Vendredi 14 août à 21h00 : Programme
Johannes Brahms : Sonate pour piano n° 3 en fa mineur, opus 5
Franz Schubert : Sonate pour piano n°21 en si bémol majeur, D. 960
« On attendait une sonate de Prokofiev, mais le programme a finalement changé : ce sera pour une prochaine fois, nous l’espérons, et on n’est pas déçu d’avoir à la place la Sonate pour piano n°21 de Franz Schubert. »
Ce n’est pas un programme anodin pour le pianiste français Adam Laloum, qui deviendra quadragénaire l’année prochaine. Et Brahms, c’est un choix apprécié par le plus grand nombre semble-t-il, car c’est bien avec Brahms que le pianiste s’est fait remarquer, avec son premier disque, consacré à Brahms, paru chez Mirare en 2011, alors qu’il était encore tout jeune. Et nous, nous aimons particulièrement le pianiste dans la seconde partie, consacrée à Franz Schubert, car Adam Laloum est aussi l’un des schubertiens français les plus reconnus de sa génération.
On a un Brahms fougueux, tout jeune, d’un côté, et un Schubert mélancolique, plus intime, de l’autre, un « terrain de jeu » qui lui convient à merveille, à notre oreille, déjà. C’est que Laloum nous apparaît comme un pianiste discret, à la sensibilité plus intérieure que démonstrative. Sa sonorité, d’une douceur exquise, glisse joliment vers la mélancolie plutôt que vers l’éclat. C’est ce qui nous apparaît ce soir-là. C’est précieux pour Schubert, et peut-être un peu moins évident pour la Sonate op. 5 de Brahms.
Mais quel défi, cette Sonate n°3 op. 5 en cinq mouvements, avec son écriture quasi orchestrale, des amplitudes dynamiques énormes ! Comme il nous apparaît compliqué de faire tenir toute cette impressionnante construction, et quand on songe que Brahms n’a que 20 ans ! On lit dans le programme que son « ambition ne se dissimule pas, et que l’ombre de Beethoven n’est pas loin ! »
Nous avons préféré, de Brahms, l’admirable Intermezzo op. 116 n°4, offert en bis. Or c’est un Brahms tardif, de la toute fin de sa vie, un Brahms plus confidentiel, presque murmuré. Dans la Sonate op. 5, c’est au contraire le Brahms qui cherche à prouver ! Nous avons été, ce soir-là, sensibles à cette différence entre ces deux visages du même compositeur ; le Brahms flamboyant de l’opus 5 nous touche un peu moins que le Brahms confidentiel, celui de l’Intermezzo, que le tempérament de Laloum sert à merveille. Il n’y a aucun jugement sur la qualité du jeu car le public s’est laissé embarquer ! C’est Laloum ! Il est juste exceptionnel !
La Sonate pour piano n°21 de Franz Schubert nous paraît tellement difficile sur le plan de l’interprétation. On a l’impression que le pianiste suspend le temps, joue avec les silences… et les silences sont beaux aussi, et touchants.

©photo Franck Denis
Les bis, « comme dans un rêve »
L’Andantino du Moment musical D. 780 n°2, en la bémol majeur, nous plonge dans cette mélancolie schubertienne. Tout y est simple, en apparence seulement : la mélodie glisse tout en nuance. Elle contraste avec un passage plus tourmenté, de toute beauté.
Toujours Schubert, avec l’Impromptu D. 899 n°4, en la bémol majeur, magique lui aussi. On admire les doigts de Laloum, que ses mains sont belles ! Elles servent, tour à tour, une mélodie scintillante, puis discrète, puis de nouveau lumineuse, brillante. C’est le temps qui glisse avec naturel, comme dans un rêve. Il nous avait « préparés » à ce rêve
Adam Laloum ! C’est du grand art. On est détendu après deux heures de concert, à la nuit tombante, dans une toute relative fraîcheur (par rapport à ce début de soirée, entendons-nous bien !). On est dans un état d’écoute réceptif, et notre pianiste l’a bien senti… Il nous cueille, et nous livre une des plus belles vérités pianistiques de tout ce que nous avons entendu dans cette 46ème édition. Pour notre part, ce fut notre dernière soirée, et on sera sous le charme longtemps !
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