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Une photo, la Chine et le communisme chinois

par Pierre-Alain Lévy

Comme pour chacun d’entre vous j’imagine, je reçois un flot de courriers sur ma boîte mail. Aujourd’hui c’est Pinterest qui m’adresse une sélection de photographies et l’une a retenu mon attention, celle-là même qui illustre cet article. Elle a été prise en Chine, probablement dans l’une de ces petites villes de 20 millions d’habitants, Chengdu  成都 ou Wuhan 武汉 peut-être !

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Tout y est dit, décryptons ensemble ! De prime abord, l’on pourrait penser voir un dessin d’humoriste voulant représenter la densité urbaine de nos banlieues avec l’excès inhérent à ce type de dessins. Je pense à un dessin de Sempé par exemple. Or il s’agit d’une photo prise en Chine.

Vérité d’un côté des Pyrénées … vous connaissez la suite ! Nous sommes proprement estomaqués par cet amoncellement ahurissant d’appartements empilés les uns sur les autres. Une architecture totalement déshumanisée, parle-t-on d’ailleurs encore d’architecture ? La rationalité méthodique et glaciale d’une opération immobilière planifiée obéissant aux exigences politiques des autorités politiques locales.

De bons esprits pourraient certes voir dans cette photo le souci pris pour loger les populations confortablement et dans des conditions dignes à ce tournant du siècle. D’autres rappeler d’où vient la Chine, celle de Mao par exemple, voire même d’avant, quand misère et famine étaient de mise et le contraste est saisissant.

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Ceux qui n’oseraient en rien critiquer le grand frère communiste chinois et moins encore le rayonnement entretenu de la mémoire du Grand Timonier, se feraient fort, je présume, de rappeler ce que fut la sarcellite en France, et la situation de nos banlieues aujourd’hui. Un délire au demeurant paranoïaque qui consiste à saper in fine l’état de droit et de tout dénigrer (mais c’est un tout autre sujet que je ne manquerai pas de traiter ultérieurement dans WUKALI).

Déjà certains pourraient observer le décalque maladroit des gratte-ciels des villes américaines, cette espèce de fuite vers le haut quasi mystique de volonté de conquête. Au demeurant si tel était le cas, un écart de près d’un siècle !

Les pince-sans-rire s’inquiéteraient des réunions de co-propriétaires!

Mais voyons un peu plus loin, sociologiquement et culturellement. Nous sommes habitués à lire comme dans un duel réthorique avis et contre-avis, et la moindre information, quelle qu’elle soit, est aussitôt opposée à son contraire jusqu’à ce qu’elle soit périmée pour laisser alors place à une autre information, un autre sujet, un autre thème qui a son tour suivra le même parcours médiatique et périclitera à son tour. Une culture d’eau gazeuse somme toute, et nous en sommes là !

Ce relativisme culturel est proprement dit sans culture ! Pourtant et depuis bien longtemps, les géographes tout comme les historiens ont su analyser la civilisation et la culture chinoises et n’attendez pas de ma part que j’en veuille diminuer le génie, bien au contraire.

Avant d’examiner le champ politique, celui de la Chine d’aujourd’hui, un retour analytique s’impose

Statue de Confucius ( Kongzi)
Temple confucéen de Shanghaï

Confucius 曲阜 est né en Chine (Kongzi pour les Chinois) il y a bien longtemps en 551 av. J.-C. à l’époque de la dynastie Zhou  周朝,et ses préceptes moraux contribueront au fil du temps à forger ce qu’il convient d’appeler la civilisation chinoise. En quoi consistent-ils ? Tout d’abord le respect porté aux maîtres, aux sachants, à ceux qui possèdent la connaissance. Il en va de même pour le respect porté aux patriarches, à la famille, aux aïeux. C’est donc une structure hiérarchique. Nous pourrions aujourd’hui dire par commodité que c’est une grille d’analyse structurante. Tout cela pourrait être bel et bon or la conséquence en est dans ses limites, c’est à dire qu’elle fige l’individu dans un maillage, dans des rets dont il est prisonnier comme une mouche collée sur une toile d’araignée. Par ailleurs, cette aristocratie du savoir et de l’autorité naturelle s’est de même manière statufiée au fil du temps, ne se remettant pas en cause et exerçant sur ceux qui étaient sous sa coulpe sa domination séculière et politique sans partage et attachée à conserver ses privilèges.

La culture, cette trame invisible, cette petite musique qui fait écho volens nolens, au niveau de chaque individu, c’est ce qui nous fonde et nous confère notre identité. Elle diffère selon le lieu où nous sommes nés, où se trouvent nos racines, notre histoire familiale et selon la langue que nous parlons. Dans le dyptique que formeraient ( cela dit «à coups de serpes») d’une part le monde européen et la Chine, il faut certes nuancer.

Ainsi, comme je fais allusion bien évidemment à Confucius, c’est à dire au champ philosophique, celui même qui siècle après siècle fondera l’unité chinoise, il convient de positionner en homologue en Europe la pensée judéo-chrétienne, telle on la nomme. Ces deux écoles de pensée s’opposent.

Le confucianisme, nous l’avons vu a dévié de son positionnement initial, de sa séquence anthropique. Son influence philosophique voire religieuse a dépassé le champ géographique chinois où il est né pour toucher pareillement le Japon où il a fait école. Ainsi, le confucianisme chinois, c’est une culture de réseau, de maillage, un système neuronal en quelque sorte. Mais un système qui met l’accent sur le groupe, des entités, et qui crée d’une certaine manière des solidarités qui communiquent les unes avec les autres, attachées les unes aux autres, et n’existant que par l’autre. En d’autres termes politiques, c’est une structure féodale et verticale faite de vassalités entretenues et assumées.

L’individu n’a ainsi pas d’existence propre, il n’est que l’instrument d’un collectif, le premier d’entre eux étant la famille, la parentèle, la ville ou le village, le seigneur près duquel on appartient, l’usine, l’entreprise, le pays etc. L’individu ne compte pas.

Le communisme, et le communisme chinois particulièrement qui n’en est pas à une adaptation près, a su se lover comme un Bernard l’Hermite dans un coquillage, dans la matrice confucéenne. Trop belle était l’occasion et Mao Tsé Toung l’avait parfaitement compris.

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Expulsion de Hu Jintao du congrès du PC chinois.
22 octobre 2022. Photo (Noel Celis / AFP)

Ce totalitarisme maoïste avait besoin d’une mystique séculière, le confucianisme et la tradition ont fait l’affaire. Hors de l’Église point de salut disait-on chez nous, hors du Parti Communiste chinois non plus, et la dernière réunion du 20è Congrès du Parti communiste chinois en a apporté la preuve ! Xi Jing Ping  习近平 plus fort que Mao, plus fort que Confucius, fallait le faire !

Une seule entité existe celle du Parti communiste chinois, une seule croyance, une seule mystique, une seul parti, une seule politique, une seule ligne, et malheur à celui qui se met en travers de sa route. L‘expulsion, pour le moins, de Hu Jintao, ancien président de la Chine, lors du dernier congrès du PC chinois est à cet égard explicite ( voir photo).

Et la tradition judéo-chrétienne dans tout cela ?

Permettez-moi tout d’abord d’en revenir aux sources, celles de la Bible, de ce que l’on nomme aussi l’Ancien Testament, de Moïse pour ne point le citer. Bref de ce qui fonde le monothéisme et qui se trouve tout simplement dans les Dix commandements. Nul besoin de faire ici une exégèse, ce serait un comble, mais de souligner tout à la fois la dimension de l’individu et sa force d’universel, son exemplarité, sa capacité à décider seul, par lui même, debout et droit la tête haute, dans le respect de ce qu’il est, et dans le respect de l’autre, des autres. Il ne s’agit pas de religion, pas de dogme, pas de contrainte et encore moins de soumission, il s’agit de dignité, être aux autres, par les autres. Sortir l’homme de nature, pour l’élever vers le plus haut. Il ne s’agit pas d’obéissance, mais d’intelligence. C’est là qu’il faut trouver la source fondamentale de la tradition judéo-chrétienne et de notre humanisme née de ces sources, de la Renaissance et des Lumières et en France de la laïcité.

En guise de conclusion provisoire

D’un côté le groupe, le nationalisme aussi, le totalitarisme entretenue (rappelons la séquence du Covid), la Chine face à l’Occident. Un discours hélas bien en cours de par le monde aujourd’hui et dont Poutine en est le tribun.

De l’autre, comme ces marottes à grelot que l’on fait tourner d’une secousse rapide de la main, se dresse l’Occident et son aspiration séculaire à la Liberté, à nos valeurs, celles de l’émancipation, de la liberté de pensée, de la justice et de la presse libres et indépendantes du pouvoir, et de la tolérance bien entendu.

Alors oui en Chine nul étonnement à ce que l’on construise ces immeubles de type HLM monstrueux, ces termitières urbaines sorties de bandes dessinées apocalyptiques où la notion de liberté individuelle n’existe pas, où le sujet devient objet, une grammaire qui annihile la notion même de liberté. Comment résister à ce totalitarisme communiste chinois qui brise les vies et broie les consciences. Un pays qui fait du chef du parti communiste l’égal d’un dieu et où la critique est interdite! Une photographie, un mot, un mot seul, peuvent sauver le monde. Dont acte !

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