Autre opéra monté au Metropolitan Opera à New-York, bien différente est la conception de Sonja Frisell pour l’Aida reprise cette saison au MET. Datant de 1988, elle reste très classique, pour ne pas dire conformiste dans le genre monumental et grandiloquent. Le spectateur, au cinéma, ignorera toujours ce qu’aura vu le mélomane new-yorkais tant, notamment pendant la scène du triomphe, les mouvements incessants des caméras et les vues plongeantes depuis les cintres empêchent une vue globale du plateau et soulignent, paradoxalement, le manque d’originalité d’un défilé interminable où on croit voir les mêmes figurants et les mêmes chevaux revenir plusieurs fois. D’une façon générale, la direction d’acteurs semble inexistante.

En revanche, l’intérêt musical est bien réel en dépit de la direction routinière et, pour tout dire, ennuyeuse de Fabio Luisi. On attendait Roberto Alagna et ce fut Liudmyla Monastyrska qui triompha. En effet, la soprano ukrainienne, au nom imprononçable, possède une vraie voix verdienne, celle d’une soprano lirico spinto, à l’aigu brillant et ferme, au riche medium, au timbre chaud, avec une puissance sonore lui permettant de se détacher des grands ensembles. Le chant est mené avec intelligence et nuances. Les sons filés pouvaient rappeler l’inoubliable Leontine Price. On peut passer sur la prestation assez moyenne de la comédienne.

Roberto Alagna n’a plus la brillance du timbre qui fait les grands Radamès et certaines raucités du timbre rendent quelques passages déplaisants à l’oreille. Mais il faut reconnaître qu’il réussit le redoutable air d’entrée, Celeste Aida, dont il respecte le pianissimo du si bémol final. Il sait nuancer son chant même si le duo final est attaqué un peu trop en force. Mais la présence scénique est intacte dans un rôle finalement assez statique.

Olga Borodina chante Amnéris depuis quatorze ans au MET. Le timbre est toujours somptueux, l’aplomb impressionnant, mais l’aigu est moins triomphant et parfois peu assuré. Surtout le jeu, tant vocal que scénique, reste assez monocorde, sans le côté félin de la manipulatrice qu’elle devrait être avant tout.

C’est le reproche que l’on pourrait faire à George Gagnidze qui incarne un Amonasro plutôt fruste, à la voix solide mais sans nuances. On ne s’attardera pas davantage sur Ramfis (Štefan Kocán) et le Pharaon (Miklós Sebestyén), plutôt décevants pour ne pas dire insuffisants.

Au total une Aida -l’opéra-, qui, sans être exceptionnelle, se laisse voir et écouter plutôt agréablement et une Aida -la soprano-, à suivre avec intérêt.

Danielle Pister


WUKALI est particulièrement reconnaissant au Cercle lyrique de Metz pour lequel cette critique a été écrite et à son auteur Danielle Pister pour lui en avoir permis la reproduction.


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