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Beaumarchais, le chevalier d’Éon, Silas Deane et autres grands acteurs de la guerre d’indépendance américaine

par Félix Delmas

Le titre de ce livre, Espions en révolution, son sous-titre : « Beaumarchais, le chevalier d’Éon, Silas Deane et les secrets de l’indépendance américaine ». Tout un programme ! Mais un programme plus que savant écrit par Joël Richard Paul, professeur de droit constitutionnel à l’université de Californie et précédemment à Yale et à Berkeley. Aussi quand on apprécie le droit constitutionnel comment alors ne pas être passionné par l’histoire, d’autant plus quand il s’agit de celle d’un pays qui est toujours régi par les mêmes textes constitutionnels et ce depuis son indépendance.

Beaumarchais guerre d'indépendance américaine
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Jean-Marc Nattier (1685-1766)
Huile sur toile. Collection particulière Londres

Pour ceux qui se sont intéressés à la biographie de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) (un bien joli nom) le fait qu’il a été un acteur non négligeable au niveau de l’indépendance américaine, (même si ce fut davantage pour des raisons financières que pour des principes moraux !), n’est pas une nouveauté. Son action auprès de Vergennes (1719-1787), alors ministres des affaires étrangères, et plus indirectement sur Louis XVI est connue et a été étudiée. Les quantités d’armes et autres fournitures militaires qu’il a obtenus pour les Insurgents sont loin d’être négligeables et ont participé, sans doute aucun, à la victoire finale de ces derniers. Tout comme l’on sait très bien qu’il a servi d’émissaire pour le monarque français afin de récupérer les lettres plus que compromettantes que son prédécesseur avait adressé au chevalier d’Éon dont la réputation était, dès cette époque, plus que sulfureuse.

chevalier d'Éon guerre d'indépendance américaine
 Portrait du chevalier d’Éon par Thomas Stewart (1792) (d’après Jean-Laurent Mosnier) arborant sa croix de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis.
© Philip Mould / Wikimedia Commons.

Bon, l’auteur tend à croire que le chevalier était bien une femme, alors que le compte rendu de l’autopsie de son corps en 1810 a bien montré son appartenance au sexe masculin, mais il faut dire qu’Éon a passé plus de 30 ans de sa vie habillé avec des robes.

Soyons honnête, le rôle d’Éon au niveau de l’indépendance américaine est plus que marginal pour ne pas dire nul. Tout au plus a-t-il mis en relation Beaumarchais avec certains individus américains, parfois sulfureux, et qui ont eu une action, pas toujours positive, au niveau de la Guerre d’indépendance. On pense bien sûr à Arthur Lee, le cadet d’une riche famille de planteurs américains, avocat à Londres, mais surtout frustré, paranoïaque et particulièrement mesquin et qui fera tout pour dénigrer l’action de Silas Deane à Paris. Tout au plus d’Éon, après sa brouille avec Beaumarchais a contribué à débiner son ancien ami, ce qui au demeurant ne l’a pas aidé pour résoudre ses déboires financiers. En effet, si la Guerre d’Indépendance a mis le royaume de France  en faillite, il en a été de même pour Beaumarchais dont l’action n’a été reconnue ni des Français et encore moins des Américains.

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Silas Deane Guerre d'indépendance américaine

Silas Deane (1737-1789) quant à lui est fort peu connu des Français et, si nous en croyons l ‘auteur, des Américains pareillement, alors que son rôle pour obtenir le soutien de la France contre la Grande Bretagne est loin d’être négligeable. Nous connaissons plus, bien sûr Benjamin Franklin qui, au demeurant, n’a fait que bénéficier, avec Arthur Lee (1740-1792), de tout le travail effectué par Silas Deane.

Ce dernier, fils de forgeron est un ancien avocat mais surtout un commerçant ayant réussi, grâce à ses deux mariages, à bâtir une petite fortune. Élu délégué du Connecticut de 1774 à 1776 au Congrès continental, il se fait vite remarquer du fait de ses fermes convictions en faveur de l’indépendance. Travailleur acharné, il coordonne et finance l’attaque de fort Ticonderoga ( fort Carillon), qui marque le début de la Guerre d’indépendance et crée la marine américaine. Après quelques déboires avec Roger Shermann (1721-1793), un autre délégué du Connecticut, il est nommé par le Congrès comme envoyé secret en France, avec pour mission d’obtenir l’aide de la France et acheter des équipements pour 25.000 combattants. Ne parlant pas français, il eut des débuts difficiles, mais put contacter Vergennes qui le mit en relation avec Beaumarchais.

Il est un homme seul, sans aucun contact avec ses mandataires et fait ce qui est en son pouvoir le plus honnêtement possible. C’est certainement un des derniers à savoir qu’il y a eu une déclaration d’indépendance. Pour autant, avec Beaumarchais, il arrive à déjouer les espions anglais et à obtenir des fournitures pour les Insurgents. C’est lui encore qui recrute de jeunes officiers français qui vont se couvrir de gloire lors de la guerre comme le baron Johann de Kalb, l’un des meilleurs tacticiens de cette guerre, et bien sûr le marquis de Lafayette (1757-1834). Sa situation semble s’améliorer à l’arrivée de Lee et de Franklin avec qui il constitue la délégation diplomatique américaine en France. Le  6 février 1778, il fait partie des signataires  des traités de commerce et d’alliance entre la jeune République et le royaume de France.

Cependant il est rappelé par le Congrès devant lequel il doit faire face à des accusations de malversations financières proférées par Arthur Lee. Or comme ses livres de comptes sont restés en France, il ne peut se disculper et encore moins essayer de récupérer les sommes non négligeables qu’il a engagées sur ses biens au profit de la cause de l’Indépendance. Ce n’est qu’en 1842, bien après son décès, que sa famille arrivera à obtenir un dédommagement.

Il faut dire que Dean fait l’objet de « coups tordus », de médisances, de mensonges de la part de Lee (qui n’aimait pas non plus Franklin) et j’en passe. Et puis, il y a au sein du Congrès des lignes de faille entre les anglophones et les francophones dont il est quelque peu le jouet.

Dean mourra en Angleterre alors qu’il revenait dans son pays natal. Il faut dire qu’après ses déboires avec le Congrès il s’était montré critique contre la France. Persuadé que la guerre était perdue, il avait fini par dire qu’il fallait que les états américains restassent sous la dépendance de la couronne anglaise.

Benjamin Franklin guerre d'indépendance américaine
Signature du traité de Paris 1763
Ses trois négociateurs John Adams, Benjamin Franklin et John Jay.
Peinture inachevée de Benjamin West (1730-1820)
Winterthur museum and Country Estate

Ce livre illustre toute une série de coups tordus, d’agents doubles, de traîtrises. Que dire de l’hypocrisie de la France qui veut montrer qu’elle applique les traités de paix avec la Grande Bretagne alors qu’elle veut laver l’humiliation du traité de Paris de 1763 qui avait mis fin à la guerre de Sept ans, mais qui en douce favorise la contrebande d’armes à destination des Insurgés. Soit, le double-jeu français, dont les Anglais étaient loin d’être dupes, a plus que contribué à la victoire américaine finale, et l’auteur détaille avec une certaine gourmandise les méandres de cette diplomatie qui, de fait est toujours d’actualité. La France espérait une guerre longue pour affaiblir son voisin d’outre-Manche. On ne fait pas mieux aujourd’hui !

Dans ce livre foisonnant, Joël Richard Paul nous fait découvrir les coulisses d’une période qui a provoqué un véritable séisme dans l’Histoire de l’humanité. On lit son livre comme un roman d’espionnage, mais tout y est vrai. Selon quoi, l’histoire est souvent bien plus prenante, bien plus palpitante que la fiction !

Espions en Révolution
Joël Richard Paul
éditions Perrin. 23€90

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Illustration de l’entête: Washington et le marquis de Lafayette à la bataille de Brandywine / John Vanderlyn (1775-1852). Huile sur sur toile 108cm/145. Gilcrease museum. Tulsa. Oklahoma. USA

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