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Le Retour de Janvier. Plus qu’un roman, une prophétie

par Émile Cougut

Le retour de Janvier, roman de Charlotte Dordor, pourrait avoir un sous-titre que je verrais bien ainsi : Les conséquences économiques, sociales, politiques et écologiques du dérèglement climatique. Car ce livre est avant tout à ranger dans la catégorie des romans de fiction divinatoire. Pas de science-fiction, mais de fiction probable de ce qui pourrait arriver à l’humanité en général, et en France en particulier, dans cette nouvelle période dite anthropocène.

Voyons donc de quoi il retourne. Janvier, fils d’agriculteur de Lozère, est en lutte avec son frère aîné, il a signé pour être conscrit ( une sorte de service civique plus ou moins militarisé). Il est instituteur à La Rochelle. Dans le pays, face  au dérèglement climatique et à ses conséquences, les écologistes ont été élus au gouvernement.

Un groupe « d’ultras » qui trouve ce gouvernement bien mou, multiplie les attentats aveugles faisant ainsi de nombreuses victimes. La pression migratoire est devenue très importante, des bandes d’étrangers écument le pays pour survivre et commettent bien des exactions. Des milices privées prolifèrent. Si cela n’était pas déjà assez, un scandale de corruption fait surface, et lors des élections qui suivent c’est le parti de la France éternelle qui arrive au pouvoir, parti d’extrême, extrême droite, s’appuyant sur l’armée.

La Rochelle est noyée sous les flots, du moins à marée haute, et n’y restent que ceux qui n’ont pas d’autres endroits pour vivre. C’est alors qu’une mystérieuse épidémie se développe, une sorte de variante d’Ebola. La ville est évacuée et ses résidents sont mis en quarantaine. Cependant Janvier arrive à s’échapper et part retrouver sa ferme natale, d’abord à pied puis avec un vélo qu’il a volé. Il doit se méfier de tout et surtout des barrages de police et de militaires.

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Il finit par être recueilli par la mystérieuse Adèle, dans le Cantal. Cette jeune femme vient juste d’arriver pour prendre possession de la ferme de sa grand-mère. Elle vit seule, elle est dépensière et ne connaît rien à l’agriculture, qui plus est elle est enceinte. Petit à petit, Janvier finit par comprendre qu’elle est l’ancienne compagne d’un chef des poseurs de bombe qu’elle a quitté car elle réprouve les actions violentes de celui dont elle porte l’enfant.

Grâce aux connaissances en agriculture de Janvier, la ferme reprend vie peu à peu. Toutefois, de violentes tempêtes secouent le pays rendant la vie de plus en plus difficile. Il s’en suit des coupures d’électricité, le rationnement non seulement du carburant mais aussi de la nourriture. En effet, le dérèglement climatique, mais aussi l’interdiction de l’agriculture dite « productiviste », ont fait baisser les rendements. C’est alors qu’arrivent à la ferme un groupe d’Albanais que le couple recueille malgré les difficultés des temps. Au bout de quelques longues semaines Adèle finit par partir rejoindre les opposants qui ont cessé les violences, quant à Janvier il retourne chez lui.

Janvier est un sceptique avec le bon sens paysan. Ainsi, il est contre l’agriculture intensive et ses entrants. Son caractère est ombrageux et plus le temps passe, plus il essaie de vivre une sorte d’utopie rurale et paysanne qu’il n’a pu mettre en place chez lui à cause de son frère. Il arrive parfaitement à donner le change non seulement face aux forces de l’ordre qui le recherchent pour s’être exfiltré de la Rochelle mise en quarantaine, mais aussi des partisans de la dictature qui s’instaure sous couvert de chasse aux immigrés et de retour à une vraie indépendance alimentaire.

C’est le mythe du « avant-c’était-mieux » avec la recherche de boucs émissaires. Rien de bien nouveau somme toute, mais qui fonctionne parfaitement. Le mythe, car rien en effet ne sera plus comme avant, d’autant plus qu’il faut s’adapter aux nouvelles conditions de vie liées aux changements environnementaux.

Une fiction qui est proche de ce que certains scientifiques prévoient : montée des eaux, virus mortels mutants, crise alimentaire, crise migratoire, tempêtes de plus en plus nombreuses et violentes. Et une population qui refuse de voir la réalité en face.

Le retour de Janvier est un livre  quelque peu angoissant certes si on est déjà inquiet du futur, mais nul doute salutaire pour tous ceux qui se posent des questions et qui souhaitent que le système démocratique soit assez fort pour faire face aux coups de boutoir des populismes et des idéologues de tous bords.

Le retour de Janvier
Charlotte Dordor

éditions Julliard. 22€


Illustration de l’entête: Tempête 2021. Sujit Jaiswal/ AFP

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