Accueil Livres, Arts, ScènesHistoire Vienne sous l’occupation française de l’Armée de Napoléon

Vienne sous l’occupation française de l’Armée de Napoléon

par Félix Delmas

On ne compte plus le nombre d’études savantes sur la campagne de 1805, le génie stratégique dont fit preuve Napoléon, la nullité du général Marck qui aboutit à la capitulation d’Ulm, le point d’orgue que fut la bataille d’Austerlitz, le traité de paix du 28 décembre entre la France et l’Allemagne et ses conséquences dont la moindre fut l’abdication de François II comme empereur du Saint Empire Germanique entraînant, de fait, la disparition de ce dernier, la fin de l’héritage (mythifié) de Charlemagne. On connaît une foultitudes d’anecdotes comme la prise des ponts de Vienne par Lannes et Murat, à eux seuls et sans aucun coup de feu (et le fait que les ponts ne furent pas détruits évita une famine mortelle pour la population viennoise), le cynisme et la manipulation de Napoléon lors de l’entrevue avec François II le 4 décembre, et j’en passe.

Mais bien peu d’ouvrages, du moins je n’en connaîs aucun en français, ont étudié la ville de Vienne et sa population durant les 3 mois que dura l’occupation française. C’est ce à quoi s’est attelé Vincent Haegele et de façon brillante.

Il nous montre une société autrichienne en pleine mutation depuis les premières réformes de Léopold II. Mais celles-ci sont loin d’être achevées, ainsi l’armée malgré les efforts de l’archiduc Charles, frère de François II et opposant à la guerre. Il faut dire que l’immensité de l’Empire le rend difficile à gouverner et les institutions sont encore gérées par des réglés venant de la féodalité. L’économie est loin d’être une priorité, il n’y a pas gouvernement comme en France ou en Grande-Bretagne mais une multitude d’organismes parfois en opposition entre eux et parmi lesquels les intérêts particuliers priment le plus souvent sur l’intérêt général.. Et puis il y a la cour coeur de toutes les rumeurs, des médisances où se déchirent les partisans des réformes et de leurs opposants, les partisans de la paix contre ceux de la guerre. Et puis il y a les archiducs, sorte d’électrons libres qui peuvent être marginalisés ou avoir des responsabilités suivant l’humeur de l’empereur. A cette époque c’est François II, homme introverti, solitaire, appréciant les livres (qu’il adorait classer), imperturbable quelles que soient les circonstances, amoureux de son épouse (volage), sous l’influence  de son « gouverneur » le comte Frantz de Paula von Colloredo-Waldsee. De fait, il est entouré essentiellement par le parti de la guerre, croyant que son armée était, enfin, prête, parti lui même entretenu par les Russes et les Anglais. De plus François II était persuadé qu’une contre-révolution allait se déclencher à Paris qui obligerait Napoléon à partir.

Napoléon reçoit les clés de Vienne à Schönbrunn le 13 novembre 1805. Anne-Louis Girodet Trioson (1767-1824). Huile sur toile commandée pour la galerie de Diane aux Tuileries en 1806. Salon de 1808. Réserves du Louvre, entré à Versailles en 1835. Musée national du château de Versailles

Et surtout oui, il y a la ville de Vienne, peuplée d’environ 230.000 personnes. Bien qu’ayant du subir deux terribles sièges de la part des Ottomans les siècles passés, c’est une ville peu fortifiée où se mêlent et s’entremêlent les quartiers riches et les quartiers populaires, les palais comme les usines. Vienne est totalement dépendante de l’approvisionnement issu de l’empire, essentiellement de la Bohême. De tout temps, les pouvoirs publics se sont évertués à ce que la population puisse avoir de quoi se nourrir pour éviter les insurrections. Telle sera bien la principale préoccupation de comte Wrbna, chargé par l’empereur de le représenter auprès des forces d’occupation, et des autorités françaises. Les spéculateurs étaient chassés, et, s’il n’y a pas eu d’émeutes, plus d’un incident autour de la « vie chère » et de la pénurie alimentaire eurent lieu.

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Devant l’avancée des troupes française, l’empereur quitte Vienne suivi par une partie de la cour et de la haute bourgeoisie, déclarant sa capitale « ville ouverte ». Le général Hulin (celui-la même qui conquit la Bastille et fut blessé à la mâchoire lors de la conspiration de Mallet) est nommé gouverneur militaire de Vienne, le général Clarke gouverneur de Vienne, de la Basse-Autriche, de la Styrie et de  la Carinthie, l’administrateur Duru est chargé du recouvrement des indemnités de guerres (10 millions de Francs). C’est avec eux que va négocier journalièrement le comte Wrbna. Les rapports sont généralement fluides et sans heurts, sauf avec Duru qui se montre souvent intransigeant (et nettement plus compréhensif après avoir reçu des « cadeaux » en monnaie sonnante et trébuchante). De fait, l’occupation française engendra peu de problèmes à la population viennoise, seuls une trentaine d’incidents furent à porter au débit des Français. Bien sûr, la vie quotidienne a été troublée, mais sans excès.

Au bout de trois mois, les Français se retirèrent, François II put revenir. La guerre, l’occupation de Vienne eurent pour conséquence une profonde transformation de la société autrichienne qui se vit obliger d’évoluer et de se moderniser, mais c’est une autre histoire.

Vincent Haegele a disposé pour mener à bien son étude d’une importante documentation (parfois inédite) émanant aussi bien du camp français qu’autrichien. Un personnage sert plus ou moins de « fil conducteur » de ce récit, le comte Karl von Zinzendrof, un proche de l’empereur, réformateur, contre la guerre, spécialiste de l’économie et quelque peu désabusé sur la personnalité de François II.

Vincent Haegele signe ici une approche originale et peu (pour ne pas dire pas) abordé dans les études napoléoniennes. On attend avec impatience ses travaux sur l’occupation française de Rome, Berlin et Madrid qui sont annoncés.

Vienne sous le soleil d’Austerlitz
Vincent Haegele
éditions Passés/Composés. 21€

Illustration de l’entête: L’empereur Napoléon Ier (1769-1821) harangue le 2e corps de la Grande Armée sur le pont de Lech avant l’attaque d’Augsbourg 12/10/1805. Claude Gautherot (1769-1825). Huile sur toile 3,85×6,2 m ·
Musée et Domaine National de Versailles et de Trianon, Versailles.
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