Contemporary Dance with Bach and Ligeti

Du grand Art au Pavillon Noir, centre chorégraphique national Preljocaj ces vendredi 22 et samedi 23 mars 2018. Certains spectacles au Pavillon noir d’Aix-en-Provence sont particulièrement attendus. Le bruit courait que celui de [**Béatrice Massin*] serait « génial ». Pour qui ne connaissait pas le travail de la chorégraphe, la promesse fut à la hauteur des espérances. [**Mass B*], c’est déjà un grand voyage qui s’offre au public. Une quête identitaire. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons- nous ?, pourrions nous dire pour planter le décor. Ainsi dansé, ainsi mis en scène par la « spécialiste de la danse baroque », c’ est simplement beau, comme une messe de Bach !

[**Bach et Ligeti, unis dans l’aventure.*]

« Mass B est une grande fresque humaine sur la communauté, sur la façon dont on peut recréer un plaisir commun. » commente la chorégraphe [**Béatrice Massin*]. « C’est une fresque qui ne pouvait commencer pour moi que dans l’idée des milliers de personnes, qui à travers tous les siècles ont marché, voyagé au travers de la planète, en fuyant leur point de domicile pour un ailleurs ».

C’est ainsi que le spectacle débute. Ils sont 9 danseurs et danseuses, très jeunes, qui marchent sur la scène devenue terre de rencontres. Ils sont à eux seuls tous ces gens qui voyagent, des gens de toutes les nationalités, toutes les ethnies. Ce pourrait être des Syriens, l’actualité nous oblige à faire le triste lien, ou encore tant d’autres populations qui fuient à la recherche d’un ailleurs meilleur.


La musique de [**Jean-Sébastien Bach*] porte leur pas. Le choix de la partition musicale, la messe en si mineur de Bach, est ambitieux et précieux. La danse contemporaine se fait libre de jouer avec ses notes sacrées. On se laisse porter, emporter. On suit ces jeunes gens dans leurs déplacements à première vue désordonnés et dissonants comme les sons aiguisés comme des lames de couteaux qui parfois s’échappent de la partition et nous font grincer des dents. Ce ne sont en aucune façon des fausses notes, mais ils se font l’écho d’une tragédie. Des accélérations laissent subitement place à des mouvements nonchalants et alanguis, et ces changements de direction permanents dessinent sur scène de savantes figures géométriques. Quelques tableaux nous paraissent moins aboutis que d’autres. On peut préférer certaines séquences même si on comprend que la musique monte en puissance tout comme la chorégraphie, et que des paliers sont incontournables pour courir vers la liberté.

On se bat sur scène, on y meurt. Depuis des structures du décor, devenues canots de sauvetage, on sauve parfois une vie. Ici, une colonne noire se fait soudain cercueil, portée par les danseurs qui entament une chorégraphie funeste. Sur scène on glisse, on tombe, on s’y relève aussi. Les pieds deviennent percussions. On est harponné, attrapé, crocheté, retenu par ces mains, ces corps, ces bras, de ces êtres qui luttent, s’emmêlent dans leurs mouvements, s’aiment, se portent, se réconfortent. On pense à cette jeune danseuse enceinte, rayonnante et heureuse d’être là ! On suit du regard son petit ventre rond. Puis on renoue avec le groupe. À la croisée des chemins le rêve se fait réalité. On entend soudain rire au milieu des sauts. Ensemble, ils vont construire l’avenir sur une terre de liberté. La danse prend une forme baroque, en duo, en trio, en rondes joyeusement menées.

«La grande question pour moi était : comment arriver à perturber l’ordre de la messe, pour donner une autre sensation à cette musique. C’est par le biais de la musique contemporaine que je suis arrivée à perturber l’ordre» dira encore Béatrice Massin. « On a même été jusqu’à découper des moments de[** György Ligeti*] et des moments de [**Bach*] pour créer vraiment une interférence, une rencontre entre les deux partitions musicales .» La partition est spatialisée et animée par [**Emmanuel Nappey*], créateur sonore, avec un dialogue très serré de phrases musicales, plutôt que de grandes séquences musicales. Voilà qui a permis d’établir de nouvelles correspondances entre danse et musique.

On aime lorsque le spectacle glisse dans la pénombre puis réapparait en pleine lumière. Cette musique magique si simple et si pleine d’émotion tout à la fois, participe davantage encore à cette ambiance singulière. On savoure aussi ces séquences précieuses où la musique règne seule. Ces moments de profonds recueillements où les corps fatigués s’immobilisent pour mieux repartir, s’élancer vers de nouveaux espaces.

« Je n’arrête pas de me fixer des points de rendez-vous. Avec les partitions, je suis libre de déployer un discours chorégraphique, un discours d’espaces qui soit vraiment visible, pour permettre de retrouver encore mieux ce groupe incroyable des danseurs

[**Béatrice Massin*]

Béatrice Massin est une référence de la danse baroque. Au sein de Ris & Danceries, elle a été successivement interprète, assistante de[** Francine Lancelot*] qu’elle rencontre en 1983. Elle intègre la compagnie Ris et Danceries. Démarre alors un long processus d’appropriation du langage baroque.

Elle fondera la compagnie Fêtes galantes en 1993. Ses spectacles confrontent le vocabulaire de la danse du XVIIème siècle aux conventions scéniques contemporaines : une écriture qu’elle transmet au sein de l’Atelier baroque créé en 2003 et développe au gré de commandes, de fictions historiques cinématographiques et télévisuelles (Le roi danse de Gérard Corbiau, Versailles produit par Canal +).

[**Pétra Wauters*]


MASS B spectacle créé en 2016.
Conception et chorégraphie Béatrice Massin
Scénographie, lumières et costumes Association Fragile
Interprètes Lauren Bolze, Lou Cantor, Benjamin Dur, Rémi Gérard,
Nikola Krizkova, Philippe Lebhar, Marie Orts, Edouard Pelleray, Bérangère Roussel, Chloé Zamboni, Thalia Ziliotis


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WUKALI 26/03/2018)]

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