Mazarin
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Mazarin, un grand ministre au service du Roi et de la France

par Félix Delmas

Mazarin est loin d’être inconnu pour Olivier Poncet qui a déjà commis une belle biographie du grand ministre aux éditions Tallandier. Aussi connait-il parfaitement son sujet et nous offre ainsi un portrait, certes sans concession, mais emprunt de beaucoup d’affection pour le parrain de Louis XIV.

Une vie, un destin, mais surtout un objectif : faire que la France soit le plus grand, le plus fort pays d’Europe (et donc du monde) et permettre au Roi de régner pleinement. Sans lui, sans son action, jamais l’absolutisme royal n’aurait pu atteindre de tels sommets. Pour autant, Mazarin n’est pas un théoricien du pouvoir (contrairement à son prédécesseur, le cardinal de Richelieu), bien plus un pragmatique, un négociateur, il cherche plus une sorte de consensus autour de sa politique plutôt que de l’imposer. Certes, il sait que la guerre est utile mais aussi que seule la diplomatie (où il excelle) permet d’obtenir des gains à long terme. Au lieu d’éliminer physiquement ses adversaires, il préfère donc se les attacher, en faire ses affidés. Ses adversaires, et il en a eus, ne furent pour le moins pas tendres avec lui : on lui reproche d’être italien et donc pas français (les arguments de certains sur l’immigration de nos jours sont plus que très proches de ceux développés au XVIIè siècle, selon quoi, la bêtise humaine invente peu et fait surtout du recyclage). Pensons au Cardinal de Retz qui le traite de machiavélique comme tout Italien.

De fait, il suit les pas de Richelieu : abaisser les grands et diminuer la puissance des Habsbourg en Europe. Le traité des Pyrénées signé quelques mois avant son décès, et qui met fin à des décennies de guerre entre la France et l’Espagne, est la pierre de voûte de toute une vie consacrée à la diplomatie. Quant à l’affaiblissement des grands, il est sorti le grand gagnant de la Fronde et Louis XIV n’eut alors plus qu’à continuer son œuvre.

C’est ainsi qu’Olivier Poncet dans son livre nous montre un Mazarin, non cupide, mais qui a réussi à s’enrichir très vite grâce à sa position privilégiée au sein de l’État (et aidé grandement par un certain Colbert). Ce qui était, somme toute, tout à fait normal à cette époque, et bien de ses détracteurs faisaient de même, mais pas dans une telle ampleur. Il n’était pas cupide ni avare, mais adorait le luxe et les arts, tous les arts d’où ses célèbres collections dont la majeure partie est visible dans les musées en France. C’était, on l’a oublié, un des principaux mécènes de son temps.Il avait aussi une vraie passion pour les livres, un vrai bibliophile, sa bibliothèque (pillée sous la Fronde mais vite reconstituée) était plus importante que celle de son royal filleul et elle a constitué le fonds de l’actuelle bibliothèque Mazarine. Un aspect peu connu de Mazarin est l’organisateur de spectacles dont des ballets dans lesquels dansa Louis XIV.

Mazarin a toujours eu conscience que sans la Reine-mère et le roi (quand celui-ci eut quatorze ans et ayant recouvré la plénitude de ses pouvoirs), il n’était rien, et que son pouvoir ne dépendait qu’exclusivement d’eux. Et leur soutien lui fut toujours complet. Au-delà des sentiments qui le lièrent à Anne d’Autriche (qui ont fait couler beaucoup d’encre), il est certain qu’une grande affection, et une sincère admiration, les unirent avec un but, permettre au jeune roi de régner.

Mazarin a su s’entourer de fidèles, dans des cercles de plus en plus intimes comme Abel Servien, le jeune Colbert ou Charles de Batz de Castelmore (qui le suivit dans son exil en Allemagne durant la Fronde), plus connu semble-t-il sous le nom de d’Artagnan. Des hommes de talents, chacun dans leur domaine, et sans qui sa politique n’aurait pu se développer.

Mazarin

L’avantage de travailler sur Mazarin pour les historiens, c’est la somme impressionnante de documents dont ils disposent. Il nous reste énormément d’écrits de la main de Mazarin même dont ses carnets qui ne le quittaient jamais et dans lesquels il notait ses réflexions, ses plans, des éléments de langage pour quand il rencontrerait la Reine, etc.

De fait on est loin, très loin de la légende noire qui a entouré Mazarin, essentiellement au XIXè siècle. Sans lui, Louis XIV n’aurait jamais été le Roi-Soleil.

Mazarin, à sa mort, laisse un royaume agrandi, pacifié, tant à l’intérieur avec la « mise au pas des grands » et l’éloignement des influences religieuses « ultras » comme le parti dévot et les jansénistes, qu’à l’extérieur, la France étant enfin en paix avec ses voisins.

Encore un biographie de Mazarin, diront certains. Oui, soit, mais… Mais, elle est publiée dans la nouvelle collection des éditions Perrin : la bibliothèque des illustres. Y contribue, au niveau de la riche iconographie, la Bibliothèque Nationale de France. Plus des neuf-dixièmes des illustrations proviennent de ses fonds dont personne ne peut remettre en cause sa qualité, sa quantité, sa diversité. Plus d ‘une centaine de reproductions (expliquées, mises en situation) viennent agrémenter la lecture. Parfois un dessin, un tableau, une lettre en disent bien plus que des dizaines de pages de mots.

Les amateurs d’histoire ne peuvent que se réjouir de cette collection qui permet de mieux percevoir la société, tout comme le contexte de l’époque dans laquelle évoluait la personnalité étudiée. Bientôt, avec le même principe, paraîtront les biographies de Marie-Antoinette et de Robespierre, nous les attendons dores et déjà avec impatience.

Mazarin
Olivier Poncet

éditions Perrin et Bibliothèque Nationale de France. 24€

Illustration de l’entête: Mazarin peint par Simon Vouet. Acquisition Simon Vouet (1590-1649), Portrait du cardinal Jules Mazarin Vers 1642, pierre noire pastel sur papier beige, traits d’encadrement à la plume et encre noire 27,5 x 20 cm. Coll. musée du Louvre, Paris.

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