Accueil Livres, Arts, ScènesLivres Elektra ce météore, furieusement moderne

Elektra ce météore, furieusement moderne

par Émile Cougut

Elektra en grec ( Ηλέκτρα ), Électre en français, voici un prénom qui, le moins que l’on puisse dire, porte en lui un signifiant enfoui dans les tréfonds de notre culture occidentale. C’ est loin d’ailleurs d’être le seul, que l’on songe à Pénélope, Ulysse, Hermione ou encore Tristan ou Roméo. Èlectre donc, la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, la sœur d’Iphigénie et d’Oreste ; Électre et la malédiction des Atrides ; Électre qui occupe une place centrale dans l’Orestie d’Eschyle ; Électre un des symboles de la vengeance, qui comme son frère va passer (sans souffrir comme Oreste) des Erynies aux Euménides et qui finira par se marier avec son cousin, grand ami de son frère. Élektra enfin renaissante et furieusement moderne dans ce roman de Jean-Jacques Dayries.

Élektra soit, jeune héritière d’un empire familial d’armateurs (elle est bien entendue grecque !), quelque peu frivole et superficielle, est mue par une idée, se venger du groupe Périclès qui a poussé son père à la presque faillite. Son attitude on ne peut plus erratique effraie Richard, le jeune directeur financier du groupe qui finit par demander de l’aide à son père Louis, jeune retraité mais surtout ayant dirigé des entreprises internationales.

Ce dernier hésite car il veut profiter avec son épouse des deux petites filles qu’ils viennent d’adopter, et en plus, il ne connait strictement rien au trafic maritime. Comme nous sommes chez les Grecs et qu’il s’agit d’une affaire avant tout familiale, il est fait appel à un lointain cousin, Charles, qui gère avec son épouse le groupe hôtelier de la famille de cette dernière.

Les trois hommes vont unir leurs efforts pour sauver l’empire d’Élektra en dépit de l’attitude désinvolte de celle-ci et surtout malgré son impulsivité, l’esprit totalement brouillé par sa soif de vengeance. Aussi va-t-elle passer un accord avec des hackers russes pour qu’ils mettent en panne les systèmes de navigation des navires de commerce (surtout ceux du groupe Périclès). Si la vengeance passe (avec un désordre économique mondial), Elektra change, murit et n’aspire plus qu’à la paix intérieure qu’elle a retrouvée.

Olécio partenaire de Wukali

Avant ces évènements, Louis a tenu une sorte de journal personnel où il retrace ses impressions, son univers, voire le monde à l’annonce de l’arrivée d’une météorite qui fonce sur la terre et qui risque de causer un séisme pouvant apporter de graves dommages à l’humanité. Ce qui est certain c’est que rien ne peut faire changer sa trajectoire. Et en plus, il est impossible de déterminer son point d’impact et donc ses conséquences.

Jean-Jacques Dayries passe continuellement du « récit de Louis » (son journal) à l’histoire d’Élektra. D’un côté les angoisses de l’homme et de l’humanité avec ses peurs, les égoïsmes de certains, son hédoniste, son acceptation de la fatalité, sa rencontre avec les deux petites filles perdues, sa rationalité, son cartésianisme. Lui ne craint pas l’inconnu, il essaie de toujours penser au jour d’après en acceptant que celui-ci n’aura jamais lieu, tout du moins pour lui. De l’autre, le monde impitoyable des affaires où tous les coups sont permis, les fausses rumeurs, les banquiers plus que timides, les tentatives de prise de contrôle du concurrent, les fragilités de certaines mises en bourse, l’espoir d’un gain d’une plus-value toujours plus importante. Là aussi, celui qui gagne, ou du moins perd le moins dans la tourmente, est toujours calme, prévoyant le coup prochain, non ce qui est mais ce qui sera. Le véritable chef d’entreprise doit être avant tout un visionnaire, mais pas un visionnaire impulsif, mais quelqu’un de calme et cartésien.

Pour ne rien gâter, il faut remarquer, (ce qui hélas n’est pas toujours le cas) que Jean-Jacques Dayries, l’auteur de ce roman, écrit en français avec des phrases « normales », vous savez: sujet+ verbe+complément, et ce dans un style fluide, clair, sans effets de style plus ou moins alambiqués et trop souvent lourds. Un vrai plaisir de lecture, croyez-moi !

Elektra, ce météore
Jean-Jacques Dayries

éditions La Route de la Soie. 18€
____________________________

Pour réagir à cet article, nous faire part de votre actualité ou nous proposer des textes et des sujets:
redaction@wukali.com 

WUKALI est un magazine d’art et de culture librement accessible sur internet

Illustration de l’entête: Lam’Art Gallery

                                                                      

Ces articles peuvent aussi vous intéresser