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Casablanca, une enquête policière, l’assassinat d’une enfant, dans les méandres d’une ville orientale et cosmopolite, un roman de Valérie Moralès

par Philippe Poivret

Casablanca, un nom qui évoque immédiatement le Maghreb, le Maroc plus exactement. Une ville que l’on croit connaître. Une ville de mélanges, de fantasmes, de rêves ou de cauchemars en tous genres. C’est là que Valérie Morales Attias situe son roman dont le titre n’est autre que le nom de cette ville dont tout le monde a entendu parler au moins une fois dans sa vie. Et c’est là qu’elle fait vivre ses deux personnages principaux, Chicha, une jeune marocaine, flic de son état et Colette, une journaliste française, envoyée là pour deux ans pour explorer et raconter comment vit Casablanca, ce qui s’y passe, quelles sont les habitudes de ses habitants, les conflits et la vie de tous les jours.

Alors, qui mieux qu’une jeune femme flic et une journaliste peut nous faire descendre dans les méandres, les profondeurs, les secrets d’une ville. 

Casablanca

Par ailleurs, ce sont les fausses évidences, les endroits cachés, les racines de cette ville que l’on va découvrir au fil du roman. Puisqu’il s’agit bien d’un roman.  Même si l’on a l’impression de lire un reportage vécu, c’est bien d’une histoire inventée dont il s’agit. À cet égard, Valérie Moralès-Attias ne lâche pas une seconde son lecteur.

Avant toute chose, l’histoire principale est une enquête policière mais les histoires secondaires, les anecdotes, ne laissent pas un moment de répit. Cependant, il y a toujours un évènement, une énigme qui vient rompre la suite attendue ou devinée. De là, les amours tumultueuses de Chicha et de son amant Abe, un autre flic d’origine maghrébine venu vivre et exercer son métier après l’avoir appris et exercé en France. Ces histoires se mêlent et se confrontent à la difficile vie des migrants venus d’Afrique noire dans le but de rejoindre l’Europe. Et en outre et surtout peut-être, le meurtre d’une enfant marocaine plonge Chicha et Colette dans la recherche du ou de la coupable de ce crime atroce et odieux. C’est pourquoi Chicha l’enquêtrice et son amie Colette qui l’aide et la soutient, sont deux femmes déterminées à trouver le ou la coupable. En conséquence et avec des moyens et des méthodes différentes, elles vont parcourir toute la ville pour découvrir qui a massacré cette enfant. 

Casablanca, c’est l’occasion de découvrir qu’il y a une immigration au Maroc. Chose que bien peu d’Européens imaginent ou ne connaissent guère. Que l’accueil et la protection des immigrés posent problème autant qu’en Europe, c’est aussi une évidence une fois cette réalité connue. Les solutions ne sont pas plus évidentes au Maroc qu’en France. Les difficultés, par contre, sont les mêmes. 

Casablanca, c’est un roman où le Maroc et la France, la culture arabe et la culture occidentale se rencontrent. Casablanca, c’est une ville où tout se mêle. La frime, le luxe, l’ambition, les plaisirs de la vie, la misère et les échecs y sont vécus dans une confrontation permanente entre un esprit occidental et une culture marocaine très présente

Valérie Moralès-Attias a donné à son roman le nom de cette ville. Et c’est bien légitime, puisque Casablanca est sûrement le personnage le plus important de ce roman. Dès lors, ville de rencontres et de cohabitations, on pourrait s’attendre, dans ce contexte, à des conflits irréductibles et mortifères. Or il n’en est rien. Elle-même est française, née à Oran en Algérie, vit à Casablanca au Maroc et sa famille est d’origine espagnole. Si bien qu’il était donc très tentant de lui poser quelques questions sur ses origines, sa vie, ses choix et son mode de vie, au carrefour de toutes ces cultures. Remercions donc l’éditrice de Casablanca qui nous a permis de faire cette rencontre.

Vous dites que le Maroc a une politique d’accueil des immigrés et que la population les reçoit avec bienveillance

Le Maroc a une politique de coopération avec l’ensembles pays africains. Des médecins et des médicaments sont régulièrement envoyés dans les pays qui en ont besoin et le demandent. En cela, la politique du Royaume ressemble beaucoup à celle de la France. 

Les immigrés venus de l’Afrique sub-saharienne arrivent au Maroc dans l’intention de poursuivre vers l’Europe. Certains y restent. Les femmes trouvent rapidement un travail dans les restaurants, les bars ou dans des emplois peu qualifiés tandis que les hommes ont plus de mal à trouver un travail.

Le Maroc accorde volontiers des visas pour une installation sur son territoire notamment pour les étudiants étrangers qui viennent, pour la plupart, de l’Afrique. Il y a donc une vraie volonté politique d’accueil et d’entente avec les autres pays, y compris Israël comme on l’a vu récemment.

C’est vrai, c’est ici que je me sens bien. Quand je dois aller à Paris pour enseigner à l’Ecole supérieure de Journalisme de Paris où je donne cours, j’ai besoin de quelques jours pour m’adapter au rythme et à la brutalité de la vie parisienne. 

A Casablanca, tout comme à Paris et en France, nous avons de multiples nationalités qui cohabitent. Mais si la France vise à faire de tous les immigrés des Français, au Maroc nous laissons les communautés vivre les unes à côté des autres, tout en permettant que des échanges et des rencontres aient lieu en permanence. C’est un système proche de celui des Anglo-saxons. Je ne sais pas quel est le système le meilleur mais pour moi c’est celui des communautés dans lequel je veux vivre. 

Votre livre fait la part belle à deux jeunes femmes tandis que les deux hommes qui sont leurs partenaires sont présentés comme moins sympathiques.

Ce n’est pas tout à fait vrai. Dans ma carrière qui s’est déroulée dans la presse féminine et à la radio, je ne me suis jamais laissé faire et j’ai toujours exigé et obtenu le respect qui est dû à toutes les femmes. Et je l’ai toujours obtenu, en particulier au Maroc. Le combat des femmes pour l’égalité salariale et l’égalité tout court est le mien. Je me sens très proche de Simone Veil et de tout ce qu’elle représente pour nous, les femmes.

Où voyez-vous votre avenir ?
Ici à Casablanca. C’est ici que j’ai mes amis. Ils sont marocains ou non, juifs, musulmans ou chrétiens. C’est ici que je vis avec mon mari. Je me consacre maintenant à l’écriture. Je n’ai pas demandé la nationalité marocaine, j’ai un statut de résident. Je comprends l’arabe, je parle espagnol couramment et je me sens parfaitement à ma place ici. 

Casablanca
Chicha, Esther Colette et les autres 
Valérie Moralès-Attias 

éditions Accro. 18  €

Illustration de l’entête: Valérie Moralès-Attias. ©Photo Richard Zeboulon.

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