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À ma reine, le charmant roman d’Anne Révah

par Émile Cougut

Quand on arrive à la cinquantaine, c’est, plus ou moins pour nombre d’entre nous, l’heure du bilan de sa vie. Pour d’autres, ce sont les tentations de la chair fraîche, ce qui est loin d’être le cas d’Antoine, le héros de ce roman d’Anne Révah. Un bilan aussi bien au niveau de sa vie privée, amoureuse ou professionnelle. Antoine, divorcé, un grand fils, Martin, veut changer de métier (il est architecte urbaniste dans une grande entreprise). Que faire ? Que faire d’autant que du fond de son âme réapparaît avec force le souvenir de son voyage linguistique à Brighton en 1981. Il avait alors 14 ans, jeune adolescent gauche, mal dans sa peau, commençant à être titillé par ses hormones, mais bien moins que certains de ses compagnons. Dans le groupe, il y a Patricia. Elle est la plus âgée du groupe (18 ans), ce qui la marginalise quelque peu d’autant qu’elle sait faire montre d’un esprit de liberté dont les autres sont loin d’être dotés. Et pourtant, elle choisit Antoine comme confident, voir complice de ses « turpitudes ». Il n’y a rien de physique entre eux, mais il est follement amoureux de la jeune femme.

Après être revenus, ils se verront par intermittence, toujours là et quand elle le souhaite. Lui accourt dès qu’elle le prévient et il « bade », comme on dit dans le sud-ouest, à ses côtés. Et un jour, un rendez-vous est manqué et elle disparaît.

Anne Révah roman

Petit à petit la souffrance causée par l’absence se fait moins forte, Antoine construit sa vie, jusqu’à ce moment où il souhaite savoir ce qu’est devenue Patricia. Grâce à la toile, il finit par retrouver sa trace, dans un bar à Albany, aux États-Unis d’Amérique sous le surnom de Patty. Il quitte tout pour se rendre de l’autre côté de l’océan. Il se rend dans ce bar à la mode, où l’on parle français, c’est du dernier chic. Bien sûr, il a confirmation dès qu’il la voit : Patty est bien Patricia, mais elle fait celle qui ne le reconnaît pas, c’est un touriste français parmi tant d’autres. Il arrive, par brides, à reconstituer la vie de Patricia, à connaître sa fille Hélène, jeune médecin qui ne pratique pas pour aider sa mère dans l’établissement. Se remet en place alors tout leur jeu de séduction, il redevient le confident de Patricia et ainsi ils se rapprochent. Elle n’a pas changé, la liberté est toujours son moteur, sa philosophie de vie, elle ne veut pas s’attacher à qui que se soit, sauf à sa fille. Mais, elle aussi se souvient de Brighton, de cet amour qui les a unis. Elle ne veut pas détruire sa beauté en lui donnant une concrétisation trop « engageante » pour elle et elle va essayer de démontrer à Antoine qu’ils n’ont aucun avenir en commun, d’autant plus que…

Et il repartira en France, avec Patricia en son âme.

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À ma reine est un beau roman sur le premier amour, voire sur la passion que peuvent ressentir les adolescents. Bien des lecteurs se retrouveront dans Antoine, bien des lecteurs ont vécu un amour total, purement intellectuel, sans aucun contact physique avec la personne aimée, et qui reste au fond de son âme comme un magnifique moment qu’il faut préserver. Peu oseront faire comme Antoine, retrouver son passé, essayer de revivre « ses vertes années » comme l’écrit Baudelaire. Mais c’est aussi un livre sur la liberté, la vraie, celle dont on se dote, qui devient le seul et unique moteur de sa vie, quelque soit le prix à payer. Roman sur les blessures de la vie, sur son bilan, sur la volonté de comprendre les ruptures, les malentendus qui ont parsemé notre parcours et que l’on voudrait comprendre, voire réparer.

Il n’y a aucun pathos sous la plume d’Anne Révah, son héros ne veut rien changer, mais comprendre et essayer d’être heureux en rendant l’autre heureuse. Il ne veut pas faire revivre un passé révolu, mais vivre au présent une rencontre faite dans le passé. Il ne veut pas « rajeunir », nier sa vie entre les deux rencontres avec Patricia, mais, fort de son expérience, donner une nouvelle réalité à cet amour. En tout point une démarche d’une grande lucidité qui rend ce roman particulièrement plaisant.

À ma reine
Anne Révah

éditions Mercure de France. 16€80

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