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La maison squelette, roman de Camille Patrice, errance douloureuse dans le passé

par Émile Cougut

La maison squelette, titre du roman de Camille Patrice publié aux éditions Léo Scheer, est celle que la narratrice, alias « bébé sourire » s’est bâtie tout au long de son existence. Son plan ? Il n’y en a pas. Elle s’est construite à partir de toutes les maisons qu’elle a habitées, fréquentées et qui chacune lui ont laissé des souvenirs, bons ou mauvais. Ces souvenirs qui ont forgé son caractère et qui ont fait d’elle la personne qu’elle est quand elle écrit ces lignes.

Chaque maison est pour elle une invitation à se découvrir, à découvrir son entourage, à découvrir ses racines. Berbère du côté paternel, du Nord de la France du côté de sa mère. Deux cultures différentes, deux milieux sociaux opposés : d’un côté des immigrés entassés dans des barres dans une banlieue anonyme. Mais une famille soudée, aimante. De l’autre une famille « méchante », de la bonne bourgeoise, pour laquelle seules les importances importent et qui n’est liée que pas la présence de la « patriarche » Petite-Anne. Si cette dernière a enchanté la jeunesse de sa petite fille, tout disparaît après son décès, même la maison en Bretagne où elle fut, à sa manière, heureuse.

Dans toute ses maisons, se trouve la figure du père, le Grand-Singe, personnage que nous dirions « haut en couleur », entrepreneur, souvent absent et qui finit par tout perdre et à renoncer. Où que la narratrice se trouve, et même après son décès, il est toujours présent. Tout se relie à lui comme si elle ne pouvait prendre une décision sans avoir son avis, comme si elle ne vivait que pour lui plaire, pour le rendre fier d’avoir une fille comme elle. De fait, elle qui souriait tout le temps, elle s’est renfermée sur elle-même à la naissance de « Bébé-sœur », un classique, elle n’était plus au centre des intérêts de ses parents. Complexe d’Oedipe quand tu nous tiens ! Et  indéniablement, elle ne l’a pas surmonté. La mère « maman-poupée », comédienne ayant renoncé à sa carrière pour ses deux filles, est plus absente, du moins dans le cœur et l’univers de Bébé-sourire. Oh, elle admire sa mère, car elle n’a pas voulu entrer dans l’univers de la famille méchante, mais elle est  perçue comme absente, non présente quand sa fille se sent critiquée, niée de par ses origines paternelles.

La maison squelette est une sorte d’auto-psychanalyse originale car elle se base sur les lieux, sur des maisons (appartement, cabane, etc…) enfin les lieux de vie où vécut la  narratrice. Une façon on ne peut plus originale, et plaisante de traiter un tel terme. Un livre parfois déroutant avec les personnages nommés que par leurs surnoms, un livre dans lequel il faut faire l’effort de « rentrer dedans «  et de se laisser porter de maisons en maisons à travers cette histoire émouvante, empreinte d’une certaine tristesse (tristesse, pas nostalgie) d’où ressort une  grande soif de vie. 

Olécio partenaire de Wukali

La maison squelette
Camille Patrice
éditions Léo Scheer. 19€.
Mise vente en librairie à partir du 6 septembre

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