The obscure and tense atmosphere of provincial French bourgeoisie


Parue aux éditions Denoël en 2000, les éditions Héloïse d’Ormesson viennent de rééditer La femme éclaboussée de Dominique Dyens. Ce livre, à juste titre, a permis à cette dernière de se faire connaître du public, tant des amateurs de romans que de ceux de policiers.

L’histoire est très simple. Catherine Salernes, fille de merciers de province, montée à Paris, a épousé Jean, « grand bourgeois ». Ils ont eu deux enfants, Thomas et Virginie qui depuis ses douze ans vit repliée sur elle-même. Catherine n’a jamais été acceptée par sa belle mère qui lui reproche continuellement ses origines sociales. L’atmosphère familiale est étouffante, ils vivent dans le même immeuble que la mère et le frère de Jean. Il n’y a aucune communication : « chacun tente de fuir la chape d’ennui qui envahit la maison, car ils sont comme les protagonistes d’un huis clos. Ils ne partagent rien hormis les liens du sang. » Dépressive, elle tente de se suicider, et son mari lui achète une boutique de souvenirs grâce à laquelle elle gagne une indépendance financière. Par un concours de circonstances, elle rencontre Olivier Grancher, jeune professeur, de 17 ans son cadet et ils deviennent amants. Il lui fait découvrir la sexualité qu’elle n’a jamais eue ni même imaginée, elle s’épanouit, et, malgré ses efforts, toute la maison a conscience de sa liaison. Le guichetier de la banque où elle dépose tous les jours les recettes de son magasin aussi ! Or celui-ci a déifié Catherine, la prenant pour la femme parfaite, une idole qu’il vénère et qui représente la perfection féminine. Comprenant qu’elle a pris un amant, c’est son monde qui s’écroule et il passe de la vénération à la haine, tous ses côtés misogynes, sadiques, pervers l’envahissent et il veut se venger d’elle. Il est retrouvé assassiné dans un hôtel où il l’avait poussée à venir.

Le reste de du roman c’est l’enquête policière, les effets qu’elle a sur chaque protagoniste de l’histoire jusqu’au dénouement final, lors du dîner d’anniversaire de la mère Jean, parfaitement amené.

La description de la vie de la famille Salerne, réglée à la minute près, où tout est prévisible, où un sentiment d’étouffement règne, n’est pas sans faire penser à Madame Bovary, à certains romans de Simenon, comme Le chat, et encore plus à Mauriac, car, derrière ces « bonnes manières » de la grande bourgeoisie, se cachent des « secrets » qui détruisent lentement ceux qui sont les plus détachés des apparences.

Catherine souffre, mais ses enfants aussi, n’osant pas dire ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils vivent. Ils ne se font pas à ce culte de l’apparence. Si celle-ci est préservée, alors toutes les turpitudes sont permises. C’est le royaume de l’hypocrisie totale qui broie les gens sincères. Le guichetier aussi est un hypocrite, il ne montre jamais son vrai visage à Catherine et à ses collègues. A sa femme oui, mais surtout pas aux autres, comme le bon manipulateur pervers qu’il est. Il épie, espionne son idole, puis sa victime, il détourne les moyens mis à sa disposition pour son travail pour son intérêt personnel. Un tel personnage n’est pas qu’une invention romanesque sortie du cerveau bouillonnant de l’auteur, mais une réalité qui peut toucher tout un chacun.les changements

Chacun joue un rôle, le rôle qui est le sien, non qu’il l’ait voulu, mais celui que la société lui a dicté, et seule la lucidité permet de dépasser ce rôle. La lucidité ou l’empathie, voire l’amour. Ses enfants parce qu’ils l’aiment, perçoivent vite les changements dans le comportement de leur mère et comprennent, qu’enfin elle est heureuse. Il en est de même pour Henriette, la « bonne », ainsi que Jean. Et que dire d’Olivier, cette simple réflexion qu’il se fait, montre bien que quelque soit le masque que l’on se met, il ne couvre rien à qui sait regarder derrière : « En la voyant pour la première fois, et bien qu’il voulut violemment la posséder, il avait été d’emblée touché par sa fragilité et sa solitude derrière son froid maintien. D’une certaine façon, il était tombé éperdument amoureux dès le premier instant. » Tous ceux qui ont vécu cette situation ne peuvent qu’être interpellé par cette simple citation !

La Femme éclaboussée de Dominique Dyens est un magnifique roman sur l’hypocrisie du respect de la norme quand ce respect même est devenu une façon de ne vivre que pour les apparences, en niant ce qui nous fonde tous, notre humanité enfouie.

Emile Cougut


La Femme éclaboussée

Dominique Dyens

Éditions Héloïse d’Ormesson. 18€


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