Qui ne connait pas l’œuvre de Vivaldi qui n’a pas écrit que les Quatre saisons ! En effet, violoniste brillant, musicien prolifique et vénitien de souche et de culture, il a marqué son temps pour tomber très vite dans l’oubli jusqu’à ce que son génie fut reconnu à sa juste valeur au début du XX siècle.

L’institution du rosaire (1737-1739)
Église Ste Marie du Rosaire. Venise
Des biographies du « diable roux », il y en a des linéaires d’étagères dans toute bonne bibliothèque. Toutes sont dubitatives sur la dernière année de sa vie, on sait qu’il n’était plus aussi adulé à Venise qui commençait à tomber sous les charmes du bel canto napolitain, qu’il avait des démêlés avec sa hiérarchie catholique. Ce qui est certain c’est qu’il meurt dans la misère à Vienne le 27 (d’autres disent le 28) juillet 1741 et qu’il eut droit à l’enterrement des indigents. Mais le but de son voyage n’était-il pas d’essayer de retrouver Anna Giro dont il avait fait la renommée, Dresde, la Saxe où l’Électeur venait de l’inviter lors de son voyage à Venise ? On sait que plus de 15 ans avant l’Empereur Charles VI lui avait plus ou moins promis la charge de Maître de Chapelle. Il arrive à Vienne, mais au moment où l’empereur décède et plonge l’empire dans un deuil d’un an où la musique ne peut être joué. Mais qu’elles furent donc ses réelles motivations pour partir dans ce voyage sans beaucoup d’espoir de retour ? C’est à cette question qu’essaie de répondre dans son dernier roman Alain Vircondelet.
Je passerai sur l’interpellation « au lecteur » où il explique qu’il a écrit ce roman plus ou moins sous la dictée ou tout du moins l’inspiration de quelques esprits. Alain Vircondelet nous décrit un Vivaldi en doute, en peine et qui ne comprend pas que son monde son univers est en train de changer.

Lui Vivaldi qui fut adulé par Venise passe maintenant pour être démodé, ne correspondant plus à la soif d’insouciance, de fêtes dans laquelle elle se complet désormais. Venise est changeante et ingrate. Vivaldi est de plus en plus seul, sa muse Anna Giro est partie. Par ailleurs son père vient de mourir, il est victime de rumeurs le dénigrant, toujours les mêmes, mais elles ne pouvaient le toucher quand il était au zénith de sa gloire alors que maintenant qu’il est à terre, elles représentent un vrai danger. Sa hiérarchie est la première à essayé de le museler. Il se sent, il se sait incompris. Bien sûr qu’il a écrit des musiques pour distraire, mais c’est oublier que toute son œuvre avait été écrite pour la glorification de Dieu. Derrière la beauté, lui voulait glorifier la Foi. En outre, il est poursuivi par ses créanciers et se trouve empêtrer dans des problèmes matériels. Alors, il part vers ce qu’il espère une reconnaissance digne de sa valeur, mais c’est la mort qui est au bout de son chemin.
Alain Vircondelet aime Venise qui devient sous sa plume belle et légère un véritable personnage tout à la fois versatile, cruel. Il aime aussi Vivaldi et sa musique dont il maîtrise toute les nuances, toutes les harmonies, des concertos aux opéras en passant bien sûr par toute la musique sacrée. Il met en exergue la dichotomie qui s’installe peu à peu entre les aspirations de la Ville et celles de Vivaldi. C’est parfois un peu répétitif, mais la répétition permet de mieux mettre en valeur les tourments du musicien. L’opposition entre le paraître, la fuite en avant et la recherche d’une spiritualité profonde. Fuite ? Recherche d’une vraie reconnaissance ? Plutôt un abandon total dans le dernier voyage que tout être humain finira par entreprendre.
Vivaldi, le voyage d’hiver
Alain Vircondelet
éditions du Rocher. 19€90
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Illustration de l’entête: caricature de Vivaldi par Pier Leone Ghezzi (1674-1755). Lieu de conservation: Bibliothèque apostolique vaticane


