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Alexander Malofeev ou l’école russe du piano dans la splendeur de sa jeunesse

par Pétra Wauters

Alexander Malofeev s’est fait connaître sur la scène internationale en remportant en 2014 (à seulement 13 ans) le prestigieux Concours international Tchaïkovski pour jeunes musiciens. On s’intéresse à ce jeune homme depuis quelques années, mais nous n’avions pas encore eu l’occasion de l’écouter « pour de vrai », aussi la date est retenue, le jeudi 6 août, pour que, enfin, nous puissions nous approcher du phénomène ; « le dernier phénomène de l’école de piano russe » comme le souligneront certains journalistes. Et nous sommes convaincus, c’est de toute évidence l’un des pianistes les plus remarquables de sa génération et l’un des plus captivants.

Sa beauté « solaire », presque diaphane, ses yeux bleus au regard étrangement perçant, ses cheveux blond blanc : on le dirait échappé d’un conte. Son allure et sa présence y sont pour beaucoup. Il est né en 2001, et à 24 ans, il en impose déjà.

On était un peu sur la réserve dans la première partie. Un peu seulement devant Schubert et Grieg, pourtant parfaitement exécutés. Il y a de la vie dans cette première partie, et pourtant, c’est dans la seconde partie, après l’entracte, que nous avons été bouleversés, chamboulés.

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Ce programme, il le joue depuis plusieurs mois. Technique colossale, des nuances en veux-tu en voilà, une sonorité parfaite ! Il y a des partis pris très audacieux, peut-être que l’on peut être un peu dérouté, l’effet virtuose est parfois plus visible et prend le dessus sur l’expression. Mais il nous électrise, comme son regard… perçant et pourtant si clair.

Schubert, D. 946 : peut-être qu’on était un peu réservé sur cette première œuvre qui demande plus de sobriété, pas d’effet appuyé. Avec Schubert, on s’abandonne davantage, à l’opposé du répertoire russe qui arrive en seconde partie. Et là, dans le flamboyant, Malofeev est vraiment « chez lui », tout à son aise.

Grieg, Suite Holberg : demande aussi plus de contrôle que de puissance. Mais le jeu est clair, le pianiste n’écrase jamais le clavier, il va vers lui, courbé sur les notes, tout voûté, comme s’il avait besoin de sentir, de toucher de son visage les touches… enfin, c’est l’effet que l’on a à le voir ainsi recroquevillé, pour une articulation précise, et peut-être pour mieux se libérer ensuite.

Le bonheur total, Sibelius, Les Arbres op. 75 : des miniatures à la touche quasi impressionniste, avec de superbes touches de couleurs sonores, cette façon de suggérer aussi, comme le faisaient les peintres… C’était vraiment beau de voir comment le jeune pianiste maîtrise la partition, et nous offre les plus belles nuances pour décrire une nature sensible.

Scriabine, Valse op. 38 : il est juste parfait dans ce registre. Le lyrisme exalté, le climat mélancolique, fiévreux de cette valse lui permettent de libérer une sonorité encore plus riche.

Étonnant Arthur-Vincent Lourié, Cinq Préludes fragiles op. 1 : une œuvre étrange et rare, et surtout, on se rend bien vite compte qu’elle est très complexe, exigeante en diable et, comme le titre l’indique, « fragile » ! Alexander Malofeev n’a pas eu de grande difficulté à mettre en valeur ces préludes, peu joués, et surtout peu connus du public.

Rachmaninov, Sonate n° 2 : notre attention n’a jamais baissé, et pas question de nous relâcher, nous auditeurs chanceux, avec le sommet de la soirée (pour nous, en tout cas), car ici, le pianiste nous touche, nous embarque par une telle maîtrise. Il faut dire qu’il y a tant à gérer et si la virtuosité est un atout, il en a à revendre, il réussit à moduler son jeu, nous touche dans les pages « intimistes », et aussi, et surtout dirions-nous, nous emporte dans la flamboyance des compositeurs russes.

Les bis, généreux et étonnants, comme un mini récital dans le récital : extraordinaire Purcell, Ground en do mineur, ZD221 ; Prokofiev, Toccata en ré mineur, opus 11 ; puis Griboïedov, Valse en mi mineur.

Le Purcell est une surprise à la fin du récital, car revenir à une œuvre baroque dépouillée, presque austère mais néanmoins superbe, voilà un choix qui tranche complètement avec tout ce qui précède.

Le Prokofiev nous offre encore autre chose. Le pianiste renoue avec la virtuosité, ajoutant un côté percussif et une énergie incroyable dans ce récital qui était davantage lyrique, tourné vers la couleur.

Le Griboïedov enfin, avec sa valse, nous invite à danser. On se rapproche un peu de la valse de Scriabine, mais dans un mode plus intime et plus rare, car on l’avoue, on ne connaissait pas. Et c’est superbe de proposer des répertoires peu joués, comme Lourié ou encore Griboïedov.

En fait, les bis offerts par Alexander Malofeev Александр Малофеев ne prolongent pas le programme, ils le complètent. Une bien jolie façon de nous révéler une autre facette du pianiste.

En tout cas, quelle générosité, il s’agit vraiment d’un « mini récital dans le récital ».

Et on voit Alexander Malofeev hésiter pour un bis 4, mais finalement, le pianiste nous quitte sous les applaudissements nourris et enflammés, et part à la rencontre de son public qui l’attend pour les dédicaces dans les allées du parc.

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