L’objet de cet article dans cette rubrique de WUKALI consacrée aux livres, n’est pour une fois ni d’établir une recension critique d’un roman, d’une étude, voire d’un essai récemment parus, mais de mettre en lumière un dictionnaire anglais-français consacré au vocabulaire professionnel maritime. Plus que de lexicologie, de traduction et de sémantique aussi, c’est d’expertise dont il faut parler, et dans des domaines, des spécialités des plus variés. Un travail patient et méthodique qui nul doute est le fruit de toute une vie ardente et passionnée sur le monde maritime que l’auteur, Pierre-Yves Larrieu, met désormais à la disposition des lecteurs. Le linguiste y rencontre le technicien comme l’homme de mer dans la multitude de ses reflets changeants.
Dans ses entretiens François Mitterand racontait à ses visiteurs la curiosité gourmande qu’il avait pour les atlas, soit la découverte du monde, de la terre et des océans, la géographie adossée à l’histoire.

Ainsi nous pourrions considérer qu’il en va de même pour les dictionnaires quels qu’ils soient dans leurs catégories, la découverte des mots et leurs significations. Alors traiter comme le fait avec brio l’auteur de ce dictionnaire, du vocabulaire maritime professionnel anglais qui plus est, est un exploit autant qu’un voyage. Car convient-il de le préciser, avec ce dictionnaire et son phénoménal vocabulaire dans tous les secteurs techniques ou industriels de pointe par exemple, le lecteur est immédiatement plongé (c’est le mot!) dans la réalité d’aujourd’hui. Dans «les» réalités plus précisément car la spécificité de ce dictionnaire c’est l’incroyable diversité des domaines abordés autour de la mer.
De quelques fondamentaux
Pour toute information utile et si l’on se réfère par exemple pour la seule industrie de la construction navale en France, c’est tout autant Naval Group et l’Invincible (le tout dernier sous-marin français de 3ème génération, et tout récemment les quatre frégates vendues à la Suède ), que les Chantiers de l’Atlantique et la construction de phénoménaux bateaux de croisière et aussi une multitude d’autres chantiers de Dunkerque à la Ciotat, de la Manche à la Méditerranée, spécialisés dans toutes les gammes et qui aujourd’hui exportent dans le monde entier.
C’est aussi bien sûr l’exploitation des hydrocarbures, l’océanographie, la météorologie, la construction de navires, le câblage des fonds marins, les systèmes électriques et de commande, la propulsion, la pêche et l’aquaculture, nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet… La seule table des matières de ce dictionnaire détaillée par chapitres fait tout bonnement CINQ pages ! C’est dire de l’excellence du travail lexicographique et d’ingénierie réalisé et surtout son étendue linguistique et technique adaptée à un secteur dynamique ouvert et en constante évolution !
Il n’est pas inutile de souligner aujourd’hui (dans un temps où l’on entend tout et son contraire) quelques chiffres sur la réalité économique et industrielle de l’industrie navale en France par exemple, cela permettra de mieux saisir combien ce livre est attendu et répond à un besoin.
Dans un article récent paru dans la revue spécialisée Mer et Marine rapportant l’assemblée générale du Groupement des Industries de Construction et Activités Navales (GICAN) on peut ainsi lire : « L’industrie navale française se porte globalement bien, voire même à merveille dans bon nombre de ses composantes. Elle a enregistré, en 2025, une augmentation de 9% de son chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente, dépassant la barre des 17 milliards d’euros (17.1 Md€), les prises de commandes s’étant élevées à 38 milliards d’euros. Une cinquième année de croissance après le petit creux de 2020, lié à la crise sanitaire qui avait décalé certaines commandes et livraisons. Le chiffre d’affaires du secteur a en réalité quasiment doublé depuis 2010, époque difficile où l’industrie subissait de plein fouet les conséquences de la crise financière et économique de 2008. Le redressement est donc assez spectaculaire, alors que l’environnement commercial a beaucoup évolué depuis ».
L’industrie navale elle est mondiale et la concurrence est rude, seules les meilleurs, (la France par exemple) émergent. Rappelons s’il en était besoin que la France possède le deuxième domaine maritime au monde
Pierre-Yves Larrieu dans son dictionnaire présente tout à la fois le terme anglais et sa traduction en français bien sûr mais ajoute aussi sa description, sa définition et des explications utiles tout autant que didactiques. Ce dictionnaire répond à une demande, tant pour l’étudiant, le marin, le pêcheur, le scientifique, le technicien, l’industriel, le journaliste. Qui plus est ce dictionnaire professionnel maritime anglais-français, recense aussi tous les nombreux acronymes, les abréviations en anglais où l’on se perd tous. Il est aussi illustré de photos et de schémas techniques.
Faut-il le souligner, dans une compétition de traduction entre ce dictionnaire et l’IA (nous en avons fait l’expérience), cette dernière n’a pas la main !
La construction navale embauche massivement en France et les chaudronniers sont tout particulièrement recherchés. La concurrence est mondiale, posséder un bagage linguistique pour un technicien ou un étudiant qui se destine à cette filière n’est pas la moindre des qualités, bien au contraire !
Homme libre, toujours tu chériras la mer… * !
Dictionnaire professionnel maritime Anglais-Français
Pierre-Yves Larrieu
éditions Maritimes d’Oléron. 29€
Note
* Homme libre, toujours tu chériras la mer. Premier vers du poème « L’Homme et la Mer» de Charles Baudelaire
– Illustration de l’entête: © Bernard Biger – Chantiers de l’Atlantique/ Mer et Marine
_________
Pour réagir à cet article, nous faire part de votre actualité ou nous proposer des textes et des sujets, contactez-nous :
➽ redaction@wukali.com
WUKALI est un magazine d’art et de culture librement accessible sur internet
https://wukali.com


