Pure beauty


On ne présente pas [**Édouard Manet*] [**(1832-1883)*], génie pictural universellement connu dont les travaux figurent dans les plus importants musées du monde. Les quelques œuvres, encore en mains privées, que l’on vend parfois en salles des ventes, s’arrachent à prix d’or.

C’est un personnage incontournable de l’histoire universelle de la peinture. Issu de la grande bourgeoisie parisienne, il en montre les qualités comme les défauts. Ce qui transparaîtra dans ses créations, à l’instar de celle-ci : [**« Un bar aux folies-bergères »*], célèbre café-concert de l’époque.

Ce tableau de [**1881/82*] est une huile sur toile de dimensions : 96 cm de hauteur sur 130 cm de longueur. Il est conservé au[** Courtauld Institute de Londres*].

C’est l’œuvre majeure de la fin de sa vie. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la peinture a été entièrement créée en atelier, mais Manet, dans son esprit, a imaginé de nombreux croquis. Elle résume ses capacités comme sa philosophie, son génie de peintre comme sa vision du monde.

Tout et son contraire ayant été écrit sur ce tableau, nous allons essayer de mettre de l’ordre en détaillant ce que nous voyons.

Au premier plan un comptoir de bar en marbre portant des bouteilles de champagne, de bières, une fiole d’un alcool à la couleur verte ( de l’absinthe?), une coupe creuse en verre offrant des fruits( des mandarines semble-t-il) et deux fleurs( rose et ocre blanc) dans un verre dans lequel se réfracte une lumière d’une essence idéale. Mais, de façon générale ici, les réfractions lumineuses sont si parfaites qu’elles provoquent l’individualisation de chaque morceau de verre, bouteille ou autre. C’est si vrai que notre œil doit faire halte sur chacune avant de les regrouper pour en saisir l’unité organique.

Au deuxième plan la serveuse au visage amorphe, lisse, inexpressif, au regard étrangement absent, dans une pose arrêtée quelque peu pyramidale, hiératique avec ses bras aux mains lourdes s’arc-boutant sur ce « zinc » particulier. Son poignet droit porte un bracelet proche de celui de son « Olympia  », de vingt ans antérieure. Sa poitrine, confortable, attire l’œil du spectateur devenu alors voyeur. Son nom est parvenu jusqu’à nous : [**Suzon.*] Elle paraît quasiment immobile. Écoute-t-elle l’homme en gibus dont le reflet se voit dans la glace et qui paraît lui parler ? Elle semble tellement s’ennuyer que c’est peu probable. D’évidentes distorsions oculaires existent entre l’effet créé par la glace et les jeux complexes de ses reflets. Furent-ils le résultat d’une volonté délibérée de l’artiste ? Nous l’ignorons.

Derrière Suzon, l’immense miroir où apparaissent les personnages peuplant la salle ( à vue plus d’une centaine), les colonnes la rythmant, les réfractions des lampes et du grand lustre qui paraissent illuminés par l’électricité moderne, une nouveauté picturale à l’époque . On aperçoit, en haut à droite, les jambes d’un acrobate sur son trapèze. L’atmosphère chaude et empestant le tabac est, visuellement, très sensible car rendu par des tons adoucis en technique impressionniste. Nous sommes dans une sorte de « demi-monde » assez caractéristique la «  Belle Époque » débutante, Lequel mourra dans les tranchées de la Grande Guerre.

La présence puissante de cette humanité grouillante est ressentie, presque épidermique, par le spectateur. Dans la glace, accoudée au comptoir, se voit une femme en blanc. On considère, de manière plutôt convaincante ( ses chapeaux, ses gants et sa tenue facilement reconnaissables), qu’il s’agit de [**Méry Laurent*], demi-mondaine connue, maîtresse et modèle de Manet.

Les tons bleus francs de la robe de Suzon frappent le regard, introduisant et accentuant le centrage du sujet. Violets, bleus et roses capiteux annexes dégagent une sensualité voluptueuse indéniable.

La profondeur du champ visuel, lisible dans la glace, est très accentuée, rallongeant la perspective. Mais est-ce une réalité objective ? N’est-ce pas plutôt l’idée que s’en fait l’artiste ? Difficile d’en juger.

Au fur et à mesure de la lecture du tableau, l’évidence s’impose : Manet a réussi à unifier cette peinture aux aspects divers et variés. Ses coups de pinceau, sertis de couleurs particulièrement recherchées dans le but d’en obtenir une efficacité suprême, sont uniques dans son époque. On peut parler de synthèse des idées rendue par des variations chromatiques calculées. C’est la marque du génie pictural en cette période charnière que fut la troisième République (1871-1940).

On ne se lasse jamais de regarder cette peinture : à chaque fois, on en découvre de nouvelles beautés. C’est cela aussi le miracle de l’art.

[**Jacques Tcharny*]


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WUKALI Article mis en ligne le 05/01/2019)]

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