Aznavour’s tribune on French radio and digest about Middle East conflict and turmoil


L’éditorial de Pierre-Alain LÉVY.


Le coup de gueule de Charles Aznavour sur l’antenne d’Europe 1 est fort et puissant, c’est une prise de position digne, bouleversante et juste. Tout y est dit. Sans être un analyste des relations internationales Aznavour exprime avec vérité et humanité un positionnement d’honnête homme.


Il n ‘est rien moins que rare que de voir à longueur d’émissions de radios ou mieux encore de télévision, des artistes, ou tout du moins autoproclamés tels, des hommes et femmes du monde du spectacle ou du sport par exemple, prendre à témoin l’auditeur pour se répandre tels des conseillers politiques ou des maîtres à penser en morale sur le fait politique et le plus souvent s’en prendre aux gouvernants. En France ce petit sport s’est mué en fait de société. Le bashing, c’est son nom en franglais, c’est à dire la jouissance populiste à lyncher par le verbe et en démesure, est même devenu s’il fallait en croire les journaux ou les pages d’accueil des sites Internet, une rubrique médiatique très prisée. Notre société hyper médiatisée est ainsi devenue une société d’avilissement intellectuel car les intellectuels mêmes ont déserté le champ du courage et de la prise de position. Les rares qui osent présenter avec force et conviction des vues qui vont à contre courant de la pensée unique sont largement exposés au pilori ( je pense en écrivant cela bien évidemment à Alain Finkielkraut)

Serait-ce faire insulte à ces dits artistes et consorts pour considérer que leur pseudo prises de position s’apparentent davantage à un plan marketing, une stratégie de communication, le souci de renforcer une existence professionnelle que leur seul talent n’est point réellement en capacité de stimuler. Leur vocation éthique est loin d’être leur principale préoccupation. S’afficher tard le soir dans une émission de télévision ou participer à une émission de radio et utiliser notamment la dérision pour faire de l’audience n’est peut-être pas, et loin de là, le moyen de graver son nom au registre des grands penseurs et des philosophes de l’humanité. La seule morale que ces braves gens connaissent est celle qui fait tintinnabuler les euros dans leurs escarcelles, c’est à dire vendre leur soupe, albums discographiques ou livres, et ce bruit argenté leur est parfaitement doux ! Mais à vouloir discourir du monde, n’est pas point compétent qui veut!

Il est d’autres artistes, d’authentiques personnalités, dont la renommée n’a pas à souffrir et à se réduire à ces salamalecs télévisées ou radiophoniques là et qui n’ont nul besoin de podiums complaisants. Leur talent authentique s’inscrit certes dans un travail exigeant et artistique, leur personnalité même s’inscrit dans une mémoire, une émotion et une exigence éthique qui se passe de tout autre support. Charles Aznavour est de ceux là, parolier de Piaf, puis chanteur au talent formidable qui a conquis le monde entier, il n’a cessé durant toute son immense carrière à porter la mémoire tragique de l’Arménie dont il est devenu même ambassadeur et représentant permanent auprès de l’ONU.

Charles Aznavour, en matière d’humanité sait ce dont il parle et la diaspora arménienne avec lui, entretient la mémoire d’un génocide, le premier du vingtième siècle.

Entre Syrie et Irak aujourd’hui, des océans de sang. En Syrie plus de 180.000 morts. Antoine de Saint Exupéry disait naguère au sujet de la Guerre civile espagnole, « ici on ne fusille pas, on déboise », quelle image dantesque devrait on alors trouver pour qualifier ce qui se passe là-bas au Moyen-Orient ? Et pour autant, on n’a à ce jour jamais vu ici en Europe des manifestations avec en gloire de bonnes âmes compassées, défiler au nom de la paix là-bas !

La Syrie et l’Irak ainsi que la plupart des pays du Maghreb ou de l’Égypte étaient jadis riches de communautés juives installées là depuis plusieurs millénaires, depuis Babylone ! Elles en furent violemment chassées dans les années 50. Je serais tenté, reprenant ainsi une histoire juive fameuse de dire « et les coiffeurs ? ». La mémoire de ces familles juives expulsées violemment, de ces communautés entières, semble être fort mal connue, l’on n’en parle d’ailleurs jamais ! Un des vieux amis juifs de ma famille aujourd’hui défunt, Maître Barchman, ancien bâtonnier au Barreau du Caire eut avec tous les siens moins de 24h pour quitter l’Égypte à l’époque de Gamal Abdel Nasser et vint s’installer en France la patrie des Droits de l’homme.

L’histoire balbutie et se répète. C’est au tour des chrétiens d’Orient de fuir sous peine d’être massacrés en Syrie, en Irak. Les coptes d’Égypte ne sont pas à l’abri et pas davantage d’autres communautés comme les yézidites d’antique origine. Eux aussi étaient installés dans ces pays depuis des millénaires, bien avant même la naissance de l’Islam. Leur existence est aujourd’hui menacée et quand François Hollande, le chef de l’état français prend position pour les défendre et mettre en place au plan européen et international des mesures coercitives pour assurer la sécurité de ces communautés, il a pleinement raison.

Le conflit est en effet d’une hyper complexité tout d’abord conflit religieux entre l’islam sunnite et l’islam chiite, conflit régional où s’affrontent certains pays arabes et le monde persan, conflit aussi entre puissances arabes qui ne s’aiment guère, conflit culturel, conflit où interviennent les grandes puissances. Conflit entre Occident et monde musulman.

Le Qatar soutient et finance tout à la fois le l’EIIL ( État islamique en Irak et au Levant) ainsi que le Hamas à Gaza), et s’oppose à la diplomatie égyptienne, il soutient pareillement les mouvements djihadistes en Syrie.

L’État islamique en Irak et au Levant (EILL, ISIS en anglais), qui vient de prendre Mossoul dont il a chassé les chrétiens et instaure selon ses termes un «califat», avec la charria comme loi, installe son pouvoir sur une très vaste région entre Syrie et Irak. Il semble disposer d’immenses soutiens économiques très probablement provenant des pays du Golfe. Ce mouvement sunnite est dores et déjà considéré comme plus dangereux qu’ Al-Qaïda et constitue aujourd’hui la menace numéro 1.

L’Iran appuie de ses milices les mouvements islamistes en Syrie contre l’armée d’Assad, mais dans la même temps lutte contre contre l’EILL et se retrouve paradoxalement (mais ce mot n’a pas de sens en terme diplomatique) auprès des américains.

L’Égypte déstabilisée au moment du «Printemps arabe» par l’arrestation de Mubarak puis par l’arrivée au gouvernement des Frères Musulmans et la reprise en main par l’armée du pouvoir, lutte contre les tentatives de déstabilisation conduite en sous-main par les pays du golfe (Qatar en tête) et s’oppose au Hamas à Gaza.

La Turquie qui veut s’affirmer au plan de grande puissance régionale et héberge les rebelles

Parallèlement le conflit entre les palestiniens et Israel s’envenime. Depuis les accords de Camp David rompus par Yasser Arafat alors en négociation avec Ehoud Barak,(25 juillet 2000) le conflit entre Israel et les palestiniens ne cesse de se détériorer. Le dialogue ne reprend pas et stagne dangereusement. Après que le Hamasait pris le pouvoir à Gaza contre le Fatah, les militants du Fatah sont éliminés et tués. Deux clans s’opposent dans le camp palestinien d’un côté Mahmoud Abbas est élu président en Cisjordanie tandis que son rival détesté Ismaël Haniyeh dirige d’une main de fer dans l’enclave de Gaza après en avoir éliminé ses« frères» du Fatah. Aujourd’hui les partisans gazaouis de négociation avec Israël sont à leur tour tués par les durs du Hamas.

En Israël, un gouvernement ferme dirigé depuis 2009 par Benjamin Netanyahu et le Likkoud, hésite entre reprise des négociations avec le parti de Mahmoud Abbas et des mesures coercitives. Le temps passe et aucune négociation sérieuse ente les prises de positions israéliennes ou palestiniennes n’aboutit. Les faucons des deux camps surenchérissent. Dans l’orient compliqué la diplomatie est à la peine.

Des pluies de roquettes (plus de 800) tirées depuis Gaza tombent dans le sud d’Israel, trois adolescents israéliens sont enlevés et assassinés par des membres du Hamas. C’est le déclic pour l’opération «Plomb durçi» menée par Tsahal contre les membres du Hamas à Gaza pour faire cesser ce harcèlement de la terreur qui atteint plusieurs villes israéliennes

Avec la Syrie et l’Irak, cette guerre intestine au monde musulman dont nous sommes tout à la fois les témoins effarés et aussi les victimes, percute aussi l’Europe et l’Amérique. De jeunes musulmans européens ou même de jeunes paumés chrétiens séduits par le Coran et corrompus par une propagande islamiste qui circule à flux sanglants sur Internet, partent pour le djihad en Syrie, et il ne s’agit guère d’un chemin de Damas !

La barbarie, et il n’existe nul autre nom, aiguise ses couteaux entre Damas et Mossoul. Ici on fusille, on égorge, on tue, on viole, on mutile, on décapite, on mitraille, on assassine, on cloue en croix, on pend, on éviscère, la liste est à vomir. La terre là-bas y a la couleur du sang, et il y a bien longtemps que l’on n’y écoute plus les poètes ni les chanteurs ou les chanteuses à la voix de miel. Du haut des minarets, ce sont des appels aux massacres que l’on entend et les palmeraies sont encombrées de noirs véhicules armés de mitrailleuses.

Charles Aznavour, on aime vos chansons, on vous aime, on vous respecte, vivez mille ans et nous sommes nombreux à penser comme vous, Non, on ne discute pas avec les égorgeurs !

Pierre-Alain LÉVY.


WUKALI 26/08/2014


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