Vladimir Putin and his mediterranean ally, Bachar El-Assad


Depuis quelques semaines, les Russes s’agitent en Syrie : un véritable pont aérien d’armes, de munitions, de ravitaillements divers et variés, est expédié au dictateur local en difficulté face à ses ennemis. Depuis quelques jours, l’engagement de Poutine pour sauver Bachar El Assad transforme les données de cette « guerre civile » locale en prélude d’une guerre qui va embraser toute la région.

Le passage de navires de ravitaillement russes dans le détroit du Bosphore et faisant route vers la Syrie s’accélère. Le 7 septembre un navire russe de la classe Alligator, le Saratov a été observé et son passage relaté par la presse turque. Son pont était totalement encombré de matériels cachés sous des filets de camouflage et très probablement de camions KamAZ-4350. Selon des analystes en renseignements, il semblerait aussi que le navire transportât des véhicules blindés de transport de personnels de type BTR-82A

D’ailleurs, la présence de soldats russes est devenue officielle en Syrie. Elle s’accroît chaque jour un peu plus et nous, les démocraties, ne faisons toujours rien de concret, d’utile, pour stopper cet engrenage de folie. Le risque que cette situation dégénère est pourtant évident pour tout le monde. Qu’un autocrate vienne à la rescousse d’un tyran n’est pas le fond du problème, bien que l’événement soit choquant : ce n’est pas la première fois que cela arrive !

L’absence de réactions des Américains en dit long sur la politique étrangère d’Obama. Il refuse d’intervenir : il ne veut pas passer à l’histoire comme celui qui aura envoyer les « boys » dans ce conflit, qu’il devine interminable : il sait ce que ses concitoyens pensent de la présidence de Bush fils

Et en Europe, que faisons-nous ? Nous subissons les conséquences de cet état de fait avec l’arrivée de centaines de milliers, et bientôt plus, de migrants dont les Syriens forment le premier contingent, au milieu d’autres nationalités. Il est probable que la situation empire, créant un rejet de l’autre parmi les européens. C’est, malheureusement, inévitable si l’anarchie s’installe dans ces déplacements de populations.

Bien sûr, aujourd’hui ce n’est pas le cas : le réflexe de solidarité joue et nul ne peut être indifférent à leur sort, nul ne peut rester aveugle à leur détresse : les images que nous proposent les journaux télévisés sont terribles, terrifiantes, et aucun commentaire n’en est possible tellement elles sont poignantes.

Mais demain ? Que ferons-nous quand nous nous y serons habitués ? Quand les « autochtones » que nous sommes n’accepteront plus ces marées humaines qui déferlent ? Les réactions seront, elles aussi, ingérables. Il faudra s’attendre au pire.
C’est pourquoi cette paralysie occidentale est insupportable : la solution est la-bas, en Syrie et en Irak, pas ailleurs.

Certes, la chancelière Angela Merkel se comporte magnifiquement bien avec les pauvres gens qui fuient ces guerres en les accueillant en masse, mais l’Allemagne n’interviendra pas militairement : cela lui est interdit par sa constitution et par les conditions de sa capitulation en 1945.

Certes le Président Hollande se rend parfaitement compte de l’évolution dramatique de ce conflit et de la menace que représente Daesch. Il voudrait intervenir mais, seul, il ne peut rien. D’où son insistance auprès des autres Européens. Il fut d’ailleurs le premier de tous les chefs d’état, et dès son arrivée en fonction, à anticiper pour la Syrie les développements à venir, il convient de le souligner.

Certes, le Premier Ministre britannique David Cameron déteste autant Daech que les autres dirigeants mais, lui pas plus que les autres, n’a les moyens d’une intervention qui pourrait se développer en un enlisement catastrophique.

Dans ces conditions, il n’y aura pas d’intervention occidentale au sol en Syrie, tout au moins avant l’élection du nouveau Président aux États-Unis, l’an prochain… Après, personne ne sait…

Poutine n’a pas à se préoccuper de son opinion publique ni de sa réélection : tout est déjà organisé… Il sera toujours au pouvoir dans dix ans, en alternance avec son acolyte Medvedev... Sa vision du monde en profite.

L’armée de Bachar El Assad est en train de céder devant l’état islamique. Sans aide extérieure, cet abominable despote bourreau de son peuple n’aurait plus qu’à fuir son pays pour éviter le sort de Khadafi, d’ici trois mois.

C’est la raison de l’entrée dans le jeu du nouveau Tsar. Plus fondamentalement, les Russes ne disposent d’aucun autre relais en Méditerranée pour leurs navires de guerres et leurs sous-marins, s’ils sont encore capables de naviguer, que leur base de Tartous, où stationnent cent cinquante soldats russes. Ils disposent également de facilités dans le port de Lattaquié, concédées par Bachar El Asssad. Poutine estime donc qu’il doit protéger les intérêts russes en Syrie. Il sait que l’État Islamique le jettera hors du pays s’il l’emporte : d’où sa réaction. Cela dit, il connaît l’histoire de l’Union Soviétique dont la fin suivit la défaite militaire subie en Afghanistan.

Il a dû calculer les risques et estimer qu’il pouvait tenter ce coup de poker. D’autant plus que les Américains et leurs alliés britanniques, français, saoudiens et autres bombardent Daesch, réussissant sinon à arrêter son expansion, tout au moins à la ralentir. Mais les Occidentaux n’iront pas se battre au sol, il le sait. Lui n’hésitera pas à le faire, si nécessaire. Pour l’instant, il essaye de regonfler la baudruche alaouite aux mains couvertes du sang de ses compatriotes.

On peut lui prédire l’avenir sans risque de se tromper : le manque de soldats du régime syrien aux abois, étant donné les morts, les blessés et les déserteurs de son armée, obligera le dictateur russe à engager ses propres troupes au sol qui s’enliseront en Syrie comme ils l’ont fait en Afghanistan. Ils y subiront la même défaite, sur un délai assez court(deux ou trois ans). Ils renforceront l’État Islamique qui se prépare à une guerre de longue haleine au Moyen-Orient, sachant pertinemment qu’il dispose de ressources financières, humaines, pétrolières, impressionnantes…

Même les Saoudiens ont peur, d’où leur intervention contre Daesch au Yémen... Où ils ne semblent pas en situation de l’emporter malgré le nombre d’hommes engagés (parmi lesquels des mercenaires professionnels) et le matériel ultra-moderne utilisé…

Quant aux Turcs, complices de Daesch quand ça les arrange, ils attaquent les Kurdes, pas l’État Islamique… Ou si peu… Pour le moment, ils sont « à l’abri » d’une attaque des soldats de Daesch… Pour le moment…Tant que cela arrangera l’État Islamique qui a besoin de faire transiter et de vendre son pétrole…

Les Iraniens ? La peur de Daesch les électrise et ils engagent le Hezbollah libanais contre l’État Islamique… avec il est vrai le soutien des pasdarans de la brigade Al-Qods. !

La vérité dans tout cela ? Elle est simple : il se prépare un gigantesque règlement de compte entre sunnites et chiites… Il faudrait être sourd, muet et aveugle pour ne pas s’en apercevoir… Les scénarios catastrophes ? Le premier serait « l’exportation » de Daesch à Gaza, ce qui provoquerait une nouvelle guerre israélo-arabe, aux conséquences incalculables. Le deuxième ? La prise du pouvoir par les islamistes au Pakistan, pays possédant l’arme nucléaire… On imagine ce qui pourrait se passer… La troisième ? Un (ou plusieurs) attentats monstrueux en Occident, surtout sur le sol américain… Et puis tant d’autres possibilités existent…

Tous les spécialistes militaires le disent en privé, voire officiellement maintenant : c’est une guerre de longue durée qu’il faut envisager si nous voulons vraiment détruire Daesch… Une guerre de trente ans voire plus… En aurons-nous la volonté …?

L’irrationalité de cet extrémisme radical nous rend impuissant à envisager une solution politique à la crise syrienne puisque l’État Islamique s ‘en moque… Que pouvons-nous faire ? Nul n’a la solution… C’est ce qui est le plus dramatique !

Alain Fabre


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WUKALI 09/09/2015
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Illustration de l’entête : Vladimir Poutine et Bashar al-Assad, au Kremlin en 2006. (Mikhail Klimentyev/AP)


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