Ce mardi 4 août, au Parc de Florans, c’est Alexandre Kantorow qui s’installe au piano. À 29 ans, il est déjà l’un des pianistes les plus admirés de sa génération : premier Français à remporter, en 2019, le Premier Prix du Concours Tchaïkovski et son rarissime Grand Prix, décerné seulement trois fois dans l’histoire du concours ; puis plus jeune lauréat, en 2023, du Gilmore Artist Award, l’un des prix internationaux de piano les plus prestigieux, remis tous les quatre ans. Un parcours fulgurant pour celui qui a grandi entre les tournées, fils du violoniste et chef d’orchestre Jean-Jacques Kantorow, et qui s’est très tôt produit sous la baguette des plus grands chefs, dans les festivals les plus renommés. La musique de chambre reste, dit-il, l’un de ses grands plaisirs.
Programme
Bach / Liszt : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, S.180
Medtner : Sonate pour piano en fa mineur, opus 5
Chopin : Prélude en ut dièse mineur, opus 45
Alkan : La Chanson de la folle au bord de la mer, opus 30 n° 8
Scriabine : Vers la flamme, opus 72
Beethoven : Sonate pour piano n° 32 en ut mineur, opus 111
Bis : Wagner / Liszt – Mort d’Isolde (extrait de Tristan et Isolde).
Ce qui frappe chez Alexandre Kantorow, c’est ce mélange assez rare entre un toucher très pur, presque cristallin, et une fougue complètement romantique quand il le faut. On ressort de ses concerts avec l’impression d’avoir vu quelqu’un qui ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, juste à faire vivre la musique. D’où cette impression de « jamais déçu » que l’on entend souvent autour de nous : chez lui, la sincérité passe avant la performance.
Et l’on se pose la question dans les allées du parc de Florans : « Kantorow était déjà tout là-haut ces dernières années, mais comment fait-il pour continuer à progresser ? » Oui, jusqu’où ira-t-il ? »
Dans le programme de mardi, le pianiste n’aligne pas des grands chefs-d’œuvre. Il nous raconte une histoire !
L’ouverture avec Bach/Liszt donne immédiatement le ton. La grande transcription de Liszt de Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen transforme la cantate de Bach en une immense méditation pianistique. Dès les premières mesures, tout est là : la gravité, la douleur, la profondeur et déjà cette manière qu’a Kantorow de faire respirer la musique avec une évidence folle.
Avec Medtner, changement de paysage. Autour de nous, dans les allées on entend que ce compositeur n’est pas vraiment connu du grand public. Pourtant, sa Sonate en fa mineur est une œuvre fascinante, entre Brahms et Rachmaninov, mais avec une personnalité très singulière. Une véritable pépite qui, à elle seule, justifierait le déplacement pour voir notre pianiste « à l’œuvre ! »
Après l’entracte, Chopin apporte une respiration bienvenue. Le Prélude opus 45, bref et intime, suspend le temps, comme une bulle d’oxygène au milieu de cette grande fresque romantique.
Puis vient Charles-Valentin Alkan avec La Chanson de la folle au bord de la mer. Une œuvre étrange, hallucinée, presque macabre, dont le titre évoque une femme devenue folle au bord de la mer. Le contraste avec Chopin est saisissant, et sous les doigts de Kantorow cette musique prend une force dramatique impressionnante.
Avec Scriabine et Vers la flamme, la tension monte encore d’un cran. La musique devient peu à peu incandescente, hypnotique, on est happé vers un embrasement final. Kantorow nous entraîne avec lui dans cette montée irrésistible jusqu’au vertige.
Enfin arrive Beethoven, très attendu. La Sonate n° 32, l’ultime, ne compte que deux mouvements, mais elle contient tellement de choses en elle : on passe de la tempête à une paix presque irréelle. C’est une conclusion d’une force exceptionnelle, une musique hors du temps.

La Roque d’Anthéron 04/08/2026
©photos Franck Denis
On comprend la logique du programme. Il ne s’agissait pas d’un simple assemblage de belles œuvres, mais d’un véritable parcours où l’émotion est en pole position : On part des ténèbres de Bach et Liszt, on explore les profondeurs avec Medtner, on retrouve la lumière avec Chopin, on traverse les drôles de visions d’Alkan et l’embrasement de Scriabine avant d’atteindre, avec Beethoven, une forme d’apaisement !
Exactement le genre de programme qui convient à Alexandre Kantorow, capable de maintenir une tension extraordinaire pendant plus de deux heures sans jamais laisser faiblir l’attention, sans jamais que ça s’essouffle. Nous, en revanche, au moment des applaudissements à tout rompre, on est bizarrement comme essoufflés, mais heureux. L’émotion sans doute. Lui nous salue, nous regarde, nous sourit de ce sourire que l’on connait désormais, discret, fait de simplicité, de gentillesse et d’une humilité qui nous émeut.
En bis, Alexandre Kantorow offre La Mort d’Isolde de Wagner dans la célèbre transcription de Liszt. Cette musique, d’une émotion bouleversante, monte lentement vers son apogée avant de s’éteindre dans une lumière presque irréelle. Une interprétation puissante et profondément sensible. Une magnifique façon de refermer une soirée d’exception.
Prochains concerts
Alexander Malofeev
piano
Schubert – Grieg – Sibelius – Scriabine – Lourié
La Roque d’Anthéron – Parc de Florans
Jeudi 06 Août à 21h00
Concert Découverte
Jan Nikovic
piano
Rameau – Schumann – Granados – Scriabine
La Roque d’Anthéron – Auditorium Centre Marcel Pagnol
Vendredi 07 Août à 16h00
Récital de 18h
Vincent Ong
piano
Lauréat du Concours international de piano Chopin 2025
La Roque d’Anthéron – Parc de Florans
Vendredi 07 Août à 18h00
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