An history drama In the vicinity of the French heroes of the Revolution


La chronique littéraire d’Émile COUGUT


La révolution française de 1789 à la chute de Robespierre, du « vent de liberté » qui souffla sur le royaume à la Terreur liberticide, sert de toile de fond de la pensionnaire du bourreau. Le bourreau c’est Sanson, Charles Henri, celui à qui revient la lourde charge de mettre au point l’invention du docteur Guillotin et de la faire fonctionner. L’héroïne, c’est Manon, jeune femme qui arrive à Paris en fuyant sa Vendée natale, un vicomte pédophile, caricature du nobliaux tout puissant, sur de son bon droit et des avantages que lui donne sa place dans la société, et sa famille qui subit, se tait, victime de siècles de soumission.

Manon va connaitre tous les rebondissements de cette époque. D’abord sceptique, elle finit par partager les idéaux révolutionnaires, mais sans jamais en approuver les excès, sans jamais se départir de son empathie pour l’Humanité, pour l’Homme, même pour ceux dont elle a été victime, allant jusqu’à soutenir les vendéens par fidélité à sa culture et non à cause des idées qu’ils défendent et qu’elle combat. Elle montre que l’Homme (et la Femme) est marquée par son enfance, son vécu, sa culture et n’est pas un robot appartenant totalement à une catégorie donnée que le manichéisme du pouvoir voudrait instaurer dans la société. De plus, Manon s’insurge sur la place laissée aux femmes par cette société machiste et voit progressivement les droits accordées à celles-ci au début de la révolution, diminués pour disparaitre.

Manon va bien sur croiser « les grands hommes » de cette époque : Robespierre, Danton, Camille Desmoulins et sa femme Lucie, David dont elle servira de modèle, Lafayette, l’Abbé Grégoire, Marat, Fouché, Carrier et tant d’autres. On peut trouver que l’auteur les dépeint un peu vite et de façon quelque peu caricaturale, employant même des lieux communs que les biographes cherchent à combattre (c’est évident pour Fouché qui avait une personnalité autrement plus complexe que l’opportuniste rusé et menteur que l’on trouve dans le livre, ou tout ce qui concerne l’homosexualité refoulée de Robespierre). Le seul personnage historique décrit dans toute sa complexité est Sanson, un artisan aimant le travail bien fait, bon mari, bon père de famille, ami de la nature et de la musique. Un personnage attachant qui finit par agir par devoir ne supportant plus d’être associé à une justice qu’il ne reconnait plus.

Manon va vivre avec deux hommes. Le premier Benjamin est un jeune député élu aux états généraux, un idéaliste qui refuse tout compromis, qui n’arrive pas à devenir l’acteur de cette période qu’il voulait être mais qui par sa mort montre toute son humanité. Le second, Joseph, est un ancien esclave noir de Saint Domingue, devenu libre grâce à la révolution mais qui va vite être victime des préjugés de la société, tout comme le sont les femmes.

Sans être un spécialiste de l’histoire, il y a quelques passages qui énervent le lecteur que je suis. Ainsi lisant que le roi de France est « l’oint du Seigneur depuis Saint Louis », je me demande ce que sont devenus Clovis, le baptême à Reims, Saint Rémi et la colombe portant le saint chrême. Toute mon éducation à l’école laïque et républicaine serait elle à revoir ? Tout comme quand je vais à Valmy, auprès du moulin, je vois, dominant la plaine qui fut le lieu de la bataille célébrée par Goethe, la statue de Kellermann et non celle de Dumouriez. Il faut dire que dès la troisième phrase, j’ai sursauté : « Le règne de Louis XVI était laxiste, tolérant ». Tolérance et laxisme mis en parallèle, le démocrate que je revendique être ne peut que s’insurger ! C’est une vision du règne de Louis XVI qui n’engage que l’auteur et qui est loin d’être partagée par les spécialistes de cette époque.
Par contre, l’auteur montre bien les ravages que la Vertu devenu finalité de la politique peut causer, ainsi que l’impossibilité de changer en profondeur la société contre la volonté de ses membres.

A ces quelques restrictions près, la pensionnaire du bourreau est un livre qui se lit facilement, rapidement. Olivier Dutaillis s’inscrit dans la lignée des auteurs de romans « historiques » comme Juliette Benzoni ou Jean Diwo. Bien sur on a le droit de préférer leur grand, immense ancêtre (à qui un clin d’œil est adressé en fin du livre) Alexandre Dumas : la révolution française à travers « Ange Pitou », « Le chevalier d’Harmantal » en passant par « les blancs et les bleus » est traversée par un souffle épique jamais égalé.

Emile Cougut


La pensionnaire du bourreau

Olivier Dutaillis

éditions Albin Michel. 21,50€. Sortie en librairie le 2 janvier


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