A famous French gangster, an heartbreaker too


Rodolphe signe un roman, pas une biographie ni un livre d’histoire. Un roman à partir de faits réels et de personnages réels. Ainsi, à côté de Pierrot le fou, fait on connaissance de José Attia, de Georges Boucheseiche, d’Abel Danos dit « le  Mammouth », d’Henri Fefeu dit «Riton le tatoué », on rencontre Ginette Leclerc et Martine Carol. Le seul personnage inventé est le narrateur, Paul le Belge, pigiste et ami par hasard des membres du gang des Tractions Avant.

Ce livre est écrit comme un dialogue à la Audiard, celui des films policiers de l’après guerre, avec une débauche d’argot. D’aucuns penseront à certains San Antonio. Ce parti pris d’écriture est là pour essayer de restituer une atmosphère correspondant à ce que nous pensons qu’elle était dans les milieux du grand banditisme à cette époque. Peu importe si cela correspond à la réalité ; les mots sont importants quand on écrit sur un mythe, ils faut qu’ils correspondent aux fantasmes des lecteurs, et Rodolphe y arrive très bien.

On se souvient tous du mythe de Pierrot le fou, et j’ai bien écrit mythe, car le temps ayant fait son œuvre, Pierre Louvel dit Pierrot le fou a rejoint la cohorte des « bandits » dont les méfaits ont été magnifiés, transformés, mythifiés pour représenter une sorte d’épopée plutôt bienveillante n’ayant qu’un rapport de plus en plus lointain avec le temps qui passe avec la réalité des faits. Sans remonter à Robin de Bois, songeons à Cartouche, Mandrin, Lacenaire, Bonnot et même encore plus près de nous à Mesrine. Il est à remarquer, et c’est aussi en cela que nous pouvons parler d’épopées, que tous ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques plus ou moins réussies et qui à peu près toutes rendent le héros plutôt sympathique et les représentants de l’ordre comme des êtres brutaux, rancuniers pour ne pas dire primaires.

Pierrot le fou a connu une existence courte puisqu’il n’a que 30 ans quand il décède et, de fait, ses « exploits » ne se déroulent que sur deux années : 1945/1946, mais des années « pleines ». Avant la guerre, c’est un petit voyou de peu d’envergure qui fait ses premières armes à Marseille. Insoumis à toute forme d’ordre, il fera son service militaire dans les bataillons d’Afrique où il fait la connaissance de celui qui sera son véritable second, Jo Attia. Lors de l’occupation, il collaborera, s’engagera dans la Gestapo, mais en 1944, sentant que les Alliés allaient gagner, il se rend à Toulouse, entre dans la Résistance où très vite il se fera remarquer par son courage, sa témérité (il descend un officier allemand en journée au centre de la place du Capitole), pour son adresse au tir aussi et ses compétences de conducteur.

A la Libération, il monte le « Gang des Tractions Avant », avec des connaissances venant aussi bien de la Gestapo que de la Résistance dont Jo Attia, déporté à Matthausen, décoré de la Légion d’honneur par le général de Gaulle pour son action envers ses camarades dans le camp. Le gang se caractérise par l’audace de ses méfaits, leur rapidité d’exécution, mais aussi sa violence, au moins par deux fois Pierrot le fou n‘hésite pas à tirer et à tuer pour aller vite.

On connaît son amour des femmes dont certaines célèbres comme Ginette Leclerc mais surtout Martine Carol. Il aime les femmes plutôt vulgaires ou ayant une notoriété, mais il les traite plus comme des choses, des instruments de plaisirs que comme des êtres humains : sa relation avec l’actrice de Caroline Chérie prend fin quand il l’abandonne à moitié dévêtue dans un bois car elle ne voulait pas coucher avec ses amis.
Très vite, c’est une descente dans la déchéance. Pierrot est la plus part du temps saoul, plusieurs braquages échouent et lors du dernier, une bijouterie, non seulement il tire sur le commerçant, mais en plus il se blesse involontairement au bas ventre. Hospitalisé sous le nom de Paul Chaplain, victime d’un accident de chasse, ses complices, de peur qu’il ne soit reconnu, l’extraient de la clinique et il décède durant le trajet. Ils l’enterrent sur l’île Gillier sur la Seine.

Malgré l’arrestation de ses complices, la police recherche toujours Pierrot le fou car certains se font passer pour lui. Cette « chasse » s’achève quant au mois de mai 1948 on exhume sa dépouille.

L’auteur dresse un portrait sans concessions de Pierrot le fou, un alcoolique violent, jaloux, misogyne, mais aussi doté d’un certain charisme, d’une grande intrépidité sans vraie conscience du danger. Un flambeur qui aime s’habiller, qui fait attention aux apparences, en quelque sorte un homme qui brûle sa vie « par les deux bouts », comme s’il avait conscience qu’il allait mourir très jeune.

La légende de Pierrot le fou, est l’exemple du très bon livre de gare ou de plage, facile à lire, retraçant un mythe encore présent, incitant ceux qui le désirent à approfondir leurs connaissances sur ce milieu somme toute très contrasté.

Émile Cougut


La légende de Pierrot le fou

Rodolphe

Éditions Michalon. 17€


WUKALI 03/06/2015

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