Samedi 1 août à 21 H dans le parc de Florans, le piano poétique de l’inclassable Lucas Debargue rencontre le violoncelle virtuose de Victor Julien-Laferrière, dans un programme tout en lyrisme.
On sait qu’ils se connaissent et se croisent depuis longtemps. Ils sont nés la même année (1990), mais leur collaboration, elle, est plutôt récente. Le violoncelliste et chef d’orchestre Victor Julien-Laferrière fait partie de la nouvelle direction artistique du Festival International de Piano de La Roque-d ‘Anthéron, aux côtés de Claire Désert et Nelson Goerner ; une nouvelle équipe pour succéder à René Martin.
Le parcours de Lucas Debargue est inhabituel : il a commencé sa formation de pianiste assez tardivement (à vingt ans), avant de briller, quatre ans plus tard, au Concours Tchaïkovski. Celui de Victor Julien-Laferrière est plus classique, mais pas moins marquant, tant au violoncelle qu’à la direction. Le 28 février, il était programmé avec son orchestre Consuelo au festival, dans un programme romantique : Brahms, Sibelius, Grieg… à ses côtés, Arielle Beck et Liya Petrova.

©Photos Franck Denis
Ce samedi 1er août, les deux artistes se sont concentrés sur la musique française au tournant du XIXe et du XXe siècle, avec :
Fauré : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur, opus 109
Franck : Sonate pour violon et piano en la majeur (transcription pour violoncelle et piano)
Nadia Boulanger : Trois pièces pour violoncelle et piano
Edvard Grieg : Sonate pour violoncelle et piano en la mineur, opus 36
Les grands écrans annoncent « Fauré, Sonate n°2 pour violoncelle et piano, op. 109 (1921) ». On suit les mouvements qui s’affichent, ce qui évitera à certains d’éclairer la lampe torche de leur téléphone pour déchiffrer le programme papier, une belle idée !
N’empêche qu’il y a toujours des personnes pour filmer et photographier alors que c’est strictement interdit. Pour en revenir à Fauré, cette œuvre est plutôt austère et dense, et de prime abord un peu difficile à appréhender, nous dit-on dans les « couloirs ». Il faut dire qu’elle peut être très énigmatique par moments, un peu « sèche », et même dans son final, assez loin du Fauré que l’on connaît davantage. Mais on est ravi de découvrir cette nouvelle facette du compositeur. Le jeu des musiciens, tout en retenue, n’a rien de spectaculaire, mais il fallait bien cette exigence-là pour trouver l’équilibre entre piano et violoncelle, et faire chanter Fauré.
Franck : Sonate pour violon (transcrite pour violoncelle)
On connaît plutôt bien cette pièce populaire inscrite au programme. On le voit bien : techniquement, elle est redoutable pour le piano, et pour la transcription au violoncelle, on s’étonne de retrouver le lyrisme et les aigus pensés pour le violon. Le résultat est différent, bien sûr, mais tout aussi superbe !

Arrive l’entracte, et le plaisir de partager, de commenter cette belle première partie qui laisse présager le meilleur pour la suite.
Nadia Boulanger – Trois pièces, ont fait sensation ! Ce sont des miniatures, des pièces courtes et concentrées. Et même si elles ne sont pas « virtuoses » et ne « démontrent » pas à tout prix, elles sont d’une grande finesse. On aime le climat qui s’installe, l’art de la suggestion. On entendrait presque du Debussy…
Grieg – Sonate pour violoncelle et piano, op. 36
C’est la partie la plus « romantique » du programme. Les thèmes chaleureux, d’inspiration norvégienne, nous séduisent. On se souvient que Grieg était lui-même un pianiste virtuose : le jeu de Lucas Debargue a fait honneur à cette partie au piano, très architecturée, très généreuse. Le son ample du violoncelle rayonne lui aussi plus que jamais dans cette dernière partie.
Assurément, ce n’est pas seulement un beau programme, c’est aussi la rencontre de deux musiciens à la forte personnalité musicale. Lucas Debargue n’accompagne pas pour « accompagner » : c’est un véritable partenaire. Et la réciproque est vraie ; Victor Julien-Laferrière ne se contente pas de porter la ligne mélodique, il construit, lui aussi, un équilibre à deux. Le résultat est une interprétation vivante, avec deux parties d’une égale importance : le piano presque orchestral, le violoncelle qui porte le chant. Les miniatures de Nadia Boulanger ont demandé une écoute extrême entre les deux musiciens. Mais c’est Grieg, sans doute, qui a offert le moment le plus expansif de la soirée. En tout cas, on est dans l’esthétique du dialogue, et on a hâte de les retrouver.
Superbe bis qui confirment cette complicité :
Bis 1 : Rachmaninov, Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, opus 19 – III. Andante, dans une même veine romantique que le Grieg.
Bis 2 : Saint-Saëns, Le Cygne, extrait du Carnaval des animaux, referme la soirée sur une note d’apaisement et de grâce simple. Un choix accessible à tous après un programme des plus exigeants.
A venir : des moments rares :
Rencontre sous les séquoias
Rena Shereshevskaya
piano
Alexandre Kantorow
piano
Conversation à bâton rompu
La Roque d’Anthéron – Sous les séquoias
Lundi 03 Août à 18h00
Récital
Nelson Goerner
piano
Iberia d’Albéniz
La Roque d’Anthéron – Parc de Florans
Lundi 03 Août à 21h00
Récital de 18h
Ryan Wang
piano
Mozart – Schubert – Moussorgski
La Roque d’Anthéron – Parc de Florans
Mardi 04 Août à 18h00
Récital
Alexandre Kantorow
piano
Bach – Liszt – Medtner – Chopin – Beethoven
La Roque d’Anthéron – Parc de Florans
Mardi 04 Août à 21h00
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