Jane Smiley 1000 acres
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« L’Exploitation », au coeur de l’Amérique profonde, prix Pulitzer

par Émile Cougut

Jane Smiley*a reçu le Prix Pulitzer pour ce roman, A thousand acres en anglais, traduit en français sous le titre L’Exploitation.


Nous sommes en 1979, aux États-Unis d’Amérique, dans l’état de l’Iowa, dans le canton de Zébulon. L’ Amérique profonde, rurale, terrienne, agricole. Des hectares et des hectares de terres, durement gagnés sur les marécages qui préexistaient avant l’arrivée des pionniers il y a plus d’un siècle.

Jane Smiley 1000acres Pulitzer prize

La famille Cook fait partie des premiers arrivants et la fierté de Larry, le père, est d’être là depuis les débuts, d’avoir su, à force de patience et parfois de rouerie, augmenter la taille de l’exploitation familiale jusqu’à avoir 400 hectares. Une vie dédiée à l’agriculture, au rendement des plus importants, avec des mentalités du passé : pas d’endettement, mécaniser bien sûr, employer des entrants pour augmenter la production. Faire comme faisait les ancêtres, ne remettre rien en cause.

L’agriculture biologique…Une sorte de fantasme de doux rêveurs, la pollution de la nappe phréatique…On a toujours bu de l’eau des puits… et le cancer du sein de Rose ou les fausses couches à répétition de Ginny sont dus au « pas de chance » et sûrement pas à une quelconque intoxication de l’eau par les engrais et autres pesticides.


Petit endroit du fin fond des États-Unis d’Amérique, peu peuplé, tout le monde se connaît et le « qu’en dira-t-on » est un régulateur social très pesant.

Dans cet endroit vit la famille Cook : le père Larry, veuf, chef de l’exploitation qui la cultive avec ses deux gendres : Ty, mari de Ginny, l’aînée, et Pete, mari de Rose. La troisième fille Caroline est sortie de cet étouffoir et fait une brillante carrière d’avocate.

Un soir, lors d’une fête où comme d’habitude il a trop bu, Larry décide de partager le domaine entre ses deux aînées, Caroline s’étant exclue d’elle même, suivant la vision des choses du pater familias.

Ce legs va amener chacune des trois sœurs, essentiellement les deux aînées, à faire un bilan de leur vie et surtout à faire remonter à la surface tout le mal que leur fit leur père. Car de fait cet homme respecté de tous, montrait dans l’intimité familiale sa vraie nature : un pervers très violent, incestueux, qui a détruit la vie de ses deux premières.

Elles ont tout fait pour préserver leur cadette et l’ont aidée à fuir l’enfer familial. Ginny, elle est passive, dans le déni total sur les viols paternels réitérés, cherche la conciliation, essaie de trouver toujours des excuses à son père. Quant à Rose, elle est en révolte, ne craint pas les affrontements et essaie de convaincre l’aînée de la suivre dans son désir de vengeance. Ainsi, elle veut que son père comprenne le mal qu’il a fait, et qu’il paie.

Les conflits arrivent à leur apogée quand Larry crie sa haine sur ses deux filles et part errer dans la campagne un soir d’orage. Bien sûr il clame partout qu’elles l’on chassé de chez lui. Soutenu par Caroline, devenu complètement sénile, il veut récupérer son bien. Mais s’il échoue, les deux couples sont à jamais détruits et l’exploitation finit par être vendue.

Jane Smiley a transposé le Roi Lear de William Shakespeare dans les  États-Unis d’Amérique de la fin des années 70. Pour autant les deux aînées ne sont pas les manipulatrices, mais des victimes, et elles ne méprisent pas leur père quand elles ont l’héritage contrairement à ce qu’il pense. Caroline n’est pas tout à fait Cordélia : elle aime son père, veut le secourir, mais s’enferme dans un déni total en refusant de comprendre le calvaire de ses sœurs et leurs actions pour la sauvegarder.

Un très beau roman, sans nostalgie, sur un monde qui a existé et que nous espérons n’existe plus. Des personnages attachants, sauf Larry, bien sûr, qui suivent tant bien que mal leur chemin, leurs rêves, en essayant de ne pas trop être esclaves des blessures de leur passé.

L’exploitation
Jane Smiley
éditions Rivages poche. 10€70

JANE SMILEY* est l’auteur de nombreux romans, dont L’Exploitation (A Thousand Acres), qui a reçu le prix Pulitzer, et plus récemment, la trilogie The Last Hundred Years : Some Luck, Early Warning, and Golden Age. Elle est également l’auteur de plusieurs ouvrages de non-fiction et de livres pour jeunes adultes. Membre de l’Académie américaine des arts et des lettres, elle a également reçu le PEN Center USA Lifetime Achievement Award for Literature. Elle vit en Californie du Nord.

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