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Vladimir Poutine, sa caricature et ses démons

par Pierre-Alain Lévy

La caricature consiste à détecter les traits caractéristiques d’un visage, les déformer pour en faire la centralité du sujet, accrocher l’attention sur celui ci et donner ainsi au personnage traité sa force et son tropisme. Usant des mêmes subterfuges le caricaturiste considère une situation donnée, un faisceau d’événements, fait des analyses et des rapprochements, trace des lignes de traverse, donne et établit de façon éclatante une vérité que des mots seraient bien plus longs à expliciter. « Un dessin disait Napoléon, vaut mieux qu’un long discours« . Le caricaturiste est un artiste.

La caricature de Vladimir Poutine qui ainsi illustre cet article est ainsi parfaitement compréhensible, son raccourci est immédiat et convoque aux heures les plus dramatiques et terrifiantes du XXème siècle. Ainsi Hitler caresse le visage de son jeune disciple, Vladimir Poutine… Elle a été publiée sur le compte Twitter du gouvernement de l’Ukraine, bien joué!

Pour être plus précis et fidèle à la vérité historique, l’artiste auteur de cette caricature se réfère à ces jours qui on précédé la chute de Berlin, du nazisme et de la mort d’Hitler, quand ce dernier secoué par les manifestations pathologiques et nerveuses de la maladie de Parkinson, accompagné de ses fidèles, inspecte près de son bunker une troupe d’enfants de la HitlerJugend et tapote de sa main tremblante la joue d’un adolescent fanatisé.

« Comparaison n’est pas raison » dit-on, et pourtant, nul besoin d’être très érudit sur l’histoire tragique du XXème siècle pour constater des similitudes entre ces deux personnages et ces événements abominables qui surviennent aujourd’hui en Ukraine au flanc est de l’Europe

Olécio partenaire de Wukali

22 juin 1941, Opération Barbarossa

24 février 2022 Poutine déclenche la guerre contre l’Ukraine

Deux dates, deux barbaries, deux invasions militaires, deux mêmes brutalités, l’histoire bégaie. La violence mise en oeuvre, le nombre effarant de troupes russes massées à la frontière, Poutine mentant à tous ses interlocuteurs, au monde entier, ce sont les faits ! Puis l’invasion sanglante, le mépris russe pour les populations civiles, un pays entièrement ravagé, massacré, détruit.

Une soldatesque russe commettant des crimes de guerre, mais aussi une impréparation étonnante de l’armée de Moscou incapable d’une blitzkrieg où Poutine voulait l’entraîner, ses déficiences dans son commandement, ses pertes humaines énormes ( quasi égales en 2 mois de guerre aux 10 ans en Afghanistan !).

Des préambules tragiques et a posteriori (comme toujours) révélateurs. D’un côté la guerre d’Espagne puis Munich et l’invasion de la Pologne, de l’autre avec Poutine, la guerre en Tchétchénie, la guerre en Géorgie, la Syrie et Alep.

Par ailleurs le discours hors-sol de Poutine à destination des Russes, sa propagande en action quand il parle de dénazifier l’Ukraine.

Discours et propagande, ou comment manipuler des individus et des peuples

C’est très certainement à travers le discours, les mots, les harangues, les références, que l’on peut dissocier la graine du dictateur de celle du démocrate. Sans vouloir cependant sortir du sujet de cette guerre en Ukraine, quelques candidats à cette élection présidentielle actuelle en France sur les extrêmes de l’échiquier politique pourraient faire l’objet de la même analyse, et ressortir de cette caractéristique, d’une part Le Pen et Zemmour, d’autre part Mélenchon, tous trois dangereux. À cet égard, nous aurons l’occasion de revenir dans un article spécifique à venir sur cela.

D’entre les caractéristiques nombreuses du XXème siècle (et le temps passé aujourd’hui est là pour alimenter notre réflexion), la diffusion rapide de l’information est sans nul doute un phénomène qui aura contribué à asseoir le pouvoir des dictateurs et tyrans. La radio tout d’abord, l’image ensuite. Ce même phénomène aujourd’hui s’appuie sur internet et les réseaux sociaux.

Ainsi de Mussolini, de ses rodomontades, ses mouvements de menton, ce cirque, ses discours (rappelons le film d‘Ettore Scola, Une journée particulière avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni). D’Hitler, ce monstre, qui jouissait de ses talents d’orateur et des mises en scène de ses meetings pour galvaniser ses foules et leur faire perdre raison.

Vladimir aux côtés de son ministre de la défense, Sergueï Choïgou

Poutine agit de même, ou plus précisément a agi, car son projet de nouveau Tamerlan est ancien et remonte très certainement au tout début de sa carrière politique. Il est intéressant au demeurant d’observer, quelques soient les périodes de l’histoire ou de l’actualité immédiate, les transformations psychiques d’un individu agité par l’obsession du pouvoir. Tout cela d’autant plus quand il se croit à tort ou à raison humilié, que son extraction sociale soit modeste, et mal acceptée ou que sa mentalité de « parvenu » lui ait laissé quelques traces psychologiques douloureuses

Le totalitarisme communiste, comme une eau lustrale, dans lequel Poutine est né, les effets manichéens de la guerre froide, son adhésion servile à l’idéologie ainsi que son appartenance aux services secrets du KGB ont fait l’homme. L’effondrement de l’URSS, les rêves d’empire réduits à quia, puis l’accession au pouvoir accompagné de ses démons russes ont fait le reste de même que le désir mythique qui le taraude de reconstruire l’Empire russe.

Le rêve de Pierre le Grand consistait à vouloir ancrer la Russie à l’Europe. Il fera en 1717 un séjour de trois mois en France pour s’imprégner de cette culture française, de cette énergie à créer, à bâtir, de cet art de vivre et de ces lumières qui commencent déjà peu à peu à poindre. Un rêve à l’opposé de ce que l’on nommait naguère dans une expression fin de siècle le « péril asiate », c’est à dire la conquête militaire et barbare. Une histoire russe où la Horde d’or et ses épigones ne sont jamais très loin des clochers du Kremlin.

Poutine est le négatif, le contre-point, il fait délibérément la guerre à l’Europe et jette des clins d’oeil d’hétaïre à son encombrant voisin extrême-oriental chinois.

La démocratie a trois fondements: le suffrage universel et le scrutin libre, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice et bien entendu, la liberté de la presse. Pas le moindre de ces piliers n’existe aujourd’hui en Russie ( comme de la Chine au demeurant).

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Vladimir Poutine participant en 2019 à la fête de la victoire et présentant une photo de son père

Au fil de son pouvoir, comme un araignée tisse sa toile, Poutine a distillé son venin, mis sous le tapis les crimes staliniens( quelques millions de morts quand même!), inventé un pseudo imaginaire patriotique en allant même jusqu’à établir une grande fête nationale où les Russes sont invités à défiler avec les photos de leurs défunts ayant combattu le nazisme et sous les bénédictions de l’Église orthodoxe (comme toujours en Russie au service du pouvoir). Ah que ne parle-t-il du peuple ! ( toute référence avec une quelconque personnalité politique française, ne pouvant point être pareillement du fait du hasard). Comme tous les tyrans, et ceux qui s’isolent, il s’est construit une personnalité auto-centrée n’acceptant ni la critique ni la contradiction.

Le personnage doit très probablement souffrir de quelques complexes d’infériorité qu’il tente de compenser par des mises en scène viriles où on le voit chasser l’ours en Sibérie, se baigner en exhibant ses pectoraux, portant la combinaison d’un pilote de Mig ou vêtu d’un kimono en tenue de karatéka. Son discours machiste ( et vulgaire) est de même nature. Il avait ainsi un jour dit parlant des rebelles tchétchènes: « s’ils sont aux toilettes, nous irons les butter jusque dans les chiottes ! « . Ah que çà fait du bien d’avoir un dirigeant qui en a…!

En même temps, et comme tous les dissimulateurs, Tartuffe dans l’âme, il feint, il dissimule, propre sur lui, quoi! Il se fond dans l’anomie des chefs d’états mondiaux et des grands de ce monde qui se rassemblent dans des forums et qui font actualité. D’aucuns mêmes en France, n’est-ce pas Monsieur Mélenchon, le voient comme un rempart à la puissance américaine, et restaurant des valeurs nationales et traditionalistes, bonjour Madame Le Pen!

Attention aux piqûres mais aussi aux coupes de champagne et à la vodka

C’est un vieux tropisme russe, celui de l’assassinat politique et plus particulièrement par poison. Ainsi, sans même remonter à Raspoutine ni évoquer les parapluies bulgares, de nombreux opposants au maître actuel du Kremlin ont été victimes de sbires jusqu’à ce jour jamais identifiés. Ah bon ?

Anna Politkovskaïa est la 21e journaliste assassinée  en 2006 en Russie depuis l’élection de Vladimir Poutine en 2000, selon le compte de Reporters Sans FrontièresBoris Nemtsov, opposant à Vladimir Poutine, a été tué, rappelons-le le 27 février 2015 , à 23 h 31, sur le pont Bolchoï Moskvoretski, à proximité du Kremlin. Pavel Cheremet, un ukrainien, ami de Boris Nemtsov, lui aussi assassiné par une bombe placée sous sa voiture à Kiev le 20 juillet 2016. Sergueï Skripal et sa fille empoisonnés en 2018 au Novitchok, un neurologique très dangereux. Quant à Alexeï Navalny, opposant à Poutine, militant contre la corruption du régime, il a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement dans l’avion qui le ramenait de Sibérie à Moscou. Il a été soigné en Allemagne puis a eu le courage de retourner en Russie où il a été immédiatement incarcéré avant d’être condamné à 9 ans de prison qu’il purge actuellement dans une colonie pénitentiaire à l’est de Moscou.

Dans cette cavalcade de sang et de mort en Ukraine, l’armée russe est apparue sous son vrai visage, brutale et mal organisée. Un discours destiné à la population russe présentait cette « opération » comme une partie de campagne de printemps, l’affaire d’une poignée de jours. Mal préparée, victime paradoxale de la raspoutitsa, les chars et les transports blindés bloqués puis détruits par des missiles tirés à l’épaule par des soldats ukrainiens courageux et déterminés à défendre leur patrie, un navire amiral le Moskva, orgueil de leur marine, coulé par le fond en Mer Noire, et des milliers de morts parmi les soldats russes, voila vraiment beaucoup, peut-être trop à accepter pour le peuple russe et surtout son armée… Que réservent les temps à venir, le 9 mai sera-t-elle la fête de la victoire annoncée et la Place rouge théâtre d’une manifestation militaire et patriotique sans faille, bien malin celui qui pourrait prédire !

Mais la grande majorité du peuple russe est anesthésiée et abrutie par la censure et la propagande.

« Mes ennemis je les connais, mes amis je les redoute… » Attention, Monsieur Poutine !

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