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Les 100 oeuvres qui racontent le travail, une décentralisation du musée d’Orsay

par Communiqué musée
Jules Bastien-Lepage, Les foins (détail), 1877. Huile sur toile; H. 180 ; L. 195 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 2748. Achat, 1885
© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

à voir à Champlitte ( Haute-Saöne)

Un livre

Un ouvrage de référence 100 œuvres qui racontent le travail, publié par le musée d’Orsay, accompagne l’opération. Conçu sous forme d’entretiens, il instaure un dialogue stimulant entre quatre éminents spécialistes du travail – Michelle PerrotDominique Méda, François Jarrige – et quatre conservatrices du musée d’Orsay, qui proposent des éclairages renouvelés sur les 100 œuvres sélectionnées. S’attachant à décloisonner les disciplines (histoire, sociologie, histoire de l’art), ces échanges constituent une introduction inédite à l’histoire du travail au XIXe siècle, qui est aussi celle du regard porté par les artistes et, à travers eux, la société industrielle émergente.


Vincent van Gogh. Le Tisserand
Date indéterminée. Aquarelle, encre brune, plume. H. 31,8 L. 45,1 cm
Don Armand Hammer, 1977
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michèle Bellot

à voir à Elbeuf-sur-Seine

 Un parcours au musée d’Orsay

Une présentation d’œuvres pluridisciplinaire met en lumière les traits les plus frappants de cette histoire du travail et de ses représentations. Elle réunit, pour la première fois, des œuvres emblématiques (notamment des artistes Daumier, Degas, Meunier, Gauguin, Signac, Steinlen), et des pièces méconnues, rarement exposées (projets d’usine, de logements ouvriers, dessins d’artistes…).


Aimé Jules Dalou. Casseur de pierres
Entre 1838 et 1902
Statuette en bronze, chef-modèle
H. 9,5 ; L. 8,2 ; P. 7,8 cm.
Saisie en douane, 1990
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

à voir à Saint Rémy de Provence ( Bpuches du Rhône)

Sa conception s’est nourrie des éclairages apportés sur les œuvres par les auteurs du livre. Regroupées autour de grandes questions attachées au travail, elles en montrent des facettes multiples, souvent antagoniques, qu’il s’agisse du rôle du monde rural dans la proto-industrialisation, ou du travail à domicile, où s’immiscent les cadences de l’usine. 

Olécio partenaire de Wukali

Félix Thiollier. Boeufs tirant un tombereau de cailloux Entre 1890 et 1910. 29,2cm/ 38,7 cm.
Épreuve gélatino-argentique sur papier baryté à partir d’un négatif verre au gélatino-bromure d’argent, agrandissement
Don famille Julien-Laferrière par l’intermédiaire de Bertrand Julien-Laferrière, 2006
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt

à voir à Montfort-en-Chalosse ( Landes)

Période de rupture et de modernité, le XIXe siècle est reconnu comme un tournant dans l’histoire du travail, bouleversé par la révolution industrielle.

le travail au 19 siècle en art
Théophile Alexandre Steinlen, Sortie d’usine, s.d. Fusain
H. 49,2 ; L. 64,3 cm
Paris, musée d’Orsay – Département des Arts Graphiques du musée du Louvre, Paris
Legs Colette Desormière, 1970. © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay)

à voir à Valréas (Vaucluse)

Au cœur du phénomène : la mécanisation, qui impose ses rythmes et entraîne une réorganisation du travail autour de l’industrie. Loin d’alléger le labeur des humains, cependant, l’essor du machinisme s’accompagne de mutations qui affectent profondément leur rapport au travail et, au-delà, l’ensemble des rapports sociaux. 


Eugène Grasset. Femme cousant avec une machine à coudre
Entre 1870 et 1904 Aquarelle. H. 9,5 L. 6,5 cm.
Achat grâce au soutien de la société des Amis du musée d’Orsay, 1993
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

à voir à Retournac ( Haute Loire)

Ces bouleversements expliquent que le travail soit devenu un thème artistique majeur durant la période 1848-1914, correspondant aux bornes chronologiques du musée d’Orsay. Pourtant, la mobilisation de « 100 œuvres » s’y rapportant constitue une première au musée, où le sujet a paradoxalement été peu traité.

Jean-François Millet, Bergère avec son troupeau, vers 1863
Huile sur toile 81/101 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 187. Legs Alfred Chauchard, 1910
© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Patrice Schmidt

à voir à Mende (Lozère)

Ce corpus, auquel l’ensemble des conservateurs du musée ont apporté leur concours, n’a pas été élaboré pour illustrer une histoire du travail préétablie. Engageant un dialogue interdisciplinaire, le principe des « 100 œuvres » vise à diversifier les éclairages sur les œuvres placées au cœur du propos.  Conçus comme une introduction à une histoire sociale, anthropologique et artistique du travail, le parcours et le livre proposent aussi des jalons d’une histoire du regard porté sur le travail. 


Edouard Manet.La Serveuse de bocks
Entre 1878 et 1879. Huile sur toile. 77,0/ 64,5 cm. 
Entré au Musée du Louvre en application du traité de paix avec le Japon, 1959
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

à voir à Saint-Claude ( Jura)

Mais au juste, quelle histoire du travail racontent les œuvres d’art ? Le corpus tient compte des biais susceptibles d’influer sur la conception originelle des œuvres. Certaines témoignent de la dureté des conditions de travail décrites par les historiens. D’autres reflètent des stéréotypes ancrés dans la société, dont il s’agit d’interroger le poids dans les mentalités. Enfin, nombre des pièces, porteuses de récits et d’utopies, montrent comment les artistes ont pu se faire les chantres d’une vision de la société au travail. 


Maximilien Luce. Le Chantier. 1911
Huile sur toile. 73,5/ 60,5 cm. 
Don Sir Joseph Duveen, 1929
© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

à voir à Cognac (Charente)

Pour décrypter ces œuvres, nous avons choisi de confronter les regards, ceux d’historiens, de sociologue, d’historien de l’art, dialoguant avec des conservatrices du musée. Michelle Perrot résume avec force les grandes mutations qui caractérisent la période : la réorganisation du travail autour de la machine et de l’usine, l’intensification des rythmes, l’extension du travail des femmes et des enfants, l’essor de la classe ouvrière, qui incarne à la fois la modernité des nouveaux modes de production et la souffrance qu’ils génèrent.


Henri de Toulouse-Lautrec. Femme tirant son bas
Vers 1894. Huile sur carton. 58cm/ 46 cm. 
Donation sous réserve d’usufruit André Berthellemy, 1930
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

à voir à Bayonne (Pyrénées Atlantiques)

De la couturière à la prostituée, elle pointe les stéréotypes attachés au travail féminin et la dévalorisation dont ses représentations sont majoritairement porteuses. 

Quelles furent les forces économiques et idéologiques à l’œuvre dans ces grands bouleversements ? D’Adam Smith à Émile Durkheim, en passant par Pierre-Joseph Proudhon et Karl Marx, la sociologue Dominique Méda évoque les grands concepts qui fondent la pensée du travail au cours de la révolution industrielle.


Paul Delance. Grève à Saint-Ouen. 1908
Huile sur toile. 127,3cm / 192,5 cm 
Legs Mlle Alice Delance, 1973
© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay)

à voir à Elbeuf-sur-Seine (Seine-Maritime)

La force de travail, telle qu’elle est théorisée par Marx dans Le Capital en 1867, est désormais une marchandise comme les autres, s’échangeant contre un salaire. Pour vivre, le salarié doit désormais vendre sa force de travail. Alors que s’affirme la centralité du travail dans les existences, les représentations participent d’une forme de reconfiguration des imaginaires sociaux. Banquiers, ouvriers, domestiques… : les œuvres dévoilent une échelle sociale dans laquelle le travail, devenu l’essence de l’être humain, définit les êtres autant qu’il les façonne.


Edgar Degas. Repasseuses. Entre 1884 et 1886
Huile sur toile. 76,0cm/81,4 cm
Legs comte Isaac de Camondo, 1911
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

à voir à Pau (Pyrénées-Atlantiques)

La révolution industrielle s’inscrit jusque dans les corps – hommes, femmes, enfants, animaux. François Jarrige rappelle combien l’industrialisation redéfinit les gestes et intensifie les cadences. Déformations, maladies professionnelles, épuisement : les artistes se sont faits les observateurs des corps usés par ces mutations. 

Dès le début de la période 1848-1914, le travail s’affirme comme un sujet artistique à part entière. De l’allégorie républicaine à l’icône révolutionnaire, Bertrand Tillier interroge les formes données aux récits, qu’ils soient officiels ou contestataires. Avec Les casseurs de pierres – œuvre détruite en 1945 -, Gustave Courbet ouvre la voie dans laquelle s’inscrivent notamment Jules Bastien-Lepage et Léon Lhermitte qui montrent, sous une lumière crue, la dureté des conditions de vie des ouvriers et des paysans. 


Jules Van Biesbroeck. Ouvrier exténué. 1911
Statuette en plâtre patiné bronze
H. 54,0 ; L. 25,0 ; P. 30,0 cm.
Achat, 2009
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

à voir à Thonon les Bains ( Haute-Savoie)

Ce dialogue interdisciplinaire apporte des éclairages renouvelés sur le corpus qui rapproche des œuvres célèbres et des pièces méconnues, voire inédites. Tissant des liens entre ces oeuvres et l’histoire locale, les expositions réalisées dans le cadre de cette opération, aux quatre coins de la France, prolongent et nourrissent ces réflexions dans des approches diversifiées. D’Elbeuf à Mende, de Cognac à Saint-Claude, elles rendent compte de l’empreinte laissée par l’essor industriel dans la France du xixe siècle, à travers un riche maillage de musées territoriaux. 


Albert Edelfelt. Louis Pasteur. 1885
Huile sur toile. H. 155/ 127,5 cm. 
Achat à Albert Edelfelt, 1887 ; Dépôt du musée national du château de Versailles, 1986
© GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Martine Beck-Coppola

à voir à Montbard (Côte d’Or)

Ainsi, cette édition des « 100 œuvres » interroge tout autant les mutations du travail que l’héritage du XIXe siècle, matrice du monde contemporain. 

Illustration de l’entête: Maximilien Luce, Les Batteurs de pieux, (entre 1902 et 1903), huile sur toile, 154 x 196 cm. Paris, musée d’Orsay. Don Frédéric Luce, fils de Maximilien Luce, 1948. © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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