Diplomacy or a pitch and toss game ?


C’est le grand titre d’information qui fait la une de toute la presse internationale: [**Donald Trump*] a ordonné une frappe aérienne sur l'[**Iran*] puis 10mn avant l’impact sur les objectifs est brusquement revenu sur sa décision alors que« les avions étaient déjà dans l’air» et que les bâtiments de l’ US Navy avaient pris des positions de combat.

48h avant les forces de défense anti-aériennes iraniennes avaient abattu au-dessus du détroit d’Ormuz un drone américain, le RQ-4A Global Hawk ( Un appareil de surveillance fabriqué par Northrup Grumman, petit bijou de technologie d’une valeur de 220 millions $, capable de voler à 55.000 pieds d’altitude, environ 17km, et de rester en vol pendant 34h). Il n’en fallut pas moins pour provoquer l’ire de Washington.
P-A L


« Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire un monde meilleur  ».
Ainsi [**Dominique de Villepin*], ministre des Affaires étrangères de la France, termina t-il son fameux discours devant l’Organisation des Nations-Unies le 14 février 2003. Villepin posait la bonne question : quand l’usage de la force est-il légitime et quand ne l’est-il pas ? Question centrale, question pertinente, aussi bien sur la scène internationale qu’intérieure ( pensons aux Gilets Jaunes ), à l’heure des interventions armées à répétition en Irak, au Mali, en Libye, en Syrie, et peut-être un jour en Iran; des interventions armées qui parfois ont un arrière goût de politique de la canonnière, fort en vigueur au 19 ième siècle.

Villepin faisait cette déclaration afin de signifier aux [**Etats-Unis*] que la France ne s’associerait pas à l’intervention armée des américains en[** Irak*], destinée à détruire le régime irakien accusé, à tort, de posséder des armes de destruction massive. Or, [**Saddam Hussein,*] coupable de bien des turpitudes, n’avait pas cette turpitude là a sa panoplie, on ne trouva d’ailleurs pas l’ombre de telles armes. L’intervention américaine était donc illégitime et le prestige des Etats-Unis allait en prendre un rude coup !


[**Comment en est on arrivé là ?*]

La relation de Saddam Hussein et des Américains fut dès le départ teintée d’une forte ambiguïté, et les Américains jouèrent, au début, un jeu classique de balançoire, raisonnable pour le plus puissant empire du monde.

Dès [**1962*], les Américains assurèrent Saddam Hussein, alors jeune étudiant âgé de 25 ans, de leur soutien à l’opposition irakienne, dont il était membre; en effet, les Américains n’appréciaient guère le[** général Kassem*], homme fort de l’Irak, jugé trop proche de l’Union Soviétique. Kassem sera d’ailleurs renversé avec l’aide de la CIA en 1963, et Saddam Hussein arrivera au pouvoir, devenant alors membre du triumvirat qui le remplaça; gardant ses distances avec l’Amérique, et jouant lui aussi un jeu de balançoire, il maintient cependant le contact avec l’Amérique via le [**roi Hussein*] de Jordanie. Car c’est surtout Paris qui, à l’époque, se positionnait et se rapprochait du dictateur, et qui l’aida dans son programme d’acquisition de l’arme nucléaire, jusqu’à ce que les Israéliens y mettent définitivement fin en 1981 en détruisant la [**centrale d’Osirak*].

[**1979*] est l’année de l’arrivée au pouvoir de l’[**ayatollah Khomeini*], suivie, un an plus tard, par la [**guerre Iran-Irak*], qui durera huit ans. [**Georges Bush*] Senior, nouveau vice-président de [**Ronald Reagan*], pratique alors une politique qui ne ferait pas rougir les généraux romains de l’antiquité ( voir plus loin ) : il soutien suffisamment Saddam Hussein pour qu’il ne s’effondre pas face à l’[**Iran*], mais pas trop pour qu’il ne devienne pas une menace. En 1983 et 1984, [**Donald Rumsfeld*], envoyé par Reagan et Bush, rencontre Saddam Hussein à trois reprises; les rencontres sont chaleureuses et les Etats-Unis offrent à l’Irak des garanties bancaires de 2 milliards de dollars. Il est même possible que les Etats-Unis procurent à l’Irak des plans d’usines destinées à fabriquer des armes chimiques…

Mais quand la guerre Iran-Irak se termine, la chute du mur de Berlin à changé la donne politique, l’Union Soviétique s’est effondrée, et Saddam Hussein n’est plus si indispensable à l’Amérique pour contrer les plans de Moscou. Revirement de politique et retour de la balançoire. |center>

Cependant, Saddam Hussein commet une énorme erreur : en 1990, encouragé par les propos lénifiant que lui tient l’ambassadrice des Etats-Unis à Bagdad, [**April Glaspie*] (« Votre different avec le Koweït est une affaire qui vous regarde; nous ne nous en occupons pas »), Saddam Hussein envahit le [**Koweït*]. Réaction de [**Georges Bush*], devenu président des Etats-Unis : l’opération « Tempête du désert », la première guerre du Golfe, qui envoie 800.000 hommes ( la plus grosse opération militaire depuis la deuxième guerre mondiale ) régler son compte à Saddam Hussein, qui s’effondre en un mois et demi. Mais Georges Bush s’arrête aux portes de Bagdad, afin d’épargner le dictateur, qui peut encore servir…un coup de balançoire dans l’autre sens…

[**Bill Clinton*] qui devient président en 1992, continue cette politique de bascule, puis en 1998, avec l’opération « Renard du désert », bombarde finalement [**Bagdad*] pendant quatre nuits.

Arrive alors au pouvoir [**Georges W.Bush*], qui va radicalement changer la donne. Les attaques terroristes du 11 septembre sur le World Trade Center sont l’occasion d’une réaction quasiment hystérique. Saddam Hussein est accusé d’avoir aidé les terroristes, ainsi que les talibans afghans, deux accusations fermement démenties par la CIA.

Qu’importe, s’il n’y a pas de preuves, on va les fabriquer, l’essentiel étant d’abattre Saddam Hussein, au mépris de toute logique géo-politique. Adieu la politique de bascule, droit devant…Georges W.Bush tente d’obtenir l’aval des Nations-Unis pour attaquer l’Irak, il est contré par Dominique de Villepin, qu’importe, il ira au combat en 2003, sans l’aval de l’organisation internationale, c’est la deuxième guerre du Golfe. Nom de code : opération «  Liberté irakienne ». Funeste erreur. Donald Rumsfeld, l’ancien « ami » de Saddam Hussein, est alors secrétaire à le défense et coordonne l’assaut. Bagdad tombe le [**9 avril 2003*]. En décembre de la même année, [**Saddam Hussein*] est capturé près de sa ville natale de Tikrit, il est jugé, condamné à mort et exécuté trois ans plus tard. Avant de mourrir, paraphrasant Churchill, il prédira aux Américains : « Vous avez provoqué le chaos et l’anarchie pour éviter l’ordre islamique, vous aurez le chaos et l’ordre islamique » Il avait entièrement raison ! |right>

[**Paul Bremer*], nommé administrateur de l’Irak, fera tout pour que cette prévision se réalise : dissolution de l’armée irakienne, dissolution des services de sécurité, rejet des anciens généraux qui proposent leurs service, dissolution du parti Baas et révocation de tous les fonctionnaires y ayant appartenu. On ne pouvait pas faire plus stupide, une bonne partie de ces militaires et fonctionnaires rejoindront [**Daesh*], faute de mieux ! |right>

Quand le [**général MacArthur*], après la défaite du Japon, y fut nommé pro-consul, il fit exactement l’inverse. L’Office of War Information avait commandé à l’anthropologue américaine[** Ruth Benedict*] un manuel à l’usage des troupes d’occupation, le « Chrysanthème et le sabre », paru en 1945, et qui se révélera un excellent ouvrage sur le Japon. Mac Arthur le suivra à la lettre et épargnera l’Empereur, sans qui le Japon aurait sombré dans le chaos ( des historiens ont récemment modéré ce propos, faisant valoir qu’à la fin de la guerre, le taux d’approbation des Japonais vis-à-vis de l’Empereur n’était que de…10% ). Hélas en 2003, MacArthur était mort depuis bien longtemps…

[**Le succès des armées romaines*]

L’utilisation de la force armée fait l’objet de débats depuis l’Antiquité. Les Romains se l’était d’ailleurs posée, et pour de bonnes raisons.

En effet, comment le vaste empire romain, entouré de toutes parts d’ennemis parfois fort agressifs et qui ne rêvaient que de pénétrer dans l’empire, a t-il pu tenir 1000 ans avec, somme toute, des forces armées relativement réduites ? C’est une question que les romains se sont eux-même posée, à laquelle ils ont longuement réfléchi, et a laquelle ils ont donné une réponse originale et fort intelligente.

Rome disposa en moyenne de 25 légions, qui étaient de l’infanterie lourde, portant des noms tels que V Macedonica, X Fretensis, ou XV Apollinaris, trois légions qui combattirent en Judée. Une légion comptait 6.000 hommes, tous des citoyens romains, dont 5.200 fantassins, des cavaliers et 120 hommes d’état-major. Soit en tout 150.000 hommes. A cela il faut ajouter les Auxilia, des non-citoyens, cavaliers et infanterie légère en nombre à peu près équivalent. Soit un total de 300.000 hommes, et c’est tout; a comparer aux 800.000 hommes de la coalition envoyée en Irak ( rien qu’en Irak !! ), par Georges Bush père. Sauf que ces 300.000 hommes devaient sécuriser 6500 kilomètres de frontières.

Les forces armées romaines ne disposaient pas d’un équipement exceptionnel ( leurs ennemis en possédaient parfois de supérieur ), ni d’une tactique géniale sur le champ de bataille, ni de généraux particulièrement inspirés; les légionnaires ne rêvaient pas de mourir au combat, mais de prendre une retraite bien méritée, et l’armée romaine avançait lentement. Ce qui faisait sa force, outre la discipline, c’était la méthode. Une méthode implacable. Un général devait avancer en appliquant la doctrine, s’arrêter quoi qu’il arrive en fin de journée, construire des fossés et une palissade en bois, et repartir le lendemain selon le règlement. Point final. Mais avançant lentement et méthodiquement, les Romains étaient difficiles à battre. [**Scipion l’Africain*], à qui le Sénat reprochait d’avancer trop lentement face à [**Carthage*], répondit : « ma mère à engendré un général, pas un barbare  ».

Cette force parcimonieuse était surtout destinée à ne pas être utilisée; l’utilisation de la force armée à toujours, toujours, été vue avec réprobation par les élites politiques romaines. Ce qu’il fallait, c’était impressionner l’ennemi, lui donner la sensation d’invincibilité des légions, l’intimider, et en général, cela suffisait. L’absolue économie des forces était la règle, le recours au conflit ouvert une forme d’échec. A cet égard, la guerre du Golfe de Georges W. Bush, sans but politique précis, et, au demeurant, absolument pas nécessaire, aurait sans doute été vue comme une monstruosité stratégique.|right>

Par contre, la vertu de l’exemple était centrale. Ainsi, à [**Massada*], en 70-73 de notre ère, Rome mobilisa une légion entière pendant plusieurs années afin de punir et détruire quelques centaines de Juifs, alors que Massada ne présentait aucune menace ni n’avait le moindre interêt stratégique. Mais, psychologiquement, il fallait bien montrer aux peuples de la région que Rome n’hésiterait pas à détruire ses ennemis s’ils se mettaient en rébellion ouverte, quoi qu’il en coûte. Tant qu’on en était pas arrivé là, l’utilisation de la force était à proscrire. Montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir, c’était la règle, la doxa absolue.

Les légions n’étaient pas disséminées sur toute la longueur des frontières, les 25 légions, qui coûtaient déjà la moitié des revenus de l’empereur, n’y auraient largement pas suffi; elles étaient en retrait, en réserve, prête à se déplacer grâce aux routes construites par les Romains, sur le point du territoire qui nécessitait leur intervention.

Alors, comment assurer la police des frontières ? C’est là que la politique entre en jeu. Les Romains avaient mis au point un système d’ « états clients », qui n’étaient pas incorporés dans l’empire, mais qui étaient situés a sa marge. Ainsi, par exemple, la [**Mauritanie*], au temps de [**Tibère*], était-elle gouvern[**ée par [**Juba II*], placé sur le trône par Rome; aux marges de la Judée, on trouvait les tétrarchies de Philippe et d’Antipas*], ou l’état d’Arabie nabatéenne; il y avait la Cappadoce, le Pont ou la principauté de Teucride; près de la Mer Noire, il y avait l’Etat du Bosphore, dans les Balkans, il y avait la Thrace, etc…etc…Ces états-clients, contrôlés par Rome, mais pas inclus dans l’empire, étaient chargés de la police des frontières, et ils étaient gérés grâce à la diplomatie. [**Cicéron*], évoquant Dejotarus, roi de Galatie, énonce par exemple qu’il « devait être suffisamment fort pour garder les frontières, mais trop faible pour menacer Rome  »; exactement comme Georges Bush père, qui épargna Saddam afin qu’il continue à contrebalancer l’influence iranienne, mais sans menacer les Etats-Unis.

Une leçon de Cicéron que Georges Bush fils aurait pu apprendre et retenir ? Mais encore faudrait-il que les Lettres Romaines soient au programme des écoles du Texas, ce qui n’est sans doute pas le cas.

[**Donald Trump*], malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, est peut-être, sans s’en douter, plus proche de Cicéron qu’on ne pourrait l’imaginer. Quand il enjoint les Européens à se défendre eux-mêmes, et à ne pas compter sur les Etats-unis, peut-être nous traite t-il comme un état tampon, comme il le fait sans doute également pour le Japon et la Corée du sud; ce ne sont pas les Etats-unis qui défendent les alliés, ce sont les alliés qui protègent les Etats-Unis aux frontières. Position typiquement romaine. D’ailleurs Trump résiste à l’utilisation de la force en Iran, contre l’avis de certains de ses conseillers plus agressifs, peut-être comprend il que la force armée ne résout pas tous les problèmes. Donald Trump n’est pas Georges Bush fils.|right>

[**L’amertume des généraux*]

Deux généraux illustrent bien le dilemme américains, [**Norman Schwarzkopf*] et [**Colin Powell,*] les deux généraux qui commandaient l’opération « Tempête du désert » de[** Georges Bush*] père.


Norman Schwarzkopf, fils d’un militaire sorti de [**West Point*], rejoindra sa famille en Iran à l’âge de 12 ans où il suivra les cours de la Community High School de Téhéran. Lui aussi intégrera West Point, servira à Washington et au Pentagon, participera à l’opération militaire sur l’île de Grenade, puis dirigera l’opération « Tempête du désert ». On lui propose le poste de chef d’état-major de l’armée, mais il préfère prendre sa retraite. Le point important est qu’ il s’opposera à la seconde guerre d’Irak, prenant à partie Donald Rumsfeld, ne croyant pas une minute que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive. Il savait.

Colin Powell aura moins de chance. Colin Powell est le premier afro-américains a être nommé chef d’est-major des armées, et c’est ce poste qui le met en première ligne avec Schwarzkopf lors de la première guerre du Golfe. Il met au point la « Doctrine Powell » qui défini les critères d’engagement de l’armée américaine : des intérêts vitaux sont-ils en jeu ? Des objectifs atteignables ont-ils été définis, etc…

Georges W. Bush le nomme secrétaire d’Etat, ce qu’il lui vaudra de présenter des preuves truquées devant l’Assemblée Générale des Nations-Unis ( et la réplique cinglante de Villepin ), tendant à démontrer, faussement, la possession d’armes de destruction massive par Saddam Hussein. Quand on lui montre le discours qu’il doit lire devant les Nations-Unis, il s’écrit : « je ne vais pas lire cela, c’est de la m… », et pourtant, il dit quand même : « il n’y a aucun doute dans mon esprit que Saddam travaille pour obtenir des composants clefs pour produire des armes nucléaires  ». Ce qui est archi-faux. Mais la parole de Colin Powell compte, car c’est un homme infiniment respecté. Il en gardera une grande amertume, déclarant sur la chaîne ABC que cette sombre histoire « fera tache » dans sa carrière. Du coup, il soutiendra [**Barrack Obama*] et reconnaîtra qu’en terme d’armes de destruction massive, « Saddam Hussein n’en possédait pas un gramme  ». Ce qu’il avait toujours su.

Scharzkpof et Powell auraient surement fait d’excellent généraux romains, n’utilisant la force qu’avec parcimonie et en dernier recours, dommage pour Powell d’avoir été pris dans les filets de l’Histoire…

[**Jacques Trauman*]|right>


Illustration de l’entête: préparation au décollage d’un F/A-18 Super Hornet sur le pont d’envol du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique ©Reuters/US Navy/Jeff Sherman


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WUKALI Article mis en ligne le 21/06/2019

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