C’est la rançon de la gloire, les cimaises du Louvre offrent leur notoriété à la communication activiste mondialisée ! C’est ainsi que l’on a pu voir dans l’une des salles du musée, une photo encadrée dans un cadre doré à la feuille du Prince Andrew, ou vérité oblige de Andrew Mountbatten‑Windsor, puisque son titre, comme chacun sait lui a été retiré. Fait d’arme réalisé par un collectif anglais Everyone Hates Elon, ce dimanche 22 Février 2026.
La photographie a été prise par le photographe Phil Noble de Reuters le 19 février et montre le membre de la famille royale disgracié affalé sur la banquette arrière d’une voiture alors qu’il quittait un commissariat de police à Norfolk, en Angleterre, après avoir été placé en garde à vue pour suspicion de faute professionnelle liée à la dernière série de documents concernant Jeffrey Epstein. Andrew, le frère cadet du roi Charles III, a été déchu de ses titres royaux l’année dernière, alors que son lien avec le défunt délinquant sexuel condamné et retrouvé suicidé en prison, faisait l’objet d’une attention croissante.
Selon une vidéo partagée sur Instagram, des militants sont entrés au Louvre pendant les heures d’ouverture au public et ont accroché l’œuvre dans un cadre orné de bonne facture, accompagné d’une étiquette murale indiquant « He’s Sweating Now — 2026 » (Il sue maintenant — 2026), une référence directe a-t-on appris à la célèbre interview télévisée d’Andrew en 2019, dans laquelle il affirmait ne pas pouvoir transpirer en réponse aux allégations de Virginia Giuffre, une survivante d’Epstein. Dans la légende accompagnant la vidéo, le groupe a écrit : « Ils disent « accrochez-le au Louvre ». C’est ce que nous avons fait », présentant cette action comme une variation pop-culturelle de l’expression souvent utilisée pour louer les images emblématiques qui circulent en ligne.
L’« installation » ( c’est ainsi que l’on nomme ce genre d’action) non autorisée est restée exposée pendant environ 10 à 15 minutes avant que le personnel de sécurité du musée ne la retire, et après certes avoir réalisé que le personnage en costume dans le cadre ne faisait pas partie de la collection permanente du Louvre. Embrassons-nous Folleville !

Et pour cause, Andrew Mountbatten-Windsor est membre de la famille royale britannique, contemporain (ce qui rend l’oeuvre accrochée incongrue), et au centre d’une enquête criminelle qui développe ses réseaux. Un porte-parole du Louvre a refusé de commenter la manière dont la photographie a été installée, ce qu’il lui est advenu par la suite, ou si le musée a l’intention d’engager des poursuites judiciaires pour cette infraction.
Cette intervention intervient quelques jours après qu’Andrew ait été interrogé pendant environ 11 heures avant d’être libéré sans inculpation, alors que les enquêteurs examinent les allégations selon lesquelles il aurait abusé de sa position d’envoyé commercial du Royaume-Uni pour partager des informations gouvernementales confidentielles avec Epstein. Bien que l’ancien prince clame son innocence et n’ait pas été officiellement inculpé, l’incident du Louvre souligne à quel point ses démêlés judiciaires – et plus largement la lutte pour la transparence dans l’affaire Epstein – se jouent de plus en plus dans l’arène symbolique du monde de l’art autant que dans les tribunaux
Eh oui, on ne peut pas être le plus grand musée du monde et le plus fréquenté sans s’attirer l’envie (aujourd’hui plus que jamais), des communicants, ou tout du moins de leurs émules militantes. Il est vrai que l’actualité médiatique de faits divers glauques et racoleurs, exhibant la vie de célébrités du monde et de leurs débauches tout du moins de ce qui fait la une des journaux), contribue grandement à cette situation.
Aller se faire voir, non, non, non, n’allez pas croire que nous sommes saisis à notre tour dans notre rédaction par ces démons vulgaires et ces formulations verbales putassières, mais la provocation et l’exhibitionnisme est au coeur de la médiatisation. Car oui, nous observons qu’une forme de pulsion démonstrative à tendance marketing ciblant les musées, voire des monuments de prestige, fait florès dans certains milieux activistes et souvent en recherche de notoriété. Le plus grave c’est que certains activistes mettent en oeuvre dans leurs démonstrations des actions iconoclastes. Mais comment aussi ne pas penser en ces temps tempêtueux à une forme de guerre hybride et à une stratégie de délitement sociétal ?
Observons que ce phénomène provocateur et militant n’est pas récent. Sans remonter aux bébés phoques rendus célèbres par Brigitte Bardot, ainsi avions nous vu dans la Russie de Poutine de courageuses jeunes femmes organiser des happenings contre le tsar du Kremlin, telles les Pussy Riot. Nous avions d’ailleurs traité de ce sujet dans un article paru (Cliquer) dans WUKALI. Les anglicistes s’amuseront de leur nom provocateur et assumé ! Or à la différence de ce qui peut se passer à Paris, à Londres ou ailleurs dans notre Europe, s’organiser en happening de démonstration et d’opposition et le faire à Moscou à la barbe des popes fachos et autres sbires du FSB nécessite du courage avec la crainte d’une arrestation et au risque d’une déportation vers une geôle dans l’Oural ou la Sibérie !
De même manière, la banane de Maurizio Catellan exposée dans une foire d’art contemporain à Miami avait été rendue naguère célèbre dans le monde entier ( retrouver notre article sur ce sujet )
Le Louvre, rançon de la gloire, eh oui !
Communiquons; Communiquons, Communiquons*, pourrait-on déclarer en sachant le prononcer, adaptant ainsi (esprit français goguenard et libre oblige), une formule du Canard enchaîné dans les années 1920, qui brocardait dans ses lucarnes un ministre de l’instruction publique qui s’appelait de Monzie : «De Monzie: éduquons, éduquons, éduquons **.
Le Louvre, le plus grand musée du monde certes avec des collections magnifiques, une muséologie impressionnante, une histoire pluri-séculaire, l’un des coeurs battants de la France, un lieu de culture et de civilisation. Mais aussi a-t-on découvert une irresponsabilité de la conservation au plus haut niveau gestionnaire eu égard aux problèmes liés à sa sécurité comme on l’a pu constater lors du casse de la Galerie d’Apollon le 19 octobre dernier et du vol des trésors de joaillerie exposés. Côté rue de Valois, un grand silence aussi pour le moins.

© 2004 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot
Observons au demeurant la rusticité des moyens utilisés pour s’introduire depuis le quai du Louvre facilement dans la galerie. Soit Les Pieds nickelés en goguette chez Lebrun et Delacroix, ou plutôt Leroy-Merlin s’invite chez Louis XIV*** ! Nulle sophistication technologique ou matérielle dans les moyens utilisés, des dysfonctionnements pour le moins dans les systèmes d’alarme, et surtout une impréparation des services de gardiennage ou de sécurité à faire face à une telle action criminelle !

Diadème de la parure de la reine Marie-Amélie et de la Reine Hortense
Diamant et saphir de Ceylan – 6,2 x 10,7 cm. France, premier tiers du XIXe siècle
Paris, Musée du Louvre (volé le 19 octobre 2025)
Photo : RMN-GP/S. Maréchalle
Il aura fallu près de quatre mois depuis le vol pour que Laurence des Cars démissionne de la présidence du Louvre. Pour l’heure un certain nombre de joyaux volés n’ont toujours pas été retrouvés. Gageons que les pierres n’aient pas été desserties, gageons, gageons !
Signalons au demeurant que dans un rapport administratif interne et de quelques mois antérieurs au fric-frac, les fragilités de sécurité et tout particulièrement la porosité sécuritaire de l’ouverture sur façade de la Galerie d’Apollon avaient été signalées et rendues public. Étonnant non ?
* je ne suis pas tout à fait sûr qu’il s’agisse en cette occurence de la bonne orthographe, en particulier dans les colonnes du Canard !
** Même remarque que supra
*** La galerie d’Apollon a été construite entre 1661 et 1663 et décorée par Charles Lebrun, non terminée sa décoration murale centrale, Apollon vainqueur du serpent Python, a été finalisée plus tard par Eugène Delacroix (1850-1851)
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