Ainsi, comme cela, en passant, en voyant la photo de couverture de ce livre, L’Homme qui tombe on pourrait penser à une création photographique, voire une paraphrase d’un statue célèbre1. Il n’en est tien !
9/11 ( nine eleven en anglais), soit en français 11 Septembre, vous y êtes ? Une date qui a pulvérisé la marche du monde, celle des attentats de New York sur les Twin Towers en 2001. À partir de là, rien ne sera plus jamais comme avant. L’Homme qui tombe, un livre signé Philippe Lecaplain journaliste à Radio-France Internationale, d’antenne ce jour là et qui dans l’ébranlement ahurissant de la réalité médiatique et de la tragédie qui se déroulait sous nos yeux médusés cherchait à mettre des mots sur cet impensé. Attention cependant, ce livre, il ne s’agit pas d’une énième relation de cet attentat, de cette catastrophe, non, mais de l’histoire d’une photographie rapidement devenue dérangeante, censurée. Il s’agit d’un récit factuel où se rencontrent différents personnages et qui pose des questions.

Le photographe, il s’appelle Richard Drew un photo journaliste réputé, il a fait son métier ce jour là, il a documenté, le doigt sur le déclencheur, il a saisi l’indicible, la chute d’un homme qui dans quelques secondes va mourir. Une photo, pas un montage, pas un travail de mise en page, pas une création photographique relevant d’un certain esthétisme, non, rien de tout cela ! Car il ne s’agit pas d’une abstraction. Une fraction de seconde…
Il ne s’agit pas davantage d’un marronnier juteux, de ces sujets repris à cycles réguliers par des journalistes en mal de papiers ou de notoriété. Il s’agit avant tout d’un livre politique, sociologique, analytique et particulièrement des médias et de la société américaines, mais avec une narration particulièrement accessible et humaine et ce n’est pas le moindre de ses mérites ! Ce livre convient-il de le souligner, est préfacé par Hubert Védrine.
Nous n’oublions pas, il y eut dans la nuit qui suivit ce massacre par des fanatiques islamistes dans New York frappé au coeur, une femme, une grande journaliste italienne, Oriana Fallaci qui fébrilement et mue par la force de vie qui lui restait ( elle se savait atteinte d’un cancer fatal) passa ces heures de déréliction à taper avec courage et impétuosité sur le clavier de son ordinateur ses mots de colère, ses cris contre les auteurs de cette barbarie sans nom et tempêtant contre l’anomie des sociétés américaines comme européennes hélas empêtrées dans leurs contradictions ! Le livre qui s’en suivit, « La Rage et l’Orgueil », connut un destin chahuté comme il fallait s’y attendre. «Le premier qui dit la vérité, Il doit être exécuté» chantait naguère Guy Béart .
Toute une série de questions, tout d’abord sait-on qui était cet homme qui tombe, a-t-il pu être identifié ? Rappelons que cet atroce attentat a fait 2753 morts dont 343 pompiers et 60 policiers, 111 victimes n’ont pu être identifiées. 75700 litres de kérosène ont brûlé dans chacune des tours, deux millions de tonnes de gravats. Un incendie dantesque, la température dans la fournaise a atteint 2000° Fahrenheit soit 1093° Celsius.
La photo de Richard Drew, rapidement appelée L’Homme qui tombe est publiée dans le New York Times, le Morning Call, le Denver Post, le Memphis Commercial Appeal, ces journaux et quelques autres sont rapidement « accusés d’avoir exploité la mort d’un homme, de l’avoir dépouillé de sa dignité, d’envahir sa vie privée et de transformer la tragédie en une sorte de pornographie ». Psychologues et sociologues considèrent que cette photo exprime la faiblesse d’un peuple, d’une nation qui se croyait protégée de Dieu et qui est touchée au coeur. Dans cette société américaine tellement imprégnée de religiosité, qu’aucun Européen ne pourrait comprendre, cette idée de chute ( The Falling man) est interprétée dans son acceptation chrétienne et ne leur est pas acceptable. La photo disparait de la circulation et va dans l’Enfer des archives !
L’Homme qui tombe de Philippe Lecaplain, c’est un tout petit livre de format Poche et de 156 pages. Un petit livre dense, documenté et bien écrit, nous vous le recommandons.
- L’Homme qui marche, statue de Giacometti
L’Homme qui tombe
Philippe Lecaplain
éditions La Manufacture LibriSphaera. 14€90
Illustration de l’entête: © Richard Drew / AP / Sipa – Photo auteur : © sissiphotographie
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