lorsque tous les arguments font défauts. » Ou encore « Aux yeux des gens, le pire des péchés ce n’est ni la cruauté, ni l’arrogance, ni l’avidité, ni l’hypocrisie ou autre chose de ce genre. Le plus grand péché c’est d’être ennuyeux, cela ne pardonne pas. Même si par ailleurs on possède un tas de belles qualités… (les ennuyeux) sont condamnés à être méprisés par le public, trahis par l’élu de leur cœur, voués à l’oubli. »

Le dernier porc est un superbe texte qu’il est impératif de lire.

[** Émile Cougut*]


[**Le dernier porc
Horace Engdahl*]
éditions Serge Safran. 14€


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WUKALI 09/02/2018)]

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