De la curiosité et de la passion avant toute chose, ainsi pourrait-on dire de chacun d’entre nous, de cet élan d’existence qui nous conduit à nous émerveiller, à découvrir et à apprendre. Nul donc ne doit être rebuté par ce qu’il ne connait pas, par l’ignorance, toujours mauvaise conseillère et qui taraude les plus faibles et les plus démunis. Derrière le mur à l’ombre il y a le soleil. Nous sommes de la famille terrestre des hommes et notre aspiration vers la verticalité, vers ce voyage hors de nous demeure notre passeport vers l’éternité tandis que le quadrige de Phaéton continue malgré les obstacles d’avancer au risque de la chute. Écoutons Saint-Saëns (audio).
Les lecteurs autant que les chroniqueurs de WUKALI me sont une source d’inspiration et de respect constante. L’érudition, le mot aujourd’hui semble passé de mode et d’usage et l’humanisme qui l’accompagne n’est le plus souvent qu’interprété que comme comme une séquence du temps, celui de la Renaissance, erreur ! Nous connaissons tous cependant cette soif du savoir, ces interactions ( le mot est laid) qui font fi des classements arbitraires, pour relever le niveau de la pensée dans cette quête insensée et universelle de notre humanité. Bernard Taillardat nous invite dans sa chronique à découvrir Lucrèce, laissons-nous donc porter avec joie et toujours avec confiance et sérénité.
Pierre-Alain Lévy
Je vous envoie, comme promis, les têtes de chapitre de De Natura Rerum, de Lucrèce, poème de 1700 vers, traitant des hommes et du monde. Mais avant je voudrais vous raconter comment ce document nous est parvenu, une passionnante histoire, presque miraculeuse.
Tout d’abord le personnage, Lucrèce qui n’a rien à voir avec les Borgia, est un Romain qui naquit en 94 avant JC à Pompéi et mourut en 54 ce qui en fait un contemporain de César.(100-44).

La redécouverte du manuscrit De Natura Rerumc «De la nature des choses » est toute une aventure que je vais vous exposer rapidement.(Stephen Greenblat Pulitzer 2012 avec The Swerve)
Au XVème siècle, au début de la Renaissance, redécouverte de l’Antiquité surtout romaine après son extinction au Vème siècle . Sur cette époque on avait de nombreuses références architecturales, mais les manuscrits étaient très rares, ils étaient activement recherchés dans la bibliothèques des monastères, lieux protégés s’il en est.
De nombreux auteurs furent ainsi retrouvés. Dans le premier quart du XVème, Poggio Bracciolini qui était un scribe de qualité, avait acquis une grande maitrise de l’écriture Caroline, et était donc employé du fait de son talent à la Curie romaine. Après plusieurs promotions, il devint un secrétaire de Baldassarre Cossa soit le Pape Jean XXIII, le Pape antipape. Après de nombreux conflits ce Pape fut destitué et Poggio se retrouva «au chômage »
Il décida donc de se mettre à la recherche de documents anciens, sa réputation, comme ancien Nonce du Pape lui ouvrit l’accès des monastères et à leurs bibliothèques. Au bout de quelques temps dans la bibliothèque d’un monastère allemand, il découvrit le De Natura Rerum de Lucrèce, et grâce à ses qualités de scribe, il entreprit de le recopier, cela prit plusieurs mois. La copie fut adressée à un proche. L’œuvre de Lucrèce retrouvée est sauvée !
C’est ainsi qu’elle nous parvint, je vous communique seulement les têtes de chapitre qui sont étonnantes.
Et c’est proprement extraordinaire de lire ce qu’écrivit Lucrèce, sur les hommes et sur le monde, uniquement avec la force de sa pensée. Bien des chapitres ne seront confirmés que 2000 ans plus tard.
Giordano Bruno en reprit certains et il fut brûlé en place de grève à Rome en 1600. Galilée (e por si muove) fut également poursuivi par l’Inquisition et ne dut son salut qu’à la protection du Pape d’alors, il fut seulement assigné à résidence.
Mais Lucrèce est vraiment un visionnaire. On peut ne pas partager tout ce qu’il dit, mais c’est quand même prodigieux de lire ce qu’il a écrit, sur la matière, en particulier et de constater que tout a été confirmé au XXème siècle. Aujourd’hui en pianotant sur internet on peut voir que tous les philosophes se sont intéressés et exprimés sur Lucrèce, et tout cela grâce à Poggio, licencié par un Pape maudit !
De Natura rerum, De la nature des choses
Les Chapitres
- Tout est constitué de particules invisibles
- Les particules élémentaires de matières, les constituants de toutes choses sont éternels
- Les particules élémentaires dont infinies en nombre , mais sont limitées en forme et en taille
- Toutes les particules sot en mouvement dans un vide infini
- L’univers n’a pas de créateur ou concepteur
- Tout ce qui vient à exister est le résultat d’un mouvement
Le mouvement est la source du libre arbitre
- La nature ne cesse d’innover
- L’univers n’a pas été créé pour nous autres humains
- Les humains ne sont pas uniques
- La société humaine n’a pas commencé dans un âge d’or et d’abondance mais dans une lutte pour survivre
- L’âme meurt
- Il n’y a pas de vie éternelle
- La mort ne nous est rien
- Toutes les organisations des religions et des superstitions sont des illusions
- Les religions sont toujours cruelles
- Le plus grand objectif de la vie humaine est le développement du plaisir et la réduction de la douleur
- Le plus grand obstacle au plaisir n’est pas la peine mais l’illusion
- Comprendre la nature des choses génère une profonde satisfaction
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Illustration de l’entête: La chute de Phaeton. Pierre-Paul Rubens (1577-1640). Huile sur bois. 28,1/ 27,5cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : F. Maes (MRBAB)


