Nadine Monfils
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Nom d’une pipe avec René Magritte et Georgette !

par Émile Cougut

Voilà un nouveau personnage récurent dans la littérature policière qui vient d’apparaître, René Magritte, et oui ! J’ai bien fait attention à ne pas écrire naître, car le héros de cette nouvelle série que nous espérons longue, a véritablement existé. Et de fait, la littérature policière adore employer des personnes historiques réelles afin de les mettre en valeur dans une intrigue que, de fait, il n’ont jamais eu à connaître. La liberté, l’inventivité de l’écrivain accouche parfois de  véritables pépites, et dans ce domaine Nadine Monfils y excelle !

Cette façon de procéder permet de découvrir des pans de l’histoire que nous ne connaissons généralement que très superficiellement et ce, sans être obligé de lire de savants livres d’histoire parfois pédants et théoriques. Que dire de certains, relatifs à l’histoire de l’art écrits par des spécialistes pour des hyper-spécialistes et qui déversent sur le lecteur non initié des flots de mépris et de pédantisme. Lisez un jour le catalogue de l’exposition Magritte au Centre Pompidou de Paris qui a eu lieu à la fin de la dernière décennie et vous comprendrez exactement ce à quoi je fais allusion !

Ce nouveau personnage de fiction n’est autre que René Magritte, le génial peintre belge, assisté, de loin, mais ô combien présente et importante, par son épouse Georgette.

Quel rapport alors me direz-vous, entre un artiste et une intrigue policière ? Aucun, en première apparence, bien que… Comme l’a si bien montré le génial Simenon, encore un Belge, le hasard peut tout faire basculer en une seconde, peut faire sortir n’importe qui du chemin routinier sur lequel tout un chacun avance. Si c’est le cas pour « monsieur ou madame tout le monde », alors pourquoi pas pour un artiste ? Pourquoi pas pour un peintre ? Pourquoi pas pour René Magritte … (cqfd) ?

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De fait, dans ce genre (le roman policier « historique »), le plus important n’est pas que l’intrigue : en l’espèce, l’assassinat de jeunes femmes avec une mise en scène « spéciale », consistant à déposer des fleurs et une déclaration d’amour près du corps. De fait Magritte s’intéresse à cette affaire car il a aperçu la première victime à un arrêt de tram et, obsédé sans savoir pourquoi par cette image, il la met dans un tableau (ce qui lui vaut quelques discussions vives avec Georgette qui est son modèle féminin privilégié). A force de déductions, d’interrogations, le couple finira par découvrir le coupable.

Non, ce que l’on apprécie le plus dans ce genre littéraire, c’est la description de la société de l’époque, des mentalités du quotidien de tout un chacun. Et Magritte, au delà de son indéniable génie, est une parfaite caricature du petit bourgeois bruxellois de l’après-guerre. Il est la parfaite anti-thèse de la starification des artistes, loin d’un Dali, voire d’un Picasso. Non, un petit monsieur, totalement diaphane, transparent, voire invisible avec sa routine, ses habitudes (il ne peut peindre que dans le salon et ne veut surtout pas entendre parler d’atelier), ses passions (la collection d’horloges). Somme toute, il est un bruxellois de son temps, ni plus, ni moins, et qui va boire sa bière au bistrot avec ses amis et qui apprécie les boulets préparés par son épouse…

Mais c’est un génie, alors il attire aussi d’autres génies comme Jacques Brel, ce qui nous vaut un magnifique chapitre sur l’art et l’artiste, sans nul rapport aucun avec l’intrigue.

Telle est la force du genre et de ce livre, de longues digressions sur l’art, sur l’artiste, de leurs rôles dans la société, sur les mystère de la création, etc. Tout ce que Nadine Monfils met dans la bouche de Magritte est tiré des interviews que ce dernier a donnés. Tout y est vrai pour le plus grand plaisir du lecteur.

Plonger dans la création artistique à partir de la fiction, certes cela n’amène que dédain de la part des experts auto-proclamés, mais c’est surtout un sujet de réflexions, d’explications pour tout un chacun. Et, il faut être honnête, Nadine Monfils relève parfaitement ce défi.

Les folles enquêtes de Magritte et de Georgette
Nom d’une pipe
Nadine Monfils
éditions Robert Laffont. 14€90

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