Peregrinating master pieces from the Guggenheim Foundation


C’est à [**Aix-en-Provence*], à l’’[**Hôtel de Caumont-Centre d’art*] qu’est présenté du 1er mai au 29 septembre un ensemble de chefs-d’oeuvre impressionnistes, postimpressionnistes et avant-gardistes du début du XXe siècle de la [**Fondation Solomon R. Guggenheim de New York*].

Un musée qui a vu le jour en 1937. [**Megan Fontanella*] commissaire de l’exposition et Conservatrice au Musée Solomon R. Guggenheim et [**Cécilia Braschi*], responsable des expositions à Caumont, nous font découvrir cette exposition exceptionnelle.

C’est une belle histoire avec pour toile de fond, l’art en partage. C’est le fruit de l’engagement en faveur de l’art moderne du galeriste, marchand et collectionneur [**Justin K. Thannhauser*]. En 1965, il fera une donation d’une partie de sa collection à la Solomon R. Guggenheim Foundation. On découvre également d’autres œuvres qui, si elles n’ont pas été léguées par Justin Thannhauser font partie de l’histoire du Guggenheim.

Près de cinquante œuvres majeures sont présentées en Europe dans cette exposition itinérante commencée au Guggenheim de Bilbao. De[** Manet*] à [**Picasso*] en passant par [**Degas, Gauguin, Cézanne, Van Gogh, Braque*] et [**Matisse*], soit un demi-siècle de peinture. « L’histoire est double » commente Cecilia Braschi, Il s’agit d’un père et d’un fils, Heinrich Thannauser (1859–1935)et Justin (1892–1976) qui ont suivi le même chemin sur le marché de l’art. Ils possédaient d’un côté une collection extraordinaire, et de l’autre côté, géraient des galeries qui présentaient des expositions historiques de différents courants. Ils étaient à l’avant garde dans de nombreuses manifestations de l’époque, et en même temps, ils possédaient une importante collection personnelle. On découvre donc à la fois le visage privé et le visage public de ces personnalités de l’art. »

Dans les années 1900, [**Heinrich Thannhauser*] avait une « boutique galerie » à [**Munich*]. Des débuts dans l’art timides, jusqu’à ce qu’il décide d’ouvrir sa galerie avec un objectif plus engagé. C’est un personnage ouvert à l’art moderne, mais c’est aussi son fils Justin qui plus tard, amènera un point de vue davantage tourné vers l’art moderne. N’ayant pas de successeurs, Justin et sa seconde épouse Hilde décideront de faire un legs au Guggenheim. « Un lien avec le musée qui n’est pas anodin » commente Cecilia Brasci.

«L’engagement des Thannhauser en faveur de l’art moderne faisait directement écho aux conceptions et à la vision de [**Solomon R. Guggenheim*], un ancien industriel à la retraite.

L’exposition n’est pas présentée de façon chronologique. A travers tous ces artistes, on nous raconte une partie de l’histoire de la galerie. Heinrich Thannhauser collectionne un art courageux pour l’époque. En effet, à Munich, sous [**Guillaume II*], friand d’art nationaliste, présenter l’art français était un geste pour le moins inédit » précise encore Cecilia Brasci.

– [**Section 1. La Collection Thannhauser, joyau du Guggenheim*]

Dans la première salle on découvre le magnifique «Homme aux bras croisés». En 1954, ce premier [**Cézanne*] du musée est acquis pour la somme considérable pour l’époque de 97.000 dollars. « Il a eu beaucoup succès auprès du public et a reçu un bel écho dans la presse » précise Cecilia Brasci. Dix ans plus tard donc, avec le legs de la collection Thannhauser et, en une seule fois, quarante œuvres impressionnistes, postimpressionnistes et modernes de qualité, dont quatre tableaux de Cézanne viendront enrichir le musée. « Des œuvres majeures qui marquent la transition entre l’impressionnisme et la modernité. » dira encore Cécilia Brasci. « Des tableaux de [**Georges Seurat*] présentés dans cette salle datent également d’avant le legs ».

– [**Section 2. Moderne par vocation. La galerie Thannhauser à Munich*]

En[** novembre 1909*], Heinrich Thannhauser inaugure sa Moderne Galerie dans l’Arco-Palais au centre de Munich. Il annonce qu’elle « s’intéressera à tout ce qui est frais, puissant, original et moderne dans le meilleur sens du terme ». L’art français de la fin du XIXe siècle aura toujours une place de premier plan dans les choix de la galerie, exposé à la fois dans les pièces intimes de l’appartement du dernier étage et dans l’atrium majestueux du rez-de chaussée, éclairé par la lumière zénithale. Les figures de femme d’[**Édouard Manet*] et de [**Pierre-Auguste Renoir*], peintes avec fraîcheur et immédiateté, témoignent de l’attention que prêtent ces artistes à l’évolution des mœurs et des structures sociales de la culture française au tournant du siècle.

[**Cézanne*], pour sa part, dépasse toute représentation conventionnelle de l’espace dans ses natures mortes et ses paysages peints aux environs d’Aix-en-Provence. « Le tableau de Bibémus n’était pas revenu à Aix depuis le début du siècle », commente Megan Fontanella. On reconnaît les couleurs vives de la région, grès rouge, terrain rocailleux des carrières pleines de broussailles sauvages, et un style de plus en plus géométrique .

« Devant la glace » [**Édouard Manet*] peint cette femme de dos en [**1876*]. C’était pendant l’une des pièces maitresse de cette collection ». nous dit Megan Fontanella. Le modèle est une célèbre courtisane, la maîtresse de l’héritier du trône hollandais. Cette peinture très intime, la représente dans un corset et le regard du spectateur est attiré par cet habit. À l’instar de ses contemporains, les impressionnistes, Manet souhaite dépeindre toutes les facettes de la vie moderne, y compris le monde privé des plaisirs sensuels. Le peintre déclare : « Le corset de satin est peut-être le nu de notre époque ». Peint dans un style très moderne, le tableau révèle les coups de pinceau libres et lâches, qui créent l’impression d’une image fugace. On est comme des voyeurs dans une scène intime.

Autre tableau remarquable : « Femme en robe à rayures » de Manet. « C’était également une des pièces maitresses, mais qui n’était pas tout à fait telle que nous la voyons aujourd’hui» nous confie encore Megan Fontanella. « Joliment restauré par le Guggenheim, la robe « verdâtre » a retrouvé sa couleur d’origine, d’un beau bleu violet ». De nombreuses œuvres ont également retrouvé tout leur éclat grâce à une restauration soignée. Quand on prépare une expo, on étudie de très près l’œuvre. Celle-ci a été retrouvée dans l’atelier de Manet après sa mort. On s’est aperçu que le tableau avait été coupé sur trois côtés et recouvert de deux couches de vernis ce qui changeait totalement la couleur initiale. Il était important de savoir à quoi ressemblait le tableau peint par Manet. » Poursuit la commissaire.

– [**Section 3. De père en fils, les passions des Thannhauser*]

«Les Thannhauser trouvent des conditions idéales pour développer leurs affaires à [**Berlin*]. [**Justin Thannhauser*] commence par organiser une « exposition spéciale » (Sonderausstellung), en [**1927*], qui reçoit un accueil enthousiaste du public et de la critique. Parmi les 263 œuvres, l’exposition présente « Montagnes à Saint-Rémy (1889), de [**Vincent van Gogh*]. Ce tableau a été peint pendant la convalescence de l’artiste, à l’hôpital psychiatrique de St Paul de Mausole où il a séjourné pour se faire soigner. Il en profitera pour peindre les paysages alentours. Ici, il restitue sa vision subjective du paysage provençal par des touches épaisses et vibrantes» nous dit encore Megan Fontanella. L’œuvre est exposée aux côtés de Paysage enneigé (1888) du peintre, un étonnant tableau du midi sous la neige. En 1[**928,*] la galerie Thannhauser de Berlin accueille une grande rétrospective de [**Gauguin*]. En 1910, la galerie de Munich avait aussi présenté une importante exposition de Gauguin, avec 26 œuvres de l’artiste, dont Haere Mai (1891). Peint dans la lointaine Tahiti en [**1891*], ce tableau reflète l’idéalisation romantique d’un paradis pur et sans médiation qui séduit de nombreux Européens au tournant du siècle.

– [**Section 4. A l’affut de l’art moderne. Justin Thannhauser et ses amis*]

En [**1913*], les Thannauser prêtent des œuvres à l’importante exposition new-yorkaise d’art moderne mieux connue comme le [**Armory Show.*] Dans le même temps, la galerie de Munich organise l’une des premières grandes rétrospectives [**Picasso*] en Allemagne. Cette exposition, présentant des œuvres de 1901 à 1912, marque le début d’une amitié durable entre l’artiste et Justin Thannhauser. « Une amitié qui va durer toute la vie » précise Megan Fontanella.

Impliqué avec son père dans la Moderne Galerie dès ses dix-sept ans, [**Justin*] poursuit ses études à Berlin, Florence et Paris. Ses professeurs de philosophie et d’histoire de l’art sont des personnalités aussi éminentes qu’[**Henri Bergson, Adolph Goldschmidt*] et [**Heinrich Wölfflin*]. Justin se lie d’amitié avec des marchands importants de la scène parisienne.

Picasso a 19 ans lorsqu’il peint « Le Moulin de la Galette » (1900). «Le jeune peintre vient à Paris pour l’exposition universelle» précise Megan Fontanella. « Il s’agit de l’œuvre la plus importante qu’il exécute au cours de son premier séjour à Paris, une oeuvre phare de cette exposition dans laquelle on sent l’ influence majeure de [**Henri Toulouse-Lautrec*]. Picasso veut tout découvrir de Paris, y compris les cafés, clubs, tous ces lieux qui animent la vie nocturne de la capitale. »

On admire la frise de tous ces visages, des personnages qui regardent dans la même direction, à savoir vers un homme et une femme situés à l’extrême droite du tableau. Certains disent qu’il s’agirait de [**Picasso*] lui-même vu de dos. La femme à côté de lui serait [**Jeanne Avril*]. « Des recherches ont été faites autour de ce tableau » analyse la commissaire de l’exposition. « Les rayons X ont permis de voir que ces deux personnages de droite auraient été inversés ; La dame serait Picasso au départ. Et le monsieur de dos, serait une femme. Un repentir fait apparaître aussi une main, peinte puis effacée, sur l’épaule de la dame. C’est juste un exemple de tout ce que les recherches peuvent apporter à l’histoire d’un tableau. » Megan Fontanella nous précise encore que toutes les réponses ne sont pas apportées. Les conservateurs, les historiens d’art cherchent à savoir ce qui aurait provoqué ce repenti. Un jour peut-être …

– [**Section 5. Du côté de l’Avant-garde. Les jeunes artistes munichois et le Cavalier bleu*]

Superbe salle. Les [**Thannhauser*] prouvent leur ouverture d’esprit dans ces années qui précédent la guerre. Alors que la critique la plus conservatrice qualifie les œuvres exposées de [**Kandinsky, Münter*] et [**von Jawlensky*] d’«absurdités de fous incurables », ils apportent leur soutien aux artistes émergents de l’avant-garde. On découvre alors le « [**Cavalier Bleu *] » (Der Blaue Reiter) avec [**Kandinsky*] et [**Marc*], ce groupe puise leurs sources dans le fauvisme français, l’Art nouveau, la culture populaire bavaroise et le folklore russe, encourageant un art libre de toute contrainte figurative »,commente Cécilia Brasci. « Le cavalier représente la « croisade » de l’artiste qui veut construire un monde plus spirituel et utopique à travers l’art ». On découvre des toiles de [**Robert Delaunay*] et [**Henri Rousseau*],[** Paul Klee*] et aussi [**Kandinsky*], artiste central pour l’histoire du Guggenheim qui possède plus de 150 œuvres de l’artiste. Pour en revenir à [**Rousseau*], Cecilia Brasci nous livre un détail important qui prouve cette ouverture d’esprit au sein de ce mouvement international, très éclectique, qui puise dans des sources et des cultures très différentes. « C’est Delaunay qui a suggéré d’intégrer Rousseau à une exposition du Cavalier bleu, Rousseau dont le travail possède des aspects naïfs et spontanés. » A savoir encore que Rousseau était décédé au moment de l’exposition ce qui donne encore plus de poids à cette « invitation » du peintre français.

– [**Section 6. De Paris à New-York, les Salons des Thannhauser*]

Dans les [**années 1930*], la montée du nazisme et la crise économique affectent les affaires de nombreux marchands d’art. La galerie Tannhäuser de Berlin ferme ses portes en 1937 et Justin s’installe avec sa famille à [**Paris*], dans une charmante résidence, rue Miromesnil, décorée par les œuvres de [**Monet, Degas*] et [**Braque*]. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les Thannhauser s’installent finalement à New York en [**1941*].

Bien que les tableaux restés en Allemagne soient détruits lors d’un raid aérien et le domicile parisien pillé pendant l’Occupation, d’autres œuvres de la collection sont épargnées. C’est le cas de quatre-vingt-dix œuvres mises en dépôt au Stedelijk Museum d’Amsterdam, ainsi que neuf tableaux en prêt depuis 1938 pour une exposition itinérante en Amérique latine et du nord.

Un tableau nous étonne et l’histoire nous amuse. Le Homard et le chat, de [**Picasso*]. Après la mort de sa première femme, [**[**Käthe*]*], en 1960, [**Justin [**Thannhauser*]*] se marie avec [**Hilde Breitwisch*]. À cette occasion, [**Pablo Picasso*] offre au couple Le Homard et le chat, de 1965. Une dédicace en rouge et en français est visible sur la toile : « Pour Justin Thannhauser, votre ami, Picasso. »

L’œuvre, réalisée avec humour, fait référence aux natures mortes du XVIIIe siècle tout en jouant avec le thème du tableau qui représente une confrontation réelle. Un chat à la fourrure brun foncé, à droite, fait face à un homard bleu brillant, à gauche. «Peut-on penser qu’il a fait ce tableau à l’occasion du mariage ! Il a sans doute pioché dans les œuvres qu’il avait pour en offrir une au couple !» s’amuse Megan Fontanella.

– [**Section 7. Thannhauser et Picasso. Histoire d’une amitié*]

Grâce au legs Thannhauser, plus de trente œuvres de Picasso entrent dans les collections du Guggenheim. Couvrant une période de soixante-cinq ans, elles témoignent de l’amitié entre les deux hommes, de l’admiration que Justin Thannhauser a pour l’œuvre de cet artiste mais aussi de son audace de collectionneur et de sa capacité à renouveler toujours son goût, au fil des époques. Dans cette salle, trois majestueux portraits de femme correspondent à trois périodes et phases stylistiques très différentes dans l’œuvre de Picasso.

[**Pétra Wauters*]


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WUKALI Article mis en ligne le 07/05/2019

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