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Sickert au Petit Palais, Citoyennes à Carnavalet

par Jean-René Le Meur

Quel rapport entre les deux expos ? On devrait pouvoir en trouver ce serait un peu laborieux. Ah si voilà, ça rime ! Moui. Au-delà de cette rime riche, disons que le lien le plus évident entre les deux expo c’est qu’elle se terminent le 29 janvier. Hâtez-vous, encore quelques jours pour de belles découvertes. 

Walter Sickert « Peindre et transgresser » au Petit Palais

Dimanche matin, besoin d’arts et de beauté. Deux solutions, on se regarde dans une glace ou on va au Petit Palais. Autant le temps n’ayant pas de prise sur nous, force est de constater que la gravité si. C’est donc avec gravité et notre plus beau sourire que nous nous rendons au Petit Palais en petite reine motorisée. Oui en mobylette quoi ! 

exposition Sickert
Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall,
Walter Richard Sickert, Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall, c. 1888-1889, huile sur toile, collection particulière Photo © James Mann / Collection particulière

Objectifs : Sarah Bernhardt, Georges Clairin et La jeune femme au singe de Camille Alaphilippe, nos amis, nos beaux amis et puis il y a des Monet, Sisley, un Renoir présentant Vollard que j’adore, Vuillard et le farouche Jean Carriès

Et puis, sous un ciel marmoréen (comme le dirait notre fils Roman – oui je sais il se la joue un peu). Rencontre avec Sickert.

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Inconnu au bataillon, dommage. Allez-y courez-y. 

Vous y découvrirez un peintre singulier aux styles variés et un don de coloriste… et un œil.

Cosmopolite, peintre caméléon par nature gentleman, suspecté d’être Jack l’éventreur, élève de Whistler. Ça donne le tournis. 

exposition Sickert
L’Hôtel Royal Dieppe. Walter Richard Sickert, L’Hôtel Royal Dieppe, 1894, huile sur toile, UK, Sheffield, Museums Sheffield, Millenium Gallery Image © Sheffield Museums / Bridgeman Images

De nombreux autoportraits, un très beau petit bouquet de violettes, et puis surgissent quelques tableaux. 

Subjectivement sélectionnés. 

Une charcuterie Rouennaise – The Red Shop– (1), Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall (2), Minnie Cunnigham (3) ou The PS Wings in the O.P Mirror ou le MusicHall (4), L’Hôtel Royal Dieppe (5), Bathers (6).

Les techniques sont différentes, la peinture est plus ou moins diluée, aplats et touches, accumulation ou non mais toujours un choix de la couleur bien que la palette évolue du rouge vers des bleus, des verts, de violets et des blancs, gris. 

exposition Sickert
Bathers. Walter Richard Sickert, Bathers, Dieppe, 1902, huile sur toile, Liverpool , Walker Art Gallery, National Museums Liverpool © National Museums Liverpool / Bridgeman Images

Un sentiment en passant. Il y a du Degas chez lui, du Toulouse, du Vuillard, du Whistler bien sûr et du Monet (vous verrez ses séries de l’église Saint-Jacques de Dieppe et de la Basilique Saint- Marc… vous penserez à la cathédrale de Rouen et à Westminster). 

Sickert à tous les styles. Du coup il n’en n’a aucun. Comme s’il avait trop de talents pour se mobiliser sur un seul avec une morbide nécessité. Trop de talent pour travailler ?  Trop gentleman pour être écorché et obnubilé. Son côté gentleman ne l’aurait pas pousser à un peu de facilité et à papilloner. Je suis un peu dur. 

En tout cas, on retiendra quelques rouges et des roses et puis surtout le sens du cadrage, un point de vue qui exclut souvent la ligne d’horizon et qui évoque l’hors-champ. Un œil photographique.

exposition Sickert
The PS Wings in the O.P Mirror ou le MusicHall, 
Walter Richard Sickert, The PS Wings in the O.P Mirror ou le Music-Hall (1888-1889), huile sur toile, Rouen, Musée des Beaux-Arts © C. Lancien, C. Loisel / Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Nous sommes donc peu étonnés de tomber à la fin sur ses œuvres et techniques de Transposition. À partir de 1914, Sickert met au point ce qu’il appelle « Le meilleur moyen du monde de faire un tableau ». Il travaille à partir de photographies ou d’illustrations de presse qu’il transpose en peinture. Il peint un premier camaïeu délimitant les zones claires et les zones sombres de la composition, puis ajoute les lignes, et enfin pose les couleurs. Ce procédé de transposition se double d’un agrandissement de l’image d’origine qui se traduit aussi par de plus grands formats. Transposition, répétition qu’il baptise Echoes. 

Une photographie et de la couleur ! La boucle est bouclée. 

Belle découverte.

« Parisiennes citoyennes ! » musée Carnavalet

J’ai volontairement omis de parler d’une partie de l’exposition de Sickert « scènes de la vie intime » et le « nu moderne ». La misère, la misère de l’ennui, la prostitution.  Sordide. Pas envie. 

Et puis je me dis au final que c’est un peu dommage. Car voici le lien entre les deux expos. 

Les ambiguïtés, les difficultés de vivre ensemble, le respect, le combat, la liberté, la liberté du corps. 

On aime à dire comme parisiens bobos à l’apéro, les hommes sont des femmes comme les autres. On emprunte facilement pour faire le mariole avec un bon mot à Marx (Groucho je précise). Quelle bêtise ! Les pauvres hommes si tel était le cas. C’est comparer une coupure faite par une enveloppe à l’accouchement. Bref. 

Parisiennes citoyennes ! avec un point d’exclamation. Un « poing », d’exclamation pour se faire entendre, devenir visible, exister. 

Il y a des figures incontournables, d’Olympe de Gouges à Gisèle Halimi, et puis des Parisiennes moins connues ou anonymes : citoyennes révolutionnaires de 1789, de 1830, de 1848, Communardes, suffragettes, pacifistes, résistantes, femmes politiques ou syndicalistes, militantes féministes, artistes et intellectuelles engagées, travailleuses en grève, collectifs de femmes immigrées… 

Cette exposition est une traversée historique sur les traces des luttes que les femmes ont menées à Paris pour leur émancipation : le droit à l’instruction comme celui de travailler, les droits civils et les droits civiques mais aussi la liberté de disposer de son corps et l’accès à la création artistique et culturelle.

Marche des femmes, Groupe de femmes assises faisant le signe « féministe »,
Pierre Michaud, 6 oct 1979 Marche des femmes, Groupe de femmes assises faisant le signe « féministe », 1979 © Pierre Michaud / Gamma Rapho

La femme n’est jamais légitime… je pense à cet hallucinant projet de loi d’interdiction de la lecture aux femmes mis en scène au début de l’expo. La Femme a le droit de monter à l’échafaud de là à ce qu’elle aille dans l’isoloir ou pire qu’elle monte à la tribune ou au perchoir… faut quand même pas exagérer ! Alors, si en plus elle revendique une homosexualité sans procréation !

Malgré ce sentiment de dégoût souvent partagé, grâce aux peintures, sculptures, photographies, films, archives, affiches, manuscrits, ou autres objets militants voire insolites vous prendrez plaisir à arpenter cette exposition. Quelques (sou)rires apparaitront. 

Merci pour cette histoire et cette exposition pendant laquelle on crie, de rage ou d’indignation, on scande, et on chante ensemble ses espoirs – la révolution, la justice, la liberté, la république, la sororité – encore et encore, pour ne pas disparaître dans les limbes de l’histoire. 

A chacun de dénoncer, d’être vigilants et toujours prêts à combattre. 

On ne nait pas féministe, on le devient. 

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Illustration de l’entête: Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall, Walter Richard Sickert, Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall, c. 1888-1889, huile sur toile, collection particulière Photo © James Mann / Collection particulière

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