An American diplomat in nazi Germany


La chronique de Laurent MEILLER.


Dans la grande famille du récit historique, Erik Larson est avant-tout un journaliste passionné d’histoire et non pas un romancier qui utilise un cadre pour faire vivre des personnages fictifs à l’instar de Philip Kerr ou Volker Kutscher.

Il a effectué un travail de reconstitution d’archives officielles de l’ambassade des Etats-Unis à Berlin et journal intimes de la famille de William Dod, son représentant de 1933 à 1937 et ancien universitaire proche de Rooselvelt.

1933, l’action du livre Dans le Jardin de la bête se déroule donc à Berlin, sur fond de lynchages de touristes américains et de juifs qui ne saluent pas le défilé des milices des SA chargées de mettre la pression sur la population lors de longs défilés quotidiens. L’administration américaine est avertie du phénomène et se pose la question de la nomination du futur ambassadeur : il doit être suffisamment germanophile pour la poursuite des relations économiques en fréquentant l’élite industrielle et les dignitaires du parti nazi accédant au pouvoir et avoir un effet modérateur sur les mœurs violentes des milices.

William Dod n’est pas un premier choix pour cette mission car non issu d’une riche famille qui invitera le « tout Berlin » lors d’interminables soirées mondaines. Ses mémoires nous racontent les difficultés de sa sa famille à jongler avec les stéréotypes de la « belle époque » berlinoise et la montée de la violence justifiée par le régime nazi qui soignant les apparences, ne reculera jamais.

Sa mission est d’autant plus complexe que sa fille Martha, frivole jeune femme de 24 ans, compte bien profiter de cette nouvelle dynamique sociale pour assouvir ses caprices et fantasmes quitte à séduire certains dignitaires nazis (Rudolf Diels, chef de la Gestapo) et diplomates soviétiques, avant de déchanter …

Comme souvent, la réalité dépasse la fiction tant la richesse des informations et l’expression des sentiments des personnages nous interpellent. On peut aisément faire une analogie à la période actuelle où les politiques sont parfois plus proches des préoccupations des banquiers que du rapprochement des valeurs entre les citoyens des pays démocratiques et ceux des pays autoritaires.

C’est donc un récit captivant dont on a du mal à décrocher tant il nous transporte par sa crédibilité et parfois l’envie de modifier le destin historique !

Laurent Meiller

07/06/2014.


Dans le jardin de la bête

Erik Larson

éditions du Cherche Midi. 21€


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