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Effie #QuiNousProtége ? Une héroïne flic, vraiment un très bon polar sur le thème de la violence faite aux femmes

par Émile Cougut

Ce jour là, Effie Dosso se lève. C’est son anniversaire. Elle a 35 ans. L’âge de sa mère quand son père l’a tuée. Encore un fait divers de violence conjugale, un féminicide comme l’on dit de nos jours. Le père, il est en prison, pour la jeune femme, il n’existe plus. Sa seule famille, c’est sa grand-mère Marguerite, atteinte d’un Alzheimer de niveau 5. Elle essaie de la voir toutes les semaines, du moins quand son travail le lui permet. Il faut dire que ses horaires sont plus qu’aléatoires quand on est capitaine de police, chef d’un groupe criminel à la police judiciaire de la Préfecture de police, groupe qui s’est spécialisé dans les crimes à caractère sexuel. Effie est seule. Tout au plus a-t-elle des histoires d’un soir. Relations uniquement sexuelles qui ne durent qu’une nuit. Sa vie c’est Marguerite et son travail où elle fait preuve d’une rare intuition.

Ce matin là (on n’a pas des racines italiennes pour rien), en manœuvrant sa cafetière à piston, Effie  s’ébouillante. Après un passage aux urgences de l’hôpital voisin (urgences pédiatriques, normal pour un hôpital pour enfants, mais comme il n’y a personne, un jeune médecin au rire enchanteur s’occupe d’elle), la tête enveloppée d’un pansement, elle se rend au travail. La routine : un violeur d’une touriste chinoise.

Et puis il y a les frères jumeaux qui ont fait trois victimes : trois hommes qui avaient dans le passé tabassé une prostituée, et qu’ils ont castrés. Un des deux, Anton, a réussi à s’enfuir lors de son transfert. Où est-il ? Il faut rapidement l’arrêter car on sait qu’il veut, quoiqu’il se passe, finir sa liste. Par qui est-il aidé ? Pourquoi ?

Anton connaît l’histoire d’Effie qui au fond d’elle même comprend sa démarche : les victimes de ces hommes sont des femmes et en plus des prostituées, personne ne s’est vraiment jamais impliqué pour trouvé leur bourreau, d’ailleurs souvent elles n’ont même pas porté plainte. Elle, la policière modèle, professionnelle, ne peut s’empêcher d’avoir une sorte d’empathie pour Anton. De plus s’est développé dans les réseaux sociaux un « achtag » : #QuiNousProtége ? qui est tout à la gloire d’Anton qui lui agit alors que la police et l’État se montrent impuissants pour punir les auteurs de violences faites aux femmes. Bien sûr, se développe un groupe qui dit l’inverse, ce qui, et c’est loin d’être original, divise profondément la société.

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Après une quatrième victime, qui elle décède, sur une intuition fulgurante d’Effie, il est neutralisé alors qu’il allait châtrer le cinquième de la liste.

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Voilà un très bon roman policier et l’autrice Livia Nattygan mérite nos éloges. Tout d’abord le thème. Le moins que l’on puisse dire c’est que le sujet est plus que d’actualité : les violences faites aux femmes et leur non prise en compte durant des décennies. Le problème de la parole des femmes, surtout quand il s’agit de prostituées. Le risque, et l’actualité est précisément là pour le montrer, c’est que les victimes ou leurs parents, se fassent « justice » eux même car ils n’ont aucune confiance en la justice, bien trop longue pour eux. Alors passer du cercle proche des victimes à une sorte de vengeur auto-proclamé, il n’y a qu’un pas.

Au niveau de l’institution policière, l’autrice est très bien documentée, elle a su décrire la vie quotidienne d’un groupe criminel avec ses solidarités, ses énervements face à une procédure de plus en plus prenante qui oblige les enquêteurs à rester au bureau pour remplir de la paperasse alors que son cœur de métier, ce qui leur plaisait le plus avant de rentrer dans cette institution, c’est le terrain.  Effie travaille à la Criminelle, elle, elle n’est pas noyée par le judiciaire de masse. Une affaire à la fois, alors que ses collègues doivent traiter en même temps entre 50 et 100 dossiers. Bon les connaisseurs, trouveront bizarre que le chef de la criminelle soit un inspecteur divisionnaire qui a un accès constant au Préfet de police. C’est plutôt un commissaire et plus sûrement divisionnaire. Mais ce n’est qu’une affaire de titre qui ne nuit en rien à l’histoire.

Il y a aussi, bien sûr, toute une réflexion autour des réseaux sociaux qui finissent par cliver la société. Même ceux qui ne connaissent rien, ont un avis bien tranché ! En plus quant il s’agit de faits divers, surtout quand ils sont sordides ou « originaux », les plus mauvais aspects de l’âme humaine arrivent à s’exprimer. D’où des cataractes de haine gratuite.

Et puis surtout il y a le personnage d’Effie, une jeune femme complexe, ravagée par son passé, se réfugiant dans son métier, souffrant, de fait, de son rapport avec les hommes : pas de liens à long terme, même si elle le souhaite au plus profond d’elle même. Et puis, ce rapport qu’Anton finit par tisser avec elle qui l’oblige à sortir du « carcan » de la procédure, des limites que son métier l’a obligé de mettre en elle pour ne pas « tomber » dans la noirceur de son passé.

Un très bon policier qui change vraiment de la production actuelle sortie tout droit des ateliers d’écriture et qui nous offre une variation autour d’un même thème, écrit de la même façon. On est très très loin de ce genre de « production ».

Livia Nattygan avec Effie #QuiNousProtége? publié par les éditions Anne Carrière nous emporte dans le maelstrom de son récit bouleversant et palpitant.

Livia Nattygan
Effie #QuiNousProtége?
éditions Anne Carrière. 20€

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