Ce n’est pas à proprement parler une biographie, mais plus une notice biographique « élargie » que viennent de publier les éditions de l’Harmattan, et relative à Jean-Nicolas Corvisart, Premier médecin de l’empereur Napoléon I.
De fait, en ce qui concerne la vie quotidienne privée du célèbre médecin, il y a peu à dire et peu à reporter. Soit, c’est un ardennais, né en 1755, qui préfère la médecine aux études de droit auxquels le destinait son père. Il fait un mariage malheureux, perd son seul enfant et finit au crépuscule de sa vie par adopter son neveu. Il arrive à ne pas être inquiété durant la tourmente révolutionnaire, rencontre le général Bonaparte et tout de suite un fort lien de sympathie et de confiance va naître entre eux (lien loin d’être évident quand on sait la défiance que Napoléon avait contre la médecine).

Sous l’Empire, se sont les honneurs pour Corvisart, le Collège de France, la Légion d’honneur, le titre de baron et surtout sa nomination comme premier médecin de l’Empereur en 1802. Il veut le suivre dans ses exils, mais le monarque refuse. Sous la Restauration, il est marginalisé et il s’éteint en 1821, quelques semaines après l’Empereur, loin des fastes du pouvoir mais admiré dans toute l’Europe pour ses travaux.
Car au-delà de ses titres, de ses récompenses, de sa place dans la société et près de Napoléon, ce qu’il faut retenir de Corvisart c’est son apport fondamental à la médecine en général et à la médecine cardiaque en particulier. Cela commence par sa participation active à la réforme des études de médecine initiée par Fourcroy et par Chaptal avec, entre autres, l’introduction de l’internat (examen particulièrement difficile avec à peine 10 à 12% de candidats admis). Il a contribué à mettre en place l’enseignement hospitalo-universitaire tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Corvisart rend obligatoire ce qui nous parait évident de nos jours (mais pas à son époque) l’observation et l’examen du malade, c’est-à-dire son examen clinique avec anamnèse et étude des antécédents. Il dicte ses prescriptions, visite ses patients tous les jours, il organise son service comme les praticiens hospitaliers le font de nos jours.
Soigner, c’est merveilleux, mais comprendre ce qui se passe dans le corps humain, c’est pouvoir progresser dans l’art de guérir. Corvisart pratique régulièrement des autopsies dont celles sur des malades décédés dans son service pour mieux comprendre les mécanismes physiques qui ont conduit à la mort. De fait il met en place la médecine moderne.
Il est en France, le diffuseur des théories de l’autrichien Auenbrugger sur la percussion qui permet, à force de pratique , de comprendre ce qui se passe au niveau pulmonaire et cardiaque. Corvisart est avant tout un cardiologue et sous son impulsion la cardiologie va connaitre d’énormes progrès couronnés par l’invention du stéthoscope permettant l’auscultation par Laennec, un de ses élèves.
Corvisart est, en plus un transmetteur. Professeur brillant qui a eu la reconnaissance de toute une génération de médecins qui se réclamèrent de son enseignement, il a permis de faire progresser l’art de guérir vers ce qu’il est devenu de nos jours.
Les auteurs, Xavier Riaud et Michel A. Germain, ne manquent pas de faire de courtes mais ô combien intéressantes biographies de ses maîtres mais aussi de ses collègues et amis comme Larrey et de ses élèves (Laennec, mais aussi Bichat ou Esquirol), ce qui permet de mettre en perspective, non seulement l’homme Corvisart, mais surtout une époque, somme toute assez courte et qui a vu naître la médecine moderne.
Jean-Nicolas Corvisart
Premier médecin de Napoléon Ier
Xavier Riaud et Michel A. Germain
éditions de L’Harmattan. 19€
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