A French historian unveils the miserable face of the Vichy regime


Encore un livre sur Vichy diront certains, il est vrai que les livres sur la période noire de l’État Français ne manquent pas, pour ne pas dire se multiplient surtout depuis que les universitaires américains ont défriché cette époque de notre histoire. Il est tout aussi certain qu’une grande partie de cette production, après la Libération, mais encore actuellement, avait pour auteurs avant tout des « politiques » et non des historiens qui essayèrent (et essaient encore) d’expliquer au lecteur que la collaboration était la seule solution face aux hordes barbares allemandes et qu’elle permettait de négocier avec les vainqueurs pour éviter des drames encore plus importants, et pour d’autres de dédouaner le Maréchal Pétain qui par sa stature et son sacrifice a voulu sauver notre pays et a été la première victime de Laval qui l’a manipulé, marginalisé.

Les travaux actuels des historiens ont démontré la vacuité d’une telle démarche ; le livre de Bénédicte Vergez-Chaignon s’inscrit totalement dans ce courant de la recherche historique, on n’est pas docteur en histoire, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale pour rien.

Dire qu’elle donne de nouvelles révélations au lecteur serait faux. Cependant, s’appuyant sur des documents soit inédits, soit récemment trouvés, soit rarement exploités, elle ne fait que conforter les connaissances actuelles et anéantit tous les arguments des nostalgiques de Vichy.

Le premier chapitre « Vichy, capitale improbable » nous ferait rire si on ne connaissait pas le tragique de cette époque : la course à la place dans cette sous préfecture de l’Allier, dans des hôtels n’ayant pas le chauffage, la pénurie alimentaire (sauf pour le Maréchal) ; les mesquineries, les luttes entre les clans, etc., ne sont pas sans faire penser à la description de la vie à Sigmaringen, décrite par Céline dans « Un Château l’autre ».

Le second chapitre « Les discours du Maréchal en quête d’auteur(s) », à lui seul mérite l’achat et la lecture de ce livre surtout quand on continue par le troisième : « Qui a écrit le premier statut des Juifs ?». Le piédestal sur lequel certains veulent poser la statue de Pétain vole en éclats, n’est que de la poussière. Et oui, le maréchal était un vieillard, incapable de se concentrer des heures durant, ce n’était pas, loin de là, le bourreau de travail, cet océan d’empathie que la propagande de Vichy a voulu faire croire à la population. Il était avant tout obnubilé par son image, vivait dans un monde totalement artificiel n’ayant aucun rapport avec le quotidien des Français. C’était un égoïste, persuadé de la magie du verbe, aussi passait-il le plus clair de son temps à corriger ses discours. Bien sûr, il n’appréciait pas Laval et la brutalité des nazis. Bien sûr, quelque part il était de bonne foi quand il disait qu’il se sacrifiait pour la patrie, même quand il parle de collaboration, sauf que certain de détenir la vérité, il n’a pas compris que les occupants n’avait pas du tout la même définition de ce concept.

Et, dans cette volonté de montrer sa bonne foi, conseillé en outre par Laval, il y a cette fuite en avant dans l’horreur en se servant des Juifs comme une sorte de monnaie d’échange. On peut penser ce que l’on veut de Pétain, même croire dans le message véhiculé par la propagande de l’époque, mais maintenant, on sait, on a la preuve écrite de son indignité (je signe et je persiste) qu’il est intervenu directement dans l’élaboration du premier statut des Juifs en aggravant la première mouture. On pourra (ce que ne fait pas Bénédicte Vergez Chaignon) trouver des explications dans sa culture, dans l’antisémitisme de la société française de l’époque, dans la pression des Allemands (inexistante de fait), il n’en demeure pas moins que son attitude est inexplicable, comme son silence quand son gouvernement, et pas que Laval, donnait des moyens pour « rafler », garder les Juifs, ou en proposant des noms d’otages à fusiller.
D’ailleurs, plus d’un dans l’entourage du Maréchal se sont éloignés de lui à partir de ce statut.

Je pourrais continuer encore et encore à parler de chaque chapitre de cet excellent livre d’historienne qui chacun décrit un moment à travers un homme en vue de cette époque : Darlan, Darnand, Henriot, Pucheu et bien sur Laval. L’auteur ne fait preuve d’aucun manichéisme, montrant bien les intérêts souvent contradictoires qui étaient en jeu.

L’histoire est souvent pour ne pas dire toujours très complexe. Celle de la Seconde Guerre mondiale en général et de l’État Français en particulier ne déroge pas à cette règle, ce que Bénédicte Vergez-Chaignon nous démontre brillamment.


Félix Delmas


Les secrets de Vichy

Bénédicte Vergez Chaignon

Éditions Perrin. 22€


WUKALI 25/09/2015
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