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Allemagne nazie, objectif nucléaire

par Pierre-Alain Lévy

Le nazisme a nourri beaucoup de fantasmes et d’imaginaires pervers, le complotisme hélas de mode aujourd’hui s’en repait. L’idée de dominer le monde servie par une recherche scientifique dans les armes de destruction massive est d’ailleurs devenue un des thèmes des fictions historiques (oxymore on ne peut plus troublant). Pourtant notre monde multipolaire recommence à s’agiter et si les zones de conflictualité ont pris de la distance, les risques sont devenus immenses.

Cependant, s’il est un domaine avéré, c’est celui des recherches dans le domaine nucléaire voulues par Hitler, et avortées. Le dictateur profitant du haut niveau de la recherche allemande dans cette époque de gestation scientifique. C’est ainsi qu’alors l’université de Leipzig était en Europe un des hauts lieux de la physique nucléaire et de la recherche atomique.

Dans un article récent publié par la revue américaine Live Science, et sous la plume de Ben Turner, il est fait état des recherches conduites autour des « cubes Heisenberg« et de leur implication dans l’identification des matières radioactives notamment liées au trafic illégal de ces produits. De quoi s’agit-il en fait ?

L’inventeur de ces cubes est Werner Karl Heisenberg, il est l’un des fondateurs de la mécanique quantique et lauréat du Prix Nobel 1932.

En 1936, un article du Volkischer Beobachter , le quotidien du parti nazi, dénonce la « physique juive (les Juifs et leurs acolytes) » qui ont envahi l’université allemande, et demande à purger ces éléments pour rétablir une université aryenne allemande.

Heisenberg n’est pas cité (il n’est pas Juif) mais il est clairement visé. Heisenberg demande alors un droit de réponse au Volkischer Beobachter, qui lui est refusé. Cette fois, l’aile armée du parti s’en mêle : en 1937, c’est le journal des SS, le Schwarze Korps qui le 15 juillet 1937 l’accuse publiquement de « faire de la physique juive », (c’est à dire un aryen qui agit comme un Juif d’être « l’esprit de l’esprit d’Einstein ». Heisenberg est insulté, on lui reproche d’être « le Juif blanc de la science« , on appelle même à son meurtre, à son élimination. Heisenberg craint pour sa vie. Heisenberg riposte avec un éditorial et une lettre à Himmler ( Sources Wikipédia). Cette logorrhée antisémite nazi est insupportable. ( voir l’article publié dans Wikipédia).

De fait Heisenberg servira le régime hitlérien et le nazisme. Si après guerre il s’en défend, son attitude au demeurant est rien moins qu’ambiguë. A cet égard, la controverse observée dans la correspondance entre le grand savant danois Niels Bohr et Werner Heisenberg ne peut permettre aucun doute

Dans l’article publié dans la revue Live Science il est précisé que les scientifiques ont développé une nouvelle méthode pour identifier et retracer les origines de centaines de cubes d’uranium qui ont disparu du programme d’armes atomiques nazi.

Cubes Heisenberg.
Démantèlement de la pile nucléaire de Haigerloch, à 50km de Stuttgart. (1945)

Plus de 600 « cubes Heisenberg » – des composants essentiels des plans des nazis pour construire à la fois un réacteur nucléaire et une bombe atomique et nommés d’après Werner Heisenberg, l’un des physiciens allemands qui les ont créés.
Ces cubes ont été saisis dans un laboratoire souterrain secret à la fin de la Seconde Guerre mondiale et rapportés aux États-Unis. Plus de 1 200 cubes d’uranium auraient été créés dans toute l’Allemagne nazie. Mais aujourd’hui, les chercheurs ne connaissent que l’emplacement d’une douzaine environ.

La nouvelle technique, testée sur un cube qui a mystérieusement trouvé son chemin jusqu’aux chercheurs du Pacific Northwest National Laboratory (PNNL) dans l’état de Washington, a été présentée mardi 24 août lors d’une réunion de l’American Chemical Society. Les recherches d’investigation scientifique conduite sur ces cubes pourraient bénéficier pour la traque de matières nucléaires faisant l’objet d’un trafic illicite.

A côté de leur propre cube, les chercheurs ont eu accès à quelques autres détenus par des collaborateurs de recherche. Ils espèrent que leur nouvelle technique pourra non seulement confirmer la provenance des cubes dans l’Allemagne nazie, mais aussi les lier aux laboratoires spécifiques où ils ont été créés pour la première fois.

« Nous ne savons pas avec certitude que les cubes proviennent du programme allemand, nous voulons donc d’abord l’établir« , a déclaré Jon Schwantes, directeur général de la recherche au PNNL, dans un communiqué. « Ensuite, nous voulons comparer les différents cubes pour voir si nous pouvons les classer en fonction du groupe de recherche particulier qui les a créés.« 

Lorsque Adolf Hitler est arrivé au pouvoir, les expériences nucléaires allemandes étaient à la pointe de la recherche. En 1938, les radiochimistes allemands Otto Hahn et Fritz Strasserman ont été les premiers à diviser l’atome pour libérer d’énormes quantités d’énergie. Le grand Albert Einstein a écrit que Hahn fut « l’un des rares à se tenir droit et à faire de son mieux pendant ces années de mal » (source Wikipédia).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des scientifiques allemands se sont affrontés pour trouver un moyen de transformer des cubes d’uranium en plutonium – un ingrédient clé des premières bombes nucléaires – à l’aide de prototypes de réacteurs.

Des scientifiques allemands ont suspendu les cubes, d’à peine 5 centimètres de large de chaque côté, à des câbles et les ont immergés dans de l’eau lourde, dans laquelle l’hydrogène est remplacé par un isotope plus lourd appelé deutérium. Les scientifiques allemands espéraient que leurs réacteurs déclencheraient une réaction en chaîne autonome, mais leurs expériences ont échoué.

Deux physiciens éminents ont dirigé ces expériences : Kurt Diebner, qui a mené des expériences à Gottow, et Werner Heisenberg, qui les a menées d’abord à Berlin et plus tard dans un laboratoire secret sous une église médiévale à Haigerloch pour mieux se cacher des troupes alliées. Heisenberg, un physicien lauréat du prix Nobel qui était autrefois qualifié de « juif blanc » par un physicien rival, Johannes Stark, pour son admiration ouverte pour les travaux d’Albert Einstein sur la relativité et la mécanique quantique, a néanmoins travaillé à la construction d’une bombe atomique pour l’Allemagne nazie.

La connaissance par les services secrets américains pendant la guerre des recherches simultanées conduite par les Allemands pour arriver à la puissance atomique suscita de très graves et légitimes inquiétudes. Ce n’est qu’au cours de l’ 1943, qu’ils eurent connaissance des échecs et des impasses nazis dans ce domaine.

Mémo d’Arthur Compton (1942).
Prix Nobel et directeur du Laboratoire de métallurgie de l’université de Chicago

Après avoir découvert le laboratoire d’Heisenberg en 1945, les forces américaines et britanniques ont récupéré 664 des cubes qui ont été enterrés dans un champ voisin et les ont expédiés aux États-Unis.

L’effondrement chaotique du programme nucléaire nazi signifie probablement que de nombreux cubes pourraient encore être là-bas. Des centaines de cubes du laboratoire de Kurt Diebner ont ainsi disparu. Les rapports abondent sur les physiciens qui ont acquis des cubes en les distribuant comme souvenirs, et la Smithsonian Institution de Washington DC possède même un cube qui a été découvert dans un tiroir du New Jersey. Un autre cube, récupéré dans une crique allemande, aurait été jeté par Heisenberg lui-même lors de sa fuite désespérée contre l’avancée des forces alliées.

Les chercheurs du PNNL soupçonnent qu’ils ont un cube Heisenberg, mais ils n’en sont pas sûrs. Pour tester les origines du cube, l’équipe s’appuie sur la radiochronométrie, une technique que les géologues utilisent pour dater des échantillons de roches et de minéraux anciens sur la base de la présence d’isotopes radioactifs naturels. La technique pourrait révéler l’âge du cube et, potentiellement, où l’uranium d’origine a été extrait. Cette technique pourrait non seulement être utile pour trouver l’origine des cubes Heisenberg, mais aussi pour retracer la provenance d’autres matières nucléaires de contrebande.

Parce que différents laboratoires nazis ont appliqué différents revêtements chimiques extérieurs à leurs cubes pour limiter l’oxydation, une deuxième technique que l’équipe développe pourrait également retracer les cubes jusqu’aux scientifiques qui les ont créés. Les chercheurs ont déjà découvert que leur cube, qui proviendrait du laboratoire de Heisenberg, possède en fait le revêtement à base de styrène du laboratoire de Diebner. Cette découverte signifie que le cube pourrait être l’un de ceux que Diebner aurait envoyé à Heisenberg, qui essayait de rassembler plus de carburant pour son nouveau réacteur, a déclaré Schwantes.

Bien qu’ils soient aujourd’hui des applications essentielles dans le développement de techniques permettant le traçage des matières nucléaires, leur histoire tombe à point nommée s’inscrivant dans la relativité des choses et des fracas confus de l’Histoire qui résonnent toujours aujourd’hui.

Illustration de l’entête: démantèlement de la pile nucléaire de Haigerloch en Allemagne en 1945 par les services de l’armée américaine

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