Artistic education at school

Que diriez vous d’une école qui ressemble à un musée ? [**Michaël Dieudonné*] l’a pensé très fort et l’a fait ! Déjà à Paris, où il était instituteur dans une ZEP en Ile de France! Puis aujourd’hui, à Marseille, où il est en poste.

Des affiches, des reproductions d’œuvres d’art, joliment encadrées, permettent désormais aux enfants de découvrir les tableaux les plus célèbres. Elles couvrent toutes les époques, depuis les Grottes de Lascaux jusqu’à Botticelli en passant par Rubens, Léonard de Vinci, ou encore Van Gogh. « La conviction est qu’en baignant les enfants en permanence dans l’art à l’école, ils pourront développer une sensibilité, un regard esthétique ».

« Le Musée à l’Ecole » inventé, conceptualisé et mis en scène par Michaël Dieudonné, il y a un peu plus de 10 ans. Tout est parti d’une magnifique idée, un peu folle au départ et d’un constat : les enfants n’ont pas souvent l’occasion d’aller au musée.

Ce projet est lié au parcours professionnel et personnel de Michael Dieudonné. Il a pu voir le jour grâce à sa persévérance, son audace, son courage même, pourrions-nous dire. L’homme retrousse encore les manches, va à la rencontre des gens, des institutions, avec cette envie de faire bouger les choses. « Il reste tant à faire » nous dit-il. Nous avons rencontré ce passionné d’Art, intarissable sur le sujet.

[**Vous êtes instituteur passionné d’art. Quel est votre parcours ?*]

[**MD*] : Mon père était architecte urbaniste. De par sa profession, il m’a fait découvrir l’histoire de l’art à travers les visites de musées et de sites archéologiques. Ce métier touche à pleins de corps de métiers autour de l’esthétisme. Nous habitions Carthage, mon terrain de jeux était les ruines romaines ! C’est un métier très riche qui m’a intéressé un moment. Mais je ne voulais pas faire comme mon père ! J’ai voulu être vétérinaire, et dans le cadre de mes études scientifiques, j’ai choisi l’option histoire de l’art. C’était très intéressant mais dans l’histoire de l’art, il y a plus d’histoire que d’art ! Mon parcours fait que je suis monté à Paris. Ma future femme qui deviendra la maman de mes deux filles souhaitait devenir réalisatrice de cinéma, j’allais m’essayer quant à moi au métier de comédien. Je formais mon oeil à la scénographie au Cours Florent avec [**Isabelle Nanty*] et en parallèle, suivait des ateliers aux Beaux-Arts.. Je suis même rentré par une porte dérobée à la Comédie Française. Une histoire d’amitié, mais bon, je n’y avais pas vraiment ma place.

[** Isabelle Nanty prof, cela doit motiver les étudiants ! *]

[**M.D.*] J’avoue que oui. J’ai effectué un stage d’été, j’ai eu la chance de tomber dans cette classe d’Isabelle Nanti. Beaucoup de gens qui étaient avec moi sont devenus célèbres, comme [**Pierre-François Martin Laval*], plus simplement appelé PEF, [**Jean-Paul Rouve*], pour n’en citer que quelques uns. Isabelle Nancy, c’est un génie de la mise en scène. Elle a des millions d’idées, elle possède un vrai regard.

[**Pourquoi avoir choisi de devenir professeur des écoles ? *]

Après le cours Florent, j’ai fait quelques figurations et j’ai travaillé à droite à gauche. J’étais marié, j’avais deux filles, je savais très bien que tout pouvait s’arrêter du jour lendemain. Il faut passer des castings, dans lesquels on s’entend dire, « t’es trop grand », « trop petit », « trop gros » « pas blond » faut être très fort psychologiquement ! Ça me fait penser au film Tootsie avec [**Dustin Hoffman*] ! Puis j’ai été pion, ensuite conseiller principal d’éducation dans un établissement privé parisien. J’avais besoin de stabilité et j’ai décidé de passer le concours de professeur des écoles. J’ai été muté dans une ZEP à Clichy.

[**C’est à ce moment là que vous avez pensé à développer l’art dans les écoles ?*]

[**MD.*] Oui, car pendant ma formation de professeur des écoles à Versailles, j’ai été formé aux arts plastiques par [**Joël Paubel.*] Une personne formidable. Lorsque j’étais en poste, je me suis naturellement intéressé au développement de l’art dans les écoles. A l’occasion d’animations pédagogiques, j’ai rencontré [**Marie Eybert*], une conseillère pédagogique départementale, une personne très généreuse dans son enseignement. Avec elle, j’ai fait de nombreux accrochages dans plusieurs circonscriptions des Hauts-de-Seine.

Mais c’est plus précisément à Clichy, en 2007-2008 qu’a germé le concept du Musée à l’École. Grâce à mon directeur d’école, [**Patrick Rabineau*], j’avais participé à une formation annuelle (stage filet) section « culture humaniste », sous la direction de [**Dominique Lacroix*].

[**Stage filet, section « culture humaniste ?*]

[**MD.*] Oui, cela permet à un enseignant de première année de travailler dans ma classe pendant que moi, je suivais ce stage d’un an, sur différentes formes d’art, avec une quinzaine de mes collègues. En fait, il s’agit d’une alternance.

[**Comment le Musée a-t-il vu le jour ?*]

En 2009, [**Patrick Rabineau*] m’a demandé de réfléchir à un projet artistique. Je lui propose alors de réaliser le Musée à l’École sous sa forme actuelle : des reproductions d’oeuvres encadrées mises en place selon un parcours choisi, qui balaye l’histoire de l’art de la préhistoire à nos jours.

[**Il faut du matériel, des moyens ?*]

[**MD*]. Effectivement. Tout cela a un coût. Un budget de 12.000 euros sur 4 ans, plus de 4 000 heures de travail. 400 reproductions d’œuvres. Ce projet d’école a été financé en grande partie par la mairie, la caisse des écoles, la coopérative scolaire, les parents d’élèves et les enseignants.

[**Vous avez demandé votre mutation à Marseille ? Vous souhaitiez revenir aux sources ? *]

[**MD.*] Oui, mais je me suis rapproché de ma famille aussi. Je suis quand même resté 30 ans à Paris ! Je me suis retrouvé à Marseille en 2017, en poste à l’école Saint-Barnabé, dans le 12e arrondissement. Je suis reparti à zéro ! J’ai proposé à l’équipe enseignante de monter un nouveau Musée à l’École. Je suis ravi d’avoir trouvé des personnes et des collègues intéressés par l’aventure. Parmi eux, [**Corine Sarret,*] ma collaboratrice, qui fait joliment vivre ce projet d’école et l’utilise tous les jours dans ses classes.

On constate toutefois que c’est compliqué à Marseille au niveau des financements. Il a fallu trouver d’autres pistes. Je n’avais pas besoin de faire ça avant. Je ne m’occupais que de la conception de l’outil. A Paris, on me disait que mon projet était facile à financer, comparé au prix des séjours linguistiques qui s’élevaient à 15 000 €. J’étais raisonnable avec mes 3 500 € !

[**Ce deuxième projet ressemble-t-il au premier ?*]

[**MD.*] Oui et non, car il est un peu différent déjà parce que les locaux ne sont pas les mêmes. Mais pour moi, fort de cette première expérience, il est encore plus beau, plus abouti ! C’est toujours un outil pédagogique qui permet aux élèves d’être en immersion dans l’art. Il est constitué d’une centaines d’affiches ou de reproductions d’œuvres d’art encadrées, mobiles, disposées suivant un parcours choisi, chronologique, dans toute l’école : montées et descentes d’escaliers, gymnase, réfectoire, toilettes, salle des maîtres, hall d’entrée de l’école…

[**Ce projet pourrait s’étendre à d’autres organismes ?*]

[**MD.*] C’est aussi notre volonté. Le Musée à l’École permet une alphabétisation artistique et culturelle massive qui peut être dupliquée dans toutes les écoles, les hôpitaux, les prisons, les jardins, les parkings et autres lieux publics.

Il contribue à rendre meilleur chaque être humain. Il le « ré-humanise », si je puis dire. Il est un élément-clé dans la vie de l’école. C’est un remède contre la violence, et contre toute forme d’intolérance. Nous l’utilisons tous les jours en classe, et je dois dire qu’il transforme réellement l’atmosphère de l’école. Il pacifie les relations entre les élèves, les parents, les enseignants et tous les autres partenaires éducatifs. Il contribue à la réussite des élèves dans tous les autres fondamentaux.

[**L’art accessible à tous. C’est vraiment dans l’air du temps.*]

[**MD*]. Et c’est essentiel. « Si tu ne vas pas au musée, le musée viendra à toi !. »

[**Et comment réagissent les élèves, les parents ?*]

[**MD.*] Déjà, lorsque j’étais à Paris, les enfants étaient enthousiastes et intéressés. Dans les premiers projets que j’ai montés, nous prenions le car pour nous balader dans Paris, une forme de city-tour, ce qui n’existait pas encore à l’époque. Je leur faisais visiter des lieux emblématiques. Là, lorsque je vois que des enfants préfèrent visiter des vitraux dans des églises ou se faire offrir des livres d’art, je reste perplexe mais… heureux !

Parents et enfants sont souvent réunis autour de l’art. Les enfants réalisent des travaux et sont contents de participer à une exposition dans la semaine des arts à laquelle les parents sont conviés. Tous apprennent à être aussi des visiteurs respectueux. C’est important de respecter les œuvres d’art, où que l’on soit.

Ce qui formidable dans ce projet, c’est qu’il aide aussi l’enfant à l’écrit. On leur fait réaliser des fiches techniques sur les tableaux, les peintres, les courants artistiques. On crée ainsi une « encyclopédie » d’histoire de l’art disponible dans chaque classe. Ils commentent aussi à l’oral. Ils prennent la parole en classe pour commenter une œuvre, un courant artistique, un peintre… A partir de ces exposés, nous avons créé un audio guide du Musée à l’école, sur une bande sonore encadrée par de jeunes ingénieurs de Marseille.

[**Pour l’ enseignant, le projet concerne un vaste champ d’actions. *]

[**MD*]. Oui, c’est un outil pédagogique mobile qui lui permet de travailler les techniques, les couleurs, les formes, les thèmes de la peinture avec les élèves. Les tableaux peuvent être décrochés et faire l’objet d’une présentation en classe. L’enseignant peut encore envisager un partenariat de l’école avec les musées de la région (comme le Mucem, déjà intéressé par le projet), afin de faciliter les sorties pédagogiques avec les élèves.

[**Sous quelle forme le partenariat pourrait-il se faire au MuCEM ?*]

[**MD.*] Chaque élève va produire et exposer son travail pour une exposition ponctuelle sur le thème « Quel Amour ! » (projet MP2018) ou annuelle de type « La Grande Lessive » durant la semaine des arts.

Mais nous avons des tas d’idées et des portes s’ouvrent ! Nous avons d’autres partenariats, d’autres projets. C’est beaucoup de travail mais on est motivé ! Il faut juste que l’on trouve encore des moyens !

On fait appel à des mécènes et amoureux d’art qui peuvent, s’ils le souhaitent, nous soutenir.

[**Pétra Wauters*]


Pour prendre contact:
L’association : OCCE 13, 1 Bd de la Liberté à Marseille. Voir son site


[(

– Cet article vous a intéressé, vous souhaitez le partager ou en discuter avec vos amis, utilisez les icônes Facebook (J’aime) ,Tweeter, + Partager, positionnées soit sur le bord gauche de l’article soit en contrebas de la page.

Retrouvez tous les articles parus dans toutes les rubriques de Wukali en consultant les archives selon les catégories et dans les menus déroulants situés en haut de page ou en utilisant la fenêtre «Recherche» en y indiquant un mot-clé.

Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 20/04/2018)]

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus