Qui de mieux pour poser les termes du débat sur la consommation de la viande et l’élevage que la professeure Marie-Pienne Ellies-Oury, ingénieur agronome, docteur en science animale, chercheur associée à l’INRAE. Elle est loin de promouvoir la consommation de viande, loin de là, tout comme elle ne rejette pas les critiques, parfois fondées, de ceux qui la critiquent. Le titre de son livre est révélateur et pour tout dire sympathique La Viande n’a pas dit don dernier mot et sous-titré: La vérité sur un aliment essentiel.
Il est bien loin le temps où la consommation de viande était considérée comme une marque de richesse. Ainsi est-elle devenue l’un des symboles du réchauffement climatique, une négation des souffrances animales et j’en passe. Et de nous asséner des vérités « toutes faites », des croyances qui se veulent arguments, une caricature d’arguments entendables diffusés avant tout sur les réseaux sociaux qui privilégient les affirmations et sûrement pas les réflexions. Et bien sûr, ces vrais dogmes sont repris en boucle par leurs promoteurs. Je me souviens ainsi de la suffisance d’Éric Caron affirmant dans une émission télévisée que les hommes n’avaient aucun avantage à manger de la viande. Et pour étayer son propos il argumentait: « d’ailleurs notre grand-mère Lucy était fructivore comme sa dentition l’a montré. » Personne pour le reprendre et cette affirmation bien des « influenceurs » la scandent comme un disque rayé ! Et s’il est certain que Lucy était fructivore, elle était cependant une lointaine cousine d’Homo sapiens sapiens, c’est-à-dire de nous. Et si son espèce s’est définitivement éteinte, c’est peut-être parce que justement elle n’était que fructivore et non omnivore comme sapiens sapiens !
Marie-Pienne Ellies-Oury commence par une étude scientifique, biologique, médicale des apports nutritionnels de la viande comme le fer, la vitamines B12, les protéines complètes. Elle ne nie pas que les végétaux peuvent les apporter aussi, mais il faut non seulement ingérer une quantité nettement supérieure d’aliments et en plus savoir les combiner entre eux sous peine de carences. Or, force est de reconnaître que peu de personnes savent parfaitement doser ces aliments. Elle se prononce sur une alimentation équilibrée : du carné et du végétal, de fait ce qui fait un plat traditionnel français.

Elle répond aussi aux critiques relatives aux méfaits environnementaux de l’élevage. Tout d’abord les critères retenus ne sont pas toujours adaptés à ce métier. On calcule les atteintes à l’environnement avec une grille de lecture qui s’applique aussi à la fabrication des bouteilles. Et bien sûr ne sont pas pris en compte les bienfaits de l’élevage pour le milieu naturel comme la fixation du CO2 dans le sol ou la préservation de la biodiversité, sans compter que les pâturages naturels sont très efficaces pour lutter contre les incendies. Surtout en France qui dispose de certaines spécificités privilégiant l’élevage exogène, c’est en dire en milieu naturel. N’oublions pas que dans l’Hexagone, plus de la moitié des endroits dédiés au pâturage ne sont pas accessibles à d’autres formes de culture. Faire pousser du blé dans les Causses du Larzac ou du Quercy est impossible, tout comme les pentes naturelles des massifs montagneux empêchent l’emploi d’engins agricoles. Bien sûr Marie-Pierre Ellies-Oury reconnaît qu’il existe des méthodes d’élevage peu conformes aux normes écologiques, mais qui existent peu en France surtout pour la production de viandes bovines ou ovines. Elle se prononce pour un élevage exogène avec une alimentation locale à partir de végétaux peu consommateurs d’eau comme le sorgho.
Il faut lire la partie portant sur le marketing des alternatives à la viande comme la viande en laboratoire, chère et très énergivore et tous les produits ultra transformés qui se développent et dont les effets sur la santé sont loin d’être vertueux !
Voilà un livre qui donne des arguments, de fait, dans les deux camps, sans polémiques, sans dogmes, loin des études biaisées. A chaque lecteur, après de se faire une idée sur l’élevage et la consommation de viande.
La viande n’a pas dit son dernier mot
Pr Marie-Pierre Ellies-Oury
éditions du Rocher. 19€90
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