Un sujet sur l’Égypte ancienne, la XVIIIème dynastie, une oeuvre parmi d’autres, une scène de bataille intéressante à maints égards, conservée et au Metropolitan Museum of Art à New-York, il n’en faut pas plus pour titiller la curiosité. L’égyptologie semble une science lointaine, mystérieuse, hermétique, il n’en est rien. Hommage à Madame Christiane Desroches-Noblecourt, Conservateur en chef du département d’Égypte ancienne au Louvre dont j’ai eu l’honneur de suivre les cours, sauveur du Temple d’Abou Simbel et qui oeuvra bec et ongles pour préserver et sauver aussi du néant la momie de Ramsès II ( lire l’article dans WUKALI )
Le cinéma, et depuis bien longtemps, a permis de scénariser le métier et l’image de l’égyptologue, même si Indiana Jones voila peu d’années a brouillé les pistes dans ces alchimies dont Hollywood a le secret. Les égyptologues contemporains ont curieusement, peut-on l’observer dans un phénomène cocasse de mimétisme inversé, adopté l’apparence vestimentaire concoctée par le cinéma ( casque colonial en liège) .Un blockbuster comme on dit, une superproduction qui a fait le tour du monde. Plutôt pas mal non si l’on envisage cela sous l’angle de la vulgarisation scientifique, et je ne doute pas que la découverte pour le grand public des mystères de l’Égypte ancienne aura pu susciter bien des vocations ! Les grands prêtres du Temple ( çà va de soi) ne vont pas apprécier !
Revenons donc tout d’abord à cette XVIIIème dynastie et à sa figure emblématique, Amenhotep de son nom égyptien, plus connu sous son nom grec, Aménophis IV, 10e roi de la dynastie (1372-1354 avant J.-C.). Précisons qu’il se faisait appeler Askenaton, parlons donc pour être rigoureux et juste d’Aménophis IV Ashkénaton, nous y reviendrons !

Musée égyptien du Caire
Son règne fut une fulgurance, un bouleversement et comme aurait pu dire Giuseppe Tomasi di Lampedusa, une révolution ! Il régna 17 ans. Un temps qu’il mit à profit pour bousculer tant le paysage politique, administratif, religieux, et bien sûr ce sur quoi nous analysons: artistique et culturel .
Il mit au pas les prêtres suscitant leur colère, quitta Thèbes jusqu’alors la capitale pour Tell el-Amarna en Moyenne Égypte sur la rive Est du Nil. Il y développa un culte, celui su soleil Aton où le lien avec le Tout Haut s’établit sans l’interférence d’un clergé intercesseur ( d’aucuns y verront les prémices du monothéisme). Ashkénaton littéralement signifie Celui qui est utile à Aton
Après sa mort, les prêtres reconquirent leurs prérogatives et leurs privilèges et il en fut fini du culte symbiotique entre le pharaon et Aton.
L’art qui signe son règne est réaliste ( si toutefois ce mot signifie encore quelque chose), préférons lui dépouillé. Dans les sculptures ou bas-reliefs qui le représentent son visage est émacié, maladivement maigre même. Le pharaon semble proche de nous, accessible, il est si l’on préfère plus humain. Cette proximité, cette simplicité, cette apparence probe, cette austérité dans la forme, cette humilité se retrouvent aussi dans la représentation icônique ou sculpturale de cette période artistique dite telarmanienne..

Ce bloc de pierre peinte et historiée à l’origine de cet article se trouve exposé à New-York au MET. C’est ainsi qu’il a été découvert à Louxor en 19121 par l’égyptologue américain Herbert E. Winlock. Il représente une scène de bataille et en l’occurence un massacre d’envahisseurs étrangers par les soldats du pharaon. Au moment de sa découverte ce bloc minéral était enchâssé dans les fondations d’un temple funéraire non terminé dédié à Ramsès IV ( règne de 1153 à 1147 av. J-C).
Il mesure 61 cm sur 115 cm. Le char et les chevaux du pharaon apparaissent dans le coin supérieur droit, tandis qu’un soldat ennemi tente d’échapper à une mort certaine sous leurs sabots. Trois des ennemis ont été transpercés par des flèches. Leurs barbes pointues et leurs vêtements caractéristiques laissent à penser que ces ennemis étaient des Assyriens ou peut-être des Hyksos, une dynastie étrangère de langue sémitique qui a régné sur l’Égypte de 1640 à 1530 av. J.-C. environ, pendant la Deuxième Période intermédiaire.
Au delà de la narration anecdotique d’un événement guerrier, on peut observer la stylistique raffinée dans la représentation et la gravure des personnages ainsi que l’inscription légère et équilibrée dans l’espace de tous les protagonistes de la scène. Y verrait-on des siècles en avance un prolégomène de la La Bataille de San Romano : la contre-attaque de Micheletto da Cotignola de Paolo Ucello (1438-1456) exposée au musée du Louvre ? Certes non, mais c’est amusant de l’imaginer !
Références documentaires et archives :
1 Bulletin of the Metropolitan Museum of Art 1914-01: Volume 9, Issue 1.
Digitized from IA1643119-05.
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