Mon ami Curnonsky de Louis Michaud, voilà non un roman mais plutôt une pochade, c’est souvent irréaliste, un peu « foutraque », mais imaginatif et surtout ( et avant tout) très drôle, tout en ayant des passages très sérieux.

Tout tourne autour de Maurice Edmond Saillant, surnommé Curnonsky, plus connu comme le prince, voire le pape des gastronomes, l’ami de Louÿs, Toulet et autre Allais, mais surtout et avant tout le défenseur de la cuisine française traditionnelle et des bons vins. La cuisine traditionnelle et surtout les cuisines régionales. Pour lui c’est avant tout les produits et leur harmonie entre eux qui comptent et non la technique, la présentation ou la recherche de l’inconnu. Personnage, haut en couleur de sa vie, il apparait dans de très nombreux romans, encore de nos jours comme L’assassin de la nationale 7 de l’historienne, romancière et astronome Michèle Barrière.
A partir de la philosophie et des combats de Curnonsky, le lecteur a droit à des charges contre la standardisation des goûts des aliments mais aussi du vin, des odes aux plaisirs liés à la table mais aussi aux diversités régionales et aux fruits qu’elles nous offrent. C’est mordant, parfois frisant la mauvaise fois, mais n’importe quel gastronome se retrouve dans ces développements. Mais les critiques contre les aliments sans goût (surtout les fromages ), ou totalement formatés, mis à égalité comme le vin, sans compter les « nouveautés » pour faire à la mode (excellent passage sur les vins naturels qui ne sont que du jus de raisin à peine fermenté et sûrement pas du vin) sont des petits moments de plaisir à consommer sans aucune modération.
L’histoire met en scène Béru, jeune dilettante parisien qui découvre l’œuvre de Curnonsky après s’être fait virer de son entreprise. Il rejoint un groupuscule les « Curnonskars » qui veulent retrouver les fondements du « bien-manger » français, du « bien-manger » populaire au plus noble sens de ce mot. Ils emploient des moyens assez violents qui les font passer pour des terroristes. Une bande d’illuminés qui communiquent entre eux en argot pour que la police ne les comprenne pas.. Ils disposent d’une arme qu’ils croient terrible, le « Dictionnaire du goût » de Curnonsky.
J’ai quand même trouvé une aberration qui se répète une fois pour des amateurs de bons goûts. Ils apprécient, et ils ont raison, les huitres de Cancale, de Bretagne et des « Gillardeau ». Or, ce n’est pas une origine comme Marennes, Arcachon, Belon ou Cancale, mais une entreprise qui justement, au-delà des manipulation génétiques qui rendent les huitres stériles, tendent justement à être parfaitement identiques au niveau du goût. C’est quelque peu contradictoire, dommage !
Mon ami Curnonsky
Louis Michaud
éditions du Rocher. 19€90
Pour réagir à cet article, nous faire part de votre actualité ou nous proposer des textes et des sujets, contactez-nous :
➽ redaction@wukali.com
WUKALI est un magazine d’art et de culture librement accessible sur internet


